“Maltraitance !” : le cri d’une soignante en cancérologie

Par le Docteur Z - Le 12 juillet, on m’a collé un révolver sur la tempe. Soignante dans un centre de cancérologie, j’avais deux mois pour obéir ou devenir indésirable. Immédiatement j’ai pensé « maltraitance ». Maltraitance des soignants à qui l’on inflige une avanie supplémentaire. Maltraitance des patients qui, en cas de suspension de soignants, verront leur qualité de soin se dégrader… une fois de plus.

« Maltraitance ».

Ce mot a parfois été employé, timidement, par la presse et l’opinion publique, à propos d’EHPAD où les résidents n’ont droit qu’à un vague débarbouillage en accéléré faute de personnel suffisant. Il peut surprendre s’agissant de l’hôpital public. Et pourtant… comment oublier qu’au premier confinement, on a interdit toutes les visites à l’hôpital ? Certains patients sont morts seuls, sans avoir revu leur famille. D’autres ont été privés du soutien de leurs proches alors qu’ils avaient à supporter des traitements particulièrement lourds, ou des hospitalisations de longue durée. Que dire de ceux qu’on a priés de ne pas se déplacer pour leur consultation, en arguant qu’un échange téléphonique était suffisant pour faire le point ? Ce n’est pas de la maltraitance, ça ? Et maintenant, on leur impose de présenter un pass pour accéder à tous les soins non urgents. Donc, en cancérologie, pour leur consultation de suivi (vous savez, celle qui est vécue à chaque fois comme un épée de Damoclès, va-t-on ou non m’annoncer une rechute de ma maladie ?), leur scanner de réévaluation, leur chimiothérapie, leur séance de rayons. Et ne parlons pas des médecins qui, ces derniers temps, commencent leur consultation non pas par « Bonjour, comment allez-vous » mais pas « Pourquoi n’êtes-vous pas vacciné ? ». Voire « si vous ne vous vaccinez pas, je ne pourrai plus vous soigner ».

Et le « virage de l’ambulatoire » ?

Ne nous méprenons pas, je n’y suis pas formellement opposée. Mais comment peut-on ne pas voir que pour certaines personnes, les plus fragiles, les plus âgées, les plus défavorisées, c’est une véritable violence que de les renvoyer chez eux après une intervention, en sachant – mais en s’en fichant- qu’ils y seront seuls, isolés parfois, et en difficulté pour accomplir les gestes de la vie quotidienne ? Maltraitance organisée… pour pallier le manque d’effectif chronique de l’hôpital public, et les suppressions de lits répétées.

Les soignants

Depuis des années, ils triment, il n’y a pas d’autre terme. Lorsque j’ai commencé à exercer, il y a plus de 30 ans, nous avions le temps de « prendre soin », de discuter avec les patients ou les visiteurs. De faire notre travail humainement et dignement. Aujourd’hui certains directeurs de soin tentent de mettre en place le « lean management » pour améliorer nos performances. Vous avez bien dit « performances » ? On peut parler de « performance », s’agissant du soin ? On travaille à flux tendu, un lit libéré à 11h est réoccupé à 12h30. Les congés ? Deux semaines l’été. Dans les textes, on a droit à trois semaines. Mais dans les faits c’est rarement possible. Et certains cadres exigent des agents qu’ils s’organisent eux-mêmes avec leurs collègues pour trouver qui les remplacera sur leurs week-ends de congés. Et si vous ne trouvez personne ? Vous partez du lundi après votre week-end de travail au vendredi avant le suivant. Oui, nous en sommes parfois là… Les jeunes diplômés, engagés en CDD, n’osent pas se rebeller. Des mois durant, on leur donne les congés auxquels ils ont droit au compte-goutte. Deux jours par mois. Cumul sur trois voire six mois ? Impossible. Le code du travail impose un repos d’au moins 11 heures entre deux journées de travail ? Et pourtant combien d’entre nous ont quitté un soir leur poste à 21h30 pour y revenir le lendemain à 6h30. Sans commentaire… Un service manque de personnel un jour ? Qu’à cela ne tienne, on rappelle l’agent en repos, chez lui, à n’importe quelle heure, au mépris de son droit à une vie privée. Et on le culpabilise, « si vous ne revenez pas, vous mettez vos collègues en difficulté ». Apparition du Covid : plans blancs à répétition. Qui ont permis de mobiliser des agents pour aller « dépanner » dans d’autres services que le leur, sans formation. Pour remplacer des collègues malades du Covid, ou déployés dans les unités covid ? Oui parfois. Mais aussi pour combler une absence pour congé maternité non remplacé, ou permettre au cadre de rendre des repos dus depuis longtemps à leur équipe. Les agents testés positifs au covid ?
Des notes de service nous ont rappelé que nous pouvions quand même venir travailler… Et voilà qu’aujourd’hui, nous devons nous vacciner, sans délai, sans libre arbitre, sans discussion, et transmettre des données de santé à notre DRH, au mépris du secret médical auquel nous avons été formés. Des collègues enceintes ont demandé un délai : Refusé. Docile, ou suspendue sans salaire. Maltraitance de nouveau.

Je ne serai plus complice ni victime de ce système : j’ai décidé de raccrocher ma blouse. Définitivement.

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6 commentaires
  1. La maltraitance est partout, et depuis trèèèèès longtemps. Beaucoup s’en sont accomodés, ont tenté de la masquer, de regarder ailleurs. Je ne juge pas. Mais enfin, le système collapse et tout le monde “découvre” ce qui était sous nos nez. Violence économique, violence institutionnelle, dans les hôpitaux, dans les écoles, les grandes et les petites, dans les familles, dans les couples, elle est partout. Tout mon soutien pour votre courage, celui que vous avez su trouver au fond de vous pour dire NON. STOP. BASTA. FINI.

  2. La vie globalement devient une horreur pour beaucoup de monde dans notre pays
    Les soignants en particulier sont devenus des cibles de la politique des hôpitaux
    C’est insupportable et ça met tout le monde en danger
    Je ne comprend pas que la population dans son ensemble ne se mobilise pas plus pour défendre nos soignants, nos pompiers qui sont dévoués aux humains avec des salaires au lance pierre
    Mais quand on ne va même pas dans les rues le samedi ou devant les écoles pour protester contre les masques que subissent depuis plus d’un an les enfants, avec toutes les conséquences qu’on connaît y a de quoi hurler
    LES FRANÇAIS SONT ILS DES LÂCHES ???

  3. C’est exactement ce qui se passe depuis des années; hospitalière depuis 27 ans, suspendue, je ne compte pas le nombre de rappels sur les repos pour venir remplacer au pied levé, et pendant la “crise” les collègues auxiliaires puéricultrices qu’on a fait travailler en médecine (service Covid) ou en EHPAD (idem!) pour remplacer des aides soignantes, dans leur roulement de travail en maternité! Maltraitance des patients(es), maltraitance des agents, maltraitance institutionnelle! On n’est pas de “bonnes sœurs”!

  4. La 1e maltraitance c est deja la nullite des personnels soignants et je suis d autant mieux place pour le dire que ma fille a la maladie de Lyme.
    Que l hopital public disparaisse ne peut qu etre souhaitable

    1. Je comprends votre amertume, mais elle ne vient pas d’un manque de compétence du _personnel_ (qui ne fait souvent qu’épouser les opinions de son chef de service) – elle vient en fait d’une opposition de gens très capables, comme le Pr C.Perronne, qui a passé plus de 20 ans sur cette maladie et a fini par trouver non-pas des remèdes, mais des aides pour ses malades, et la plupart des praticiens qui n’y connaissent rien et vont même jusqu’à nier la réalité de cette maladie (surtout depuis que certains ont exhumé un papier du darpa, qui avouait tranquillement avoir travaillé sur la Borellia pour en faire une arme bactériologique).
       
      De plus, comme certaines huiles essentielles faisant partie de ces aides aux patients, l’allopathie, dans son immense bêtise au front de bœuf bourrée d’un hubris très mal placé, freine des 4 fers (si elle était aussi bonne qu’elle le croit, elle aurait déjà réglé depuis longtemps les problèmes du cancer, de la sclérose en plaque et de la repousse des nerfs coupés, au hasard) – problème, ça parait ne pas marcher trop mal, mais personne ne sait réellement pourquoi.

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