[PAYANT] Qui commence la campagne président finira candidat

Cette semaine, dans "Les Droites de Husson": 1. A M-6, ce n'est que le début des grosses secousses. 2. Jean-Paul Bolufer pressenti pour prendre la direction de la campagne d'Eric Zemmour. 3. Jean-Marie Le Pen n'a pas dit son dernier mot. 4. Quand Emmanuel Macron décrochera-t-il dans les sondages ?

A M-6, ce n'est que le début des grosses secousses

Evidemment, un sondage qui met Eric Zemmour à 13% et voit Marine Le Pen descendue à 16% ne pouvait que semer l’émoi dans le landerneau politique et dans les médias; surtout quand ce sondage est confirmé par un autre où Zemmour double Xavier Bertrand.  Cependant, faut-il rappeler que le gagnant d’octobre est rarement le président qui entre à l’Elysée au mois de mai? Sans remonter jusqu’à Giscard, sûr d’être réélu en octobre 1980 ni même à Jean-Pierre Chevènement, monté jusqu’à 15% dans les sondages, il suffit de se rappeler la dernière élection présidentielle (voir ci-dessus). Au mois d’octobre 2016, Marine Le Pen était à 27%; Alain Juppé était donné largement vainqueur de la primaire de la droite et semblait bien parti, avec 26% d’intentions de vote, pour remporter l’élection présidentielle. Emmanuel Macron n’était qu’à 14% et Jean-Luc Mélenchon à 13%. Pour finir, c’est François Fillon qui a remporté “la primaire de la droite et du centre”; il a fait 20% au premier tout de l’élection présidentielle et Marine Le Pen, ç 21%, ne l’a dépassé que d’une courte tête; tandis qu’Emmanuel Macron virait en tête u premier tour à 24% et Jean-Luc Mélenchon montait à 19%. 

Ce qui est certain, c’est que les choses ne vont pas se passer comme prévu. La montée d’Eric Zemmour sonne bien, dans une grande mesure, le coup d’envoi de la présidentielle. Elle annonce une campagne qui sera pleine de rebondissements. 

Jean-Paul Bolufer pressenti pour prendre la direction de la campagne de Zemmour

Eric Zemmour, notre “petit Napoléon” préféré, est en apesanteur. On serait euphorique à moins. Jeudi soir 23 septembre, il débattait avec Jean-Luc Mélenchon, surprenait les téléspectateurs par une bonne maîtrise d’un sujet comme l’écologie. Vendredi 24 septembre, il participait au sommet sur la démographie à Budapest.  Euphorique, le presque-candidat a fait des débuts diplomatiques pourtant un peu laborieux. Reçu à déjeuner par la  Ministre hongroise de la Famille, Katarina Novak, en même temps que des ministres des pays du Groupe de Visegrad, “Napy” a commencé par monopoliser la parole pendant une bonne dizaine de minutes pour tenir – en français – des propos sans grand intérêt pour ses interlocuteurs. Commentaire (en français) de la Ministre hongroise  à la cantonade, lorsque Napy  s’arrête enfin: “J’ai toujours admiré l’assurance dont font preuve les Français”.  D’aprèsdeux participants au déjeuner, Z est reparti sans saluer la Ministre; mais on n’est même pas sûr que ce soit par susceptibilité. Le presque-candidat avait sans la doute la tête à son passage chez Sonia Mabrouk, dimanche 26 septembre, ou chez Ruth Elkrief, lundi 27 septembre 2021. Indéniablement, le presque-candidat réussit actuellement tous ses passages médiatiques – avec cependant quelques trous d’air comme ce moment d’anthologie où il explique que Margaret Thatcher a réussi en politique à cause de ses vertus “masculines”. Son ouvrage La France n’a pas dit son dernier mot, s’est déjà vendu à 300 000 exemplaires.  Ses meetings voient une énorme affluence. 

La poussée médiatique et sondagière va si vite que l’organisation de la campagne (éventuelle) a du mal à suivre. Tous les témoins que j’ai interrogés m’ont confirmé que la campagne est encore une joyeuse improvisation. On murmure que le directeur de campagne devrait être Jean-Paul Bolufer mais rien ne peut être annoncé tant que le candidat ne s’est pas déclaré. Si la nomination de cet ancien préfet proche de Jacques Chirac comme directeur de campagne était confirmée, elle ferait partie d’une tentative d’Eric Zemmour pour se présenter comme le vrai héritier du parti gaulliste – du RPR. Napy a passé sa semaine à secouer le cocotier LR, dénonçant la “notabilisation” de l’ancien parti gaulliste et appelant à un basculement des militants vers lui. Evidemment, cela n’empêche pas Eric Zemmour de reprendre à son compte la thèse de Pétain et de Gaulle comme “le bouclier et le glaive”; et d’oublier au passage que l’UDF, qu’il qualifie de parti centriste, était, dans les années 1980, plus à droite que le RPR – par exemple plus libéral en économie.   

Jean-Marie Le Pen n'a pas dit son dernier mot

Jean-Marie Le Pen s’est invité dans la campagne présidentielle de façon fracassante en même temps que sortait le deuxième sondage qui met Eric Zemmour à quelques encablures de Marine Le Pen.  « Marine a abandonné ses positions fortifiées et Eric occupe le terrain qu’elle a quitté » déclare-t-il au journal Le Monde.  « Si Eric est le candidat du camp national le mieux placé, bien sûr, je le soutiendrai”, ajoute-t-il. En l’occurrence, le patriarche du clan Le Pen ne dit rien d’autre que ce que Marine avait déclaré elle-même dans l’émission…Zemmour et Naulleau le 23 septembre 2018. Un extrait: 

Le spectateur de 2021 savourera les propos – sans doute pour elles très abstraits – que tenait Marine Le Pen en présence de celui qui est aujourd’hui pour elle un véritable adversaire  et que son père n’exclut pas de soutenir. Si l’on en croit le journal Le Monde: ” [Jean-Marie] Le Pen n’avait jamais imaginé que l’essayiste irait se projeter à l’Elysée.  “Mais il est monté sur la barricade en disant des choses que personne n’osait dire, à part moi”, approuve Jean-Marie Le Pen en brandissant un étendard imaginaire. “Il dit ce que je pense, mais avec une audience supérieure.” ». Après avoir été évincé du Front/Rassemblement National par sa fille soucieuse de “normaliser” , “républicaniser” l’image du parti, Marine Le Pen découvre, pour parodier le titre du best-seller d’Eric Zemmour, que Jean-Marie Le Pen n’a pas dit son dernier mot.   

Quand Emmanuel décrochera-t-il dans les sondages ?

Au Rassemblement National, on observait déjà, avant la déclaration de Jean-Marie Le Pen, selon mes informations, un mélange de fébrilité et de déni de réalité concernant Eric Zemmour. Déni de réalité: en Bureau Politique, Marine Le Pen brodait sur le thème “Même pas peur!”. En fait, la candidate et son entourage étaient extrêmement inquiets avant même l’entretien du Patriarche avec le journal Le Monde. ” . Plusieurs personnes concernées nous ont raconté que Jordan Bardella passe des appels à des  victimes des “purges” successives – par exemple de la mouvance identitaire – pour voir si l’on peut recoller les morceaux et relancer la campagne. La question  que tout le monde se pose sans oser la formuler devant la candidate  est celle d’un possible croisement des courbes de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour.   

Une autre question en découle. Emmanuel Macron a largement planifié sa réélection sur la perspective d’un second tour qui l’opposerait à Marine Le Pen. Mais que se passe-t-il quand Marine Le Pen apparaît affaiblie? Quelle serait la conséquence d’un coude à coude entre la fille de Jean-Marie Le Pen et Eric Zemmour? Dans le sondage Harris Interactive, les candidats LR stagnent (Xavier Bertrand à 14%, Valérie Pécresse à 12%, Michel Barnier à 8%). Celui d’Ipsos donne Michel Barnier à 11% mais confirme les estimations concernant les deux autres principaux candidats à l’investiture LR. Mais que se passera-t-il à partir du moment où le duel Macron-Le Pen, définitivement, ne sera plus certain? Il est plus que probable que le candidat Macron en sortira fragilisé. On peut imaginer un scénario où le rapport de forces entre Zemmour et Marine Le Pen se stabilise et où l’arrivée de cette dernière au second tour n’est plus assurée. LR aura son candidat, début décembre – plus probablement Michel Barnier, choisi par les adhérents, plutôt qu’un Xavier Bertrand en perte de vitesse ou une Valérie Pécresse qui stagne. Peut-on anticiper dans ce cas une baisse d’Emmanuel Macron et une montée du candidat LR? En attendant, quelles seront les conséquences réelles d’une organisation en parti des amis d’Edouard Philippe? La Macronie semble devenir de plus en plus nerveuse à ce propos.  Ce qui sauve Emmanuel Macron, pour l’instant, c’est le fait que ses adversaires négligent tout un pan de l’opposition à sa politique: les opposants au pass sanitaire et le ressentiment de tous ceux qui se sont fait vacciner contre leur gré. Au moment où une partie des soignants non-vaccinés ont été suspendus et où le gouvernement commence à travailler sur une prolongation du pass sanitaire jusqu’en…juillet 2022; alors que les prix de l’énergie ne cessent de monter; il se peut que l’hiver devienne cependant plus compliqué pour Emmanuel Macron qu’il ne l’avait anticipé. Surtout si se répand la rumeur d’un pass sanitaire obligatoire pour acccéder aux bureaux de vote. 

Je pense pour ma part que le décrochage d’Emmanuel Macron est inéluctable. Proposons le scénario suivant: 

  • le rapport Marine Le Pen/Zemmour se stabilise à 15% chacun pendant le mois d’octobre. 
  • Xavier Bertrand et Valérie Pécresse se stabilise à la baisse à environ 10%
  • Il devient de plus en plus évident que Michel Barnier, ayant travaillé intelligemment le parti depuis le printemps 2021 sera le candidat. Avant même sa désignation il passe devant Eric Zemmour et Marine Le Pen en martelant qu’il est le candidat de la paix civile, du rassemblement et des solutions pratiques pour rétablir, en France et dans le monde, l’autorité de l’Etat. 
  • A partir du moment où Emmanuel Macron apparaît dispensable puisque Marine Le Pen n’est plus certaine d’accéder au second tour, on se met à comparer la parole maîtrisée et le calme de Michel Barnier à la logorrhée et la tension permanente du président sortant. 
  • Le piège se referme sur Emmanuel Macron lorsqu’il se lance dans de grands discours sur l’Union Européenne, au début de la présidence française, en janvier 2022; mais se voit reprocher le déclalage entre les mots et la réalité par le négociateur du Brexit….

En pratique, le décrochage d’Emmanuel Macron pourrait se produire en janvier au moment où il devrait annoncer sa candidature. 

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1 commentaire
  1. J’en ai la chair de poule. La panique se répand chez tous les protagonistes, chacun pour des raisons différentes. Un seul garde un calme olympien à 8% des intentions de vote et 0% d’enthousiasme populaire, c’est super barnier. Le grand barnier prépare des crêpes pour la chandeleur époque où il se donnera à la France en transes. On y croit tous.

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