Merkel- Le crépuscule, vraiment ?

La CDU est en déclin dans les sondages, au point qu'on pourrait se demander si le parti franchira les 25% et même arrivera en tête aux élections du 26 septembre 2021. Est-ce la faute d'Angela Merkel? Ou bien la Chancelière n'a-t-elle jamais envisagé le parti chrétien-démocrate que comme un moyen, aujourd'hui périmé, de faire advenir une Allemagne progressiste, écologiste, au service du globalisme? Voici le premier volet d'une analyse en trois parties, dans laquelle le remarquable connaisseur de l'Allemagne qu'est François Stecher, nous conseille de ne pas nous fier aux apparences.

François Stecher

Auteur

“C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas”

(Jean de La Fontaine, “Le Chat, la Belette et le Petit Lapin”, Fables, VII, 15)

Comme nous le rappelle le fabuliste, il ne faut jamais se fier aux apparences. 

À quelques mois de la fin de son quatrième mandat, la chancelière fédérale vit, semble-t-il, une fin de règne difficile, enfermée à la chancellerie comme l’un de ses célèbres devanciers dans son bunker. Coupée du monde réel, entourée de conseillers qu’elle s’est choisis et qui tous, sans exception, défendent avec véhémence la thèse du virus exterminateur et tiennent sans mollir la ligne de la dictature sanitaire la plus féroce, elle semble avoir perdu la maestria inégalable qui lui avait permis jusqu’ici d’imposer, le plus souvent sans rien faire, des mesures auxquelles son parti et ses électeurs étaient fondamentalement hostiles. Les perspectives sont également sombres pour son parti, et les sondages apportent, semaines après semaines, la confirmation que l’électorat de l’Union lui retire son soutien, de manière toujours plus rapide. S’il est encore prématuré de faire le bilan d’Angela Merkel, qui aura en septembre égalé le record de longévité en tant que chancelier fédéral établi par son protecteur Helmut Kohl, il est néanmoins possible d’esquisser un tableau qui laissera peu de doute sur les intentions et les lignes directrices qui furent celles de la chancelière tout au long de ces années.

Angela, le fléau de la CDU

Pour l’électeur de base de la CDU, et dans une moindre mesure pour les fonctionnaires du parti et les élus locaux – la soupe a longtemps été bonne, et Merkel apportait une sécurité certaine dans les joutes électorales – ces seize années sous sa férule auront été une longue descente en enfer. Insidieuse, au début, car c’est par petites touches, l’air de rien, que cette femme retorse a peu à peu entraîné le vieux parti d’Adenauer vers le centre … de la gauche.

Ce style inimitable se caractérise par une apparence d’impassibilité ou d’immobilité, une modestie, une réserve, voire une abstention, qui aurait donné à Jean de la Fontaine matière à composer. Exemple typique : sur la question du mariage homosexuel, elle déclarera plutôt le désapprouver à titre personnel, mais ne mettra aucun obstacle – doux euphémisme – à son établissement. Sur la question de la mutualisation de la dette au sein de l’Union Européenne, elle s’essaiera à la technique du voleur chinois, avec un certain succès – même si une requête en urgence déposée par un groupes de juristes et de personnalités politiques, dont Bernd Lucke, fondateur de l’AfD, a réussi à bloquer, au moins provisoirement sa dernière tentative sur le fonds de reconstruction post-corona. Elle avait pourtant pris grand soin de donner à la cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe un président à son goût, pour ne pas dire à sa botte (Stephan Harbarth, ancien député CDU, 1er délégué à l’antisémitisme du gouvernement fédéral en 2018 – poste créé à son initiative – et fervent partisan de la signature du pacte des Nations-Unies pour les Migrations).

Car la dame maîtrise également à la perfection la gestion des ressources humaines : nul n’est plus efficace pour nommer des séides aux postes-clefs, ou a contrario pour éliminer les gêneurs, les rivaux potentiels et les opposants politiques au sein de sa propre « famille ». On passera rapidement sur le parrain déjà nommé, Helmut Kohl, viré sans ménagement, pour citer Friedrich Merz, son opposant malheureux à l’élection à la tête de la CDU en 2002, de nouveau retoqué il y a quelques semaines par le parti (congrès « digital », vote par correspondance) alors qu’il jouissait d’un soutien majoritaire chez les sympathisants, ou encore Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre de la Défense, qui porta pour un temps les espoirs de la CDU, avant de disparaître aux États-Unis. On n’oubliera pas Hans-Georg Maaßen, patron du Bundesverfassungsschutz (le service allemand de renseignement intérieur), qui osa contredire la thèse répandue par les Antifas et officialisée par la chancellerie d’une agression de migrants par des manifestants d’extrême-droite en marge d’une manifestation à Chemnitz, et fut pour cela proprement limogé. Contre le même Maaßen, qui ne s’en laisse pas conter et vient d’annoncer son intention d’entrer en campagne en Thuringe à l’occasion des prochaines élections au Bundestag, elle a de nouveau mis en branle ses rats et ses laquais, afin de bloquer cette candidature : elle apparaît ici sous son vrai jour, mesquine et rancunière. Il serait pourtant dans l’intérêt bien compris du parti que Maaßen se présente, car il pourrait prendre bien des voix à l’AfD, deuxième force politique du Land, devant la CDU. Le très tenace Hans-Georg avait déjà fait les frais des menées de la chancelière, lorsque, après son limogeage, il avait proposé ses services pour tenir des meetings lors de la campagne pour les élections au Landtag de … Thuringe, précisément, en 2019.

En réalité, les capacités d’Angela Merkel vont bien au-delà : élevée dans un régime socialiste, militante des jeunesses communistes de la République Démocratique Allemande, elle y a beaucoup appris, et bien assimilé les méthodes qui permettent de déstabiliser un adversaire politique, ou de le compromettre aux fins de le détruire – au moins politiquement. On se souviendra que, dans les affaires de corruption sur les marchés de masques – FFP2 ou chirurgicaux – ayant éclaboussé, selon la presse allemande, plusieurs dizaines d’élus de la CDU et de la CSU, les seuls noms – sauf un – qui aient été diffusés dans la presse étaient ceux d’opposants déclarés à la politique sanitaire du gouvernement fédéral. Curieusement, l’un des noms donnés n’avait en fait rien à voir avec les masques, mais on ressortit contre lui un obscur dossier des bords de la Caspienne, vieux de plusieurs années. La plupart des nommés ont annoncé mettre fin à leurs mandats électoraux et renoncer à leurs responsabilités politiques. En revanche, il en est un, bien plus sensible pour Merkel, pour lequel rien ne s’est passé : pas moins que son ministre fédéral de la santé, Jens Spahn. Le dit ministre vient de s’offrir une villa à 4 millions d’euros, et l’on apprend que le groupe de presse Burda – je répète pour les lecteurs trop rapides : groupe de presse – a vendu pour plusieurs centaines de milliers d’euros des masques FFP2 directement au ministère fédéral de la santé. Or, bizarrement, le mari du ministre est précisément le représentant à Berlin de Burda. À ce jour, il n’y a toujours pas le moindre signe que Jens ait ébauché le moindre geste qui puisse s’assimiler à une offre de démission. On devrait ajouter, sans prétendre à l’exhaustivité, ce juge du tribunal administratif de Weimar qui a osé, il y a quelques mois, prendre un arrêt en faveur d’un citoyen récalcitrant qui refusait de se soumettre aux oukases de la dictature sanitaire. Le juge lui a donné raison et condamné le Land – la Thuringe, décidément, très fréquemment citée ici. Bien plus, dans les motifs de son jugement, il a atomisé, détruit façon puzzle, tous les fondements de la politique sanitaire allemande. De zélés journalistes collabos, aidés de barbouzes, dit la rumeur, se sont alors rendus à Weimar afin « d’enquêter » sur ce juge indocile

Au sein de la CDU, au moins chez les militants, les fonctionnaires et les élus de terrains, ce visage plus sombre de la chancelière est connu : c’est le drame de beaucoup d’entre eux, qui la haïssent, mais sont encore incapables, à cinq mois des élections générales, d’imaginer le vieux parti sans elle. Quant aux Allemands, si on les interroge sur les hauts faits d’Angela, ils vous répondront sans hésiter qu’ils ont en tête deux décisions, et deux seulement : la sortie du nucléaire et l’ouverture des frontières pour l’accueil des migrants. Dans quelques mois, lorsque cela deviendra évident pour tous, ils pourront ajouter la fin de l’État fédéral, et l’avènement du premier État allemand centralisé depuis l’expérience nationale-socialiste.

Fin de la première partie

A suivre :

 (“La dépossession des Länder et l’ombre des dictatures allemandes”) et (“Une Chancelière écologiste pour succéder à Angela Merkel?”)

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