[PAYANT] Battre Macron: à part Michel Barnier, qui en prend les moyens à droite?

Il y a bien une demande "de droite" dans l'opinion. La somme des droites, du RN à LR, en passant par la droite hors les murs, revient toujours à un total de 40 à 45% au premier tour. Emmanuel Macron profite de l'éclatement de la droite. Il bénéficie surtout de la grande aberration stratégique de la plupart des campagnes à droite : les candidats parlent de beaucoup de choses mais pas de la question essentielle: battre Emmanuel Macron. Un seul candidat à droite a compris que l'antimacronisme était le seul axe possible d'une campagne gagnante: il s'agit de Michel Barnier, dont le slogan "Respecter les Français, faire respecter la France" pourrait faire mouche, surtout combiné au projet de moratoire pour la France, au sein de l'UE, sur l'immigration.

Une demande de droite dans l'opinion

Deux sondages (Sopra Steria et IFOP-Fiducial) parus la fin de semaine dernière confirment des tendances: 

  • Xavier Bertrand n’a pas pris son envol malgré sa candidature précoce et sa victoire nette aux régionales. 
  • Notre chimère préférée, Valérie Pécresse (“deux tiers Merkel, un tiers Thatcher” selon ses propres termes) se rapproche de Xavier Bertrand mais rien ne garantit, pour l’instant qu’elle puisse le dépasser ni franchir la barre des 20%.  
  • Michel Barnier continue de monter: il se situe aujourd’hui entre 11 et 13%. Sa percée devient une hypothèse crédible. 
  • Eric Zemmour, s’il était candidat, prend des voix à LR et au Rassemblement National et à Nicolas Dupont-Aignan
  • Marine Le Pen est passée dans tous les cas derrière Emmanuel Macron (alors qu’elle était devant dans certains sondages au printemps). Elle reste néanmoins qualifiée pour le second tour dans tous les cas. 

Si l’on ajoute les 2 à 5% de Nicolas Dupont-Aignan, selon les configurations, on arrive à un constat simple en compilant les données de Sopra Steria: 

  • Bertrand + NDA + MLP = 43%/ (avec  Zemmour = 44%)
  • Pécresse + NDA +MLP = 42,5%/ (avec Zemmour = 44,5%)
  • Barnier + NDA + MLP = 41% / ( avec Zemmour =43,5%) 

Donc, il y a une forte demande de droite dans l’opinion. L’addition des candidats de droite est toujours supérieure à 40%. Une candidature Zemmour fait monter un peu le total mais le polémiste prend surtout des voix sur les autres candidats de droite.  On est face à un énorme gâchis potentiel puisque c’est l’éparpillement de la droite qui fait gagner Emmanuel Macron.

Lorsque l’on entend Xavier Bertrand faire du sarkozysme et Valérie Pécresse mettre en avant les valeurs familiales, on doit bien constater que tous les candidats, de Xavier Bertrand à Marine Le Pen, de Valérie Pécresse à Eric Zemmour, chassent sur les mêmes terrains. Et peu importe ce qu’ils font, ensuite, comme objection à la campagne des autres, les droites auraient vocation à s’unir pour battre Emmanuel Macron. 

La vulnérabilité d'Emmanuel Macron

Le succès politique vient toujours de la capacité (1) à repérer les évidences; (2) à avoir le courage de défendre, au cours d’une  campagne, ce qu’on voit s’imposer au pays. Or, contrairement à ce principe simple – formulé par Charles Péguy sous la très belle formule “Il faut dire ce qu’on voit. Et surtout, il faut voir ce qu’on voit” – la plupart des candidats de droite, chacun dans leur genre,  creusent une tranchée et s’enferment dans une guerre de position : 

  • Bertrand ne se remettra sans doute pas de ce qu’il a dit, durant la campagne des régionales, préférer être avec des communistes qu’avec “les identitaires” – entendez le Front National. 
  • Valérie Pécresse est partie à la bataille avant de rassembler. Et elle explique que “l’heure des femmes est venue”. On dirait qu’elle nous chante le tube de l’année 1967 (celle de sa naissance) “Je n’ai besoin de personne…”
  • Eric Zemmour a décidé que, puisque tout le monde parle de l’immigration, il prouvera aux Français qu’il est le seul à vraiment comprendre le sujet puisqu’il le traite sous un angle civilisationnel. 

En somme Xavier Bertrand se veut fidèle au “carrément anti-Le Pen” quand Madame Le Pen pâtit dans les sondages de ce que tout le monde parle d’immigration; Valérie Pécresse nous parle d’elle quand les Français n’ont jamais eu autant besoin qu’on leur parle et qu’on leur parle d’eux; Eric Zemmour, lui, refuse de voir que le pass sanitaire est aussi un “enjeu civilisationnel”, tout comme l’effondrement de notre système éducatif ou la désindustrialisation de la France.  

En fait, aucun de ces trois candidats ne voit qu’il y a une seule campagne à faire: le procès, sobre dans le ton mais implacable sur le fond, du macronisme.  La liste est longue des faiblesses du quinquennat en train de s’achever: 

  • incapacité à réformer (voir le fiasco des retraites)
  • endettement public catastrophique du pays (120% du PIB)
  • baisse dramatique des crédits accordés à l’université publique
  • la réforme du baccalauréat est un échec cinglant
  • la “start-up nation” s’est révélée un slogan creux. 
  • la désindustrialisation s’est accélérée. 
  • l’insécurité a augmenté dans des proportions dramatiques. 
  • L’immigration n’est pas mieux contrôlée que sous Hollande. 
  • la position de la France au sein de l’Union Européenne s’est détériorée. 
  • La politique étrangère est une série de déclarations présidentielles fracassantes suivies par des montagnes accouchant de souris. 
  • la politique sanitaire a été une succession d’échecs retentissants
  • la nation est profondément divisée
  • la répression des Gilets Jaunes a été d’une brutalité inacceptable. 
  • Le pass sanitaire crée deux catégories de citoyens sans même une efficacité prouvée
  • La centralisation de la décision entre les mains d’un homme est devenue contre-productive etc. etc. 

Cette liste est loin d’être exhaustive mais elle doit nous mener à une conclusion évidente. 

La campagne présidentielle de 2022 est sans doute la plus simple à concevoir depuis longtemps. A condition de ne pas se tromper de cible. L’antimacronisme est la tendance de fond de l’opinion. Le candidat qui saura exprimer la défiance généralisée de l’opinion vis-à-vis du président hyper-centralisateur et promettre aux Français qu’ils pourront décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes, sur les sujets qui les concernent directement tandis que l’Etat se concentre sur le secteur régalien, la santé et l’investissement dans les infrastructures est sûr de gagner face au président sortant. 

L'hypothèse Barnier gagne en crédibilité

Avant l’été, nous avions fait l’hypothèse que Michel Barnier aurait plus de chances que les autres candidats de la droite de parvenir au second tour et de battre Emmanuel Macron. Le scénario  nous paraît renforcé par les évolutions récentes: 

  • selon les sondages et les configurations, Michel Barnier atteint un socle de 11% là où il était à 7% avant l’été. Et il fait une pointe à 13% dans le sondage Sopra Steria. C’est une progression régulière.
  • Michel Barnier a annoncé sa candidature le jour où Laurent Wauquiez faisait connaître son intention de passer son tour. Selon nos informations, il y a là plus qu’une coïncidence. 
  • Michel Barnier sait pouvoir compter sur un travail de terrain efficace des Jeunes Républicains en sa faveur.  Les JR sont dirigés par Guilhem Carayon, dont le père, Bernard, agit discrètement, selon nos informations, en faveur de l’unité du parti autour de Michel Barnier. 
  • Sous ses airs tranquilles, le candidat Barnier est le seul, pour l’instant, à construire un anti-macronisme efficace. Son slogan “respecter les Français, faire respecter la France” attaque le président sortant sur deux points vulnérables: l’ancien élu savoyard est crédible quand il part à l’écoute des Français et dit qu’il renoncera aux oukases tombés de Paris. Comme ancien négociateur du Brexit, il est non moins crédible quand il promet de mieux défendre la France en Europe et dans le monde que l’actuel titulaire de l’Elysée. 
  • Avec de la suite dans les idées, Barnier  élabore son projet de moratoire sur l’immigration vis-à-vis des institutions européennes. L’idée semble prendre puisque l’on commence à l’attaquer sur le sujet.  Bien loin de l’impartialité d’Hubert Beuve-Méry, son fondateur, le journal Le Monde fait semblant de croire que Michel Barnier s’en est pris à l’ensemble de l’UE, alors qu’il a demandé que la France ne soit plus soumise en matière d’immigration, au moins pendant un certain temps, aux décisions de la Cour de la Justice Européenne ou de la CEDH. La mayonnaise prendrait-elle? Michel Barnier a en tout cas tiré les leçons de l’échec de Nicolas Sarkozy, dont les mesures de contrôle migratoire avaient été annulées par les engagements internationaux de la France.  

Le candidat est prêt, à la différence de Xavier Bertrand, à jouer le jeu de la primaire. Il a déjà distancié Eric Ciotti et Philippe Juvin. Et si la primaire tournait à un duel avec Valérie Pécresse, je parierais pour ma part sur la capacité de l’ancien leader des jeunes gaullistes (dans les années 1970) à labourer  le terrain et imposer tranquillement une stature d’homme d’Etat. A la fin d’un quinquennat aussi troublé, Michel Barnier a bien des atouts pour être cru quand il promet de la stabilité aux Français. 

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16 commentaires
  1. C’est sûr que l’on va pouvoir compter sur Barnier pour réduire l’influence de la commission européenne et récupérer les souverainetés nationales . Ce pitre lamentable n’aura aucun mal à poursuivre l’oeuvre de destruction de Macron . Si vous êtes prêts à être une fois de plus pris pour des cons vous pouvez y aller les yeux fermés . Il fait partie de la brochette indigeste des europhiles, tout comme Bertrand, Pécresse, Lisnard, Philippe et autres clowns nous ayant déjà montré l’étendue de leur manque de talent . La droite n’existe plus que parmi le peuple, il n’y a rien à attendre des partis actuellement tout le monde se tient par la barbichette et personne n’a les convictions pour renverser la table et nettoyer les écuries d’Augias .

    1. Lisez mon article jusqu’au bout. Et regardez comme Le Monde l’attaque. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Mais il ne faut pas non plus insulter l’avenir. Cordialement. EH

    2. C’est certainement le père du Brexit, le Britannique Nigel Farage, qui a eu le mot le plus juste:
      « Michel Barnier est le plus grand hypocrite de tous les temps. »

      Michel Barnier: Que signifie son revirement spectaculaire sur l’immigration et l’Union européenne? Frédéric Sirgant 12 septembre 2021 3 minutes de lecture
      https://www.bvoltaire.fr/michel-barnier-que-signifie-son-revirement-spectaculaire-sur-limmigration-et-lue/?mc_cid=c7d172b9c1&mc_eid=f362016dfb

  2. Votre article n’est pas réellement en cause . Que le monde l’attaque est tout à fait normal, Macron est socialiste, un journaliste du monde n’a pas le choix, d’autant que les subventions sont tombées comme à Gravelotte ces temps-ci, je doute que ce soit sans raison . Rien que le nom de Barnier me hérisse, son attitude lors de la sortie de la G.B de l’UE était innommable et le reflet du mépris des peuple partagé par la quasi totalité de la caste de corrompus qui détruit ce pays depuis trop longtemps, tous partis confondus . Il en est de même pour Pécresse et la brochette de clowns qui courent après la queue du mickey tout en ayant rien de sérieux à proposer hormis des discours creux qui seront oubliés le lendemain de l’élection . Désolé, Sarko a été le dernier à s’offrir le plaisir de confondre droite et gauche, et France et Europe . Game over pour ces gens là .

    1. Je suis d’accord avec vous: le Brexit a été la réussite d’abord des irréductibles Tories, qui ont refusé l’accord May-Merkel, puis de Johnson et MB n’y pouvait rien.
      Je ne fais que constater qu’il est actuellement le seul à faire une campagne de terrain intelligemment conçue.

      1. L’accord May-Merkel était une tentative de prendre les partisans du Brexit pour des truffes . Barnier s’est conduit d’une manière inacceptable en voulant punir la G.B de sortir de l’UE . Il y a eu le même discours de la part de Pécresse et de toute la clique à Sarko . On retrouve la même attitude aujourd’hui de la commission européenne envers la Hongrie et les pays du groupe de Visegrad qui refusent les aberrations du progressisme, je ne crois pas avoir entendu un seul mot à ce sujet de la part de M.B . Si l’UE est devenue aussi anti démocratique il n’y a rien à attendre de ceux qui jouent ce jeu pourri sans sourciller et Barnier en fait partie . Jouer une comédie d’une manière crédible n’est suffisant pour mériter les applaudissements qu’au théatre, quand la pièce est finie, on rentre chez soi et on passe à autre chose, là, si on avale l’appât c’est pour 5 ans de plus, ou, plutôt, 5 ans de trop . Après les dégâts du clown actuel il faudra autre chose que d’avoir fait l’école du cirque pour réparer les choses . Aucun des prétendants de droite n’a les convictions nécessaires pour avoir la moindre chance de réussir, Barnier pas plus qu’un autre .

      2. Si l’on souhaite en finir avec le diktat de la Commission européenne, il faut être cohérent et agir comme les Tories : quitter l’U.E. Alors, une campagne intelligemment conçue, selon moi, ce n’est pas des positions en demi-teinte comme celle de Barnier, mais une stratégie volontaire et affirmée. Quand je regarde l’ensemble des politiciens français, le seul qui me paraisse cohérent, déterminé et sincère, c’est Florian Philippot.

  3. Personnellement, je ne pourrai jamais voter pour quelqu’un qui a occupé un poste dans la bureaucratie européenne (Commission, BCE, Cour de Justice, Parlement etc…).

  4. Vous plaisantez ?

    Vous croyez vraiment qu’un bourgeois conformiste de merde comme Barnier ou Pécresse …. ????

    C’est quoi cette attirance ridicule pour le propre sur lui, le bien comme il faut, les apparences de respectabilité ?

    Reprenez vous : ce ne sont pas ces enculés m, qui ont créé les problèmes, qui les résoudront.

  5. Je suis dans le sens de Pabizou, Barnier est une ordure totale trop de ” dirty tricks ” durant le Brexit à vomir, mais Husson à raison sur la stratégie il faut tout faire dans un premier temps pour extraire Macron, en politique on ne vote jamais pour quelqu’un mais toujours contre quelqu’un. Ceci dit effectivement Barnier c’est un choix cornélien.

  6. Il y a bien une demande de droite mais elle n’existe que dans le peuple actuellement. Aucun de ces candidats n’est vraiment libéral, nous n’avons pas de parti et pas de candidats. MB, c’est du vent!

  7. Bon comme Macron qui faisait jeune et dynamique, Barnier ferait une campagne intelligente, lol. Le degré zéro d’un futur président, du moins dans le bordel ambiant. Sérieux, le mec qui pendant 4 ans a tenté de pourrir les british qui ne voulaient pas rester, on devrait penser qu’il n’essaierait pas de pourrir les français qui “résistent”, par exemple?

  8. Ô oui ô oui barnier‼️ par dessus les 2 autres et aussi barbatrou, monsieur édouard; lisnard le lézard je ne crois pas, trop paresseux. Wauquiez a sa fierté qui l’honore et sa région. Quelle embouteillage pour le même tout petit électorat que maqueron. Si après ça tas pas compris que ces gens font des carrières et rien d’autre c’est que vraiment tes gogol. Que maqueron rempile et qu’on n’en parle plus. Qu’est ce qui vous gêne? Le gros des postes de planqué vont aux socialo? Bon d’accord. C’est pas non plus la mer à boire, 5 ans de plus. D’ailleurs en soutenant une alternance vraie avec Marine Le Pen vous pourriez accrocher un pti quelque chose non??

  9. Autant j’apprécie vos analyses, autant là je reste perplexe …
    Ce Michel Barnier, il a passé sa vie (une grande partie) à Bruxelles, à concocter la politique migratoire, années 2015, l’invasion migratoire, les règles de l’Europe, les Droits de l’Homme dans l’inflation “morale”… et il cracherait sur la politique européenne … (le temps d’une élection) !!!

  10. Désolé d’en rajouter mais , à 71 ans, j’ai perdu mon pucelage politique après l’élection de Valéry : séduits , ma femme et moi, par l’intelligence du mec qui, paraît-il , était capable de présenter le budget au micro sans notes, nous nous disions que l’on ne pouvait donner notre voix qu’à quelqu’un comme lui.
    15 jours après, je crois, c’était le camion de laitier contre la bagnole de Vadim et j’ai nettement ressenti ce dépucelage !!!! douloureux ….. ce sera la seule et unique fois où nous donnerons nos voix, positivement , à un candidat sûr de l’emporter !
    Depuis, dégringolade inexorable , en passant par le Hongre pour aboutir au nain actuel ( pas fini comme le dit de lui Philippe).
    Alors les prochaines ???? accepterons-ils encore de se faire torcher par deux représentants des merdias ????? Fillon m’a écoeuré par son indigence virile dans cette affaire !!!! émasculés, tous ces mecs ! oser se plier à ce diktat de gnomes US alors qu’on est censé vouloir représenter ce pays aux 1500 d’Histoire si fabuleuse ???? non ! aucun espoir de ce côté ! mais je comprends très bien que vous essayiez de rassembler ceux qui ont une vision à venir . Toutefois Barnier….. alors là, ça me scie les pattes !!!!

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