Après la victoire de la CDU en Saxe-Anhalt, Armin Laschet augmente ses chances d’être le prochain Chancelier allemand

Armin Laschet peut être satisfait. l'élection en Saxe-Anhalt était le premier test électoral depuis qu'il a pris la présidence de la CDU, le parti chrétien-démocrate allemand. Or le parti fait 7 points de mieux que prévu à l'élection régionale de Saxe-Anhalt, qui avait lieu le 6 juin 2021. Autant dire que le placide ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, que tout le monde sous-estime, a pris une option sur la succession de Madame Merkel aux élections législatives de septembre 2021.

Composition politique du Landtag de Saxe-Anhalt après les élections régionales de 2021 (de gauche à droite) :   

Linke (amarante) : 12 députés   Grünen (vert) : 6 députés   SPD  (rouge): 9 députés   FDP (jaune) : 7 députés   CDU (noir) : 40 députés   AfD (bleu) : 23 députés

Les citoyens de Saxe-Anhalt ont voté hier 6 juin 2021. C’est la première fois depuis longtemps que les chrétiens-démocrates allemands peuvent se réjouir. Ils ont fait 7 points de mieux que ce que leur promettaient les sondages en atteignant 35% des voix. Et l’AfD entre 5 et 7 points de moins, avec 21%. Le résultat est une bonne nouvelle pour Armin Laschet, le nouveau président de la CDU. Il est aidé par les circonstances et il va pouvoir affirmer son autorité sur la CDU au moment où la campagne électorale pour le Bundestag commence vraiment.  Il y a un vainqueur, la CDU et un perdant, l’AfD, qui a perdu tous ses élus directs sauf 1 et perd 3,4% des « deuxième voix » exprimées. (Un Allemand vote deux fois, une pour pour son représentant direct et l’autre pour une liste dont les membres sont élus à la proportionnelle)

L'Alternative für Deutschland paie sa radicalisation permanente

 L’AfD paie pour l’inutile radicalisation que représente son plaidoyer pour le DEXIT, la sortie de l’Union Européenne. C’est chez les plus de 60 ans que le différentiel entre CDU et AfD est le plus fort (44% contre 18%). Il n’est plus possible de revenir en arrière mais la substitution d’une ligne anti-UE à la ligne « réaffirmer la lettre des traités » était sans doute un mauvais choix, qui va peser sur le résultat de septembre 2021. D’une manière générale, l’AfD est profondément divisée entre son aile « ouest-allemande,  qui s’exprime au Bundestag par la bouche de Jörg Meuthen et Alice Weidel, qui cherche à rendre le parti « coalisable »; et une aile est-allemande, où l’homme qui pèse le plus est Bjorn Höcke, qui joue la provocation nationaliste permanente, développe une ligne populiste et refuse de faire le tri, dans ses rangs, entre les nationaux-conservateurs et les provocateurs nationalistes sinon néo-nazis.  
 
Reiner Haseloff, le ministre-président sortant, s’est intelligemment démarqué de la politique sanitaire de Madame Merkel, ces dernières semaines, regrettant en particulier la centralisation des décisions sanitaires au moment où le nombre d’infections diminuait. Armin Laschet aura intérêt à prendre ses distances de la même façon avec une politique qui indispose plus de 50% des Allemands. En tout cas, ce thème aurait dû être celui de l’AfD et la CDU tire son épingle du jeu, malgré le retour du scandale des masques: Jens Spahn, ministre de la Santé, est accusé d’avoir voulu placer des stocks de masques non règlementaires auprès des étrangers, des sans-abris et des personnes âgées. 

Vers une "coalition jamaïcaine" à Berlin en septembre 2021?

Die Linke perd 5 points (en tombant à 11%) et le SPD s’installe durablement en-dessous de 10% (à 8,5). Comme la CDU ne veut pas gouverner avec l’AfD, une majorité est possible avec les Verts et les Libéraux.  Les Verts ont gagné 0,8 points et les Libéraux 1,6, les deux partis franchissant ainsi la barre éliminatoire des 5%. Ils viennent ajouter 13 députés aux 40 déjà obtenus par la CDU. Une coalition noire-verte-jaune, comme on la désigne en Allemagne par la couleur respective des partis, à Magdebourg est sans doute la préfiguration de ce qui se passera au niveau national. On aurait donc une coalition installée au centre, qui correspond au positionnement merkelien. Mais à cette différence près que la CDU y pèserait plus que les 25-27% actuellement annoncés au niveau national. 
 
Bien entendu une coalition aux couleurs du drapeau jamaïcain, comme l’appellent les journalistes allemands, fait momentanément les affaires de la classe politique. A long terme elle pose la question de la gouvernabilité d’un Land de Saxe-Anhalt (et d’une Allemagne) qui vote à 48% « à droite ». La coalition CDU-AfD correspond en gros à la puissance, en voix, de la CDU des années 1970-1990. Et les deux partis, en Saxe-Anhalt, sont les seuls à faire des scores homogènes dans toutes les classes sociales – restant donc des partis populaires (Volksparteien) selon la vieille expression des politistes de RFA. Mais il faut dire que l’AfD continue à tout faire, de ses embardées sur l’UE à son accueil à des individus nationalistes dans ses rangs, pour se rendre infréquentable. 
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1 Commentaire

  1. Espérons seulement que le prochain chancelier ne continuera pas la politique de Merkel et ces tentatives de limiter la souveraineté des états, comme si la corruption de l’UE n’avait pas été exposée en pleine lumière avec la crise du covid et son cortège de magouilles à tous les étages de cette union boiteuse .

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