[PAYANT] La Grande Sécu ou la preuve qu’il vaut mieux être complotiste que macroniste

Le projet de Grande Sécu probablement porté par Emmanuel Macron s'il est candidat à sa succession devient un feuilleton de plus en plus divertissant. Les premiers éléments sur ce projet, dévoilés la semaine dernière par l'agence de presse de Raymond Soubie (que de mamours entre le pouvoir et ses affidés), montrent en effet l'ampleur des dégâts : les assureurs santé perdraient envron 20 milliards de chiffres d'affaires, qui seraient transférés à la sécurité sociale. Ce transfert brutal mettrait à mort de très nombreux emplois, notamment dans le courtage en assurances et dans les mutuelles. On en profitera pour se gausser de la nomenklatura assurantielle, qui par conformisme anti-complotiste, soutient (toutes familles confondues) depuis cinq ans tous les combats du macronisme et se prépare à une défaite en rase campagne sans même réagir.

La Grande Sécu n’a pas fini de faire jaser. Nous avons déjà évoqué de très nombreuses fois cette chronique d’un désastre annoncé : alors que les comptes de l’assurance-maladie sont au plus mal, Macron rêve d’étrangler les assureurs santé dans leur cellule en transférant la plus grande part de leur activité (et de leur chiffre d’affaires) à la Sécurité Sociale. Mais pourquoi tant de haine ?

Les amusants petits mensonges de la Grande Sécu

Depuis le mois de juillet, on s’en souvient, le Haut Conseil à l’Avenir de l’Assurance Maladie (HCAAM) est chargé de réfléchir à des “scénarios” d’évolution de la sécurité sociale et des assureurs complémentaires. Nous répétons régulièrement qu’en réalité il s’agit d’un habillage puéril pour préparer le seul scénario qu’Olivier Véran a en tête : la reprise en main des assureurs santé par la sécurité sociale, à travers un mécanisme dit de “décroisement” qui priverait les complémentaires d’au moins 50% de leur chiffre d’affaires au profit de la sécurité sociale. 

Les fuites orchestrées auprès de l’agence de presse de Raymond Soubie viennent de confirmer cette information (cousue de fil blanc) : le transfert des remboursements complémentaires à la “Grande Sécu” coûtera une vingtaine de milliards aux assureurs santé.

Cette mesure devrait rencontrer peu de résistance dans l’opinion, tant les assureurs santé se sont laissés enfermer dans l’image des méchants qui prévariquent et qu’il faut punir. Nous avons, au début du confinement et des lourdes erreurs de communication de la présidente de la Fédération Française des Assurances, Florence Lustman, souligné comment l’affaire des pertes d’exploitation des restaurateurs non couvertes par les assureurs constituait un préjudice d’image qui aurait des répercussions néfastes sur la branche santé des compagnies. 

Jouant sur du velours, le gouvernement et ses affidés peuvent donc faire croire que la “Grande Sécu” profitera aux assurés et à leur pouvoir d’achat, alors que le transfert prévisible de cotisations sera pour l’essentiel absorbé dans la couverture du déficit de l’assurance-maladie. Mais ça, c’est un petit mensonge à peu près impossible à expliquer au grand public aujourd’hui. 

Les assureurs santé et leur syndrome de Stockholm

Face à cette avalée tout cru (et parfaitement programmée), on pourrait s’attendre à une réaction vigoureuse des assureurs santé pour défendre leur bout de gras. C’est pourtant, depuis plusieurs semaines (et même depuis plusieurs années serait-on tenté de dire), le contraire que l’on observe. Les assureurs santé ne ménagent ni leur temps ni leur peine pour servir la soupe au gouvernement et au Président de la République, avec force arguments pour expliquer que la Grande Sécu se fera à leur avantage. 

On songe ici aux propos du patron de la Matmut, qui a soutenu en septembre lors d’un conseil d’administration de la FNMF que le décroisement était une excellente mesure qu’il fallait soutenir. Les mauvaises langues ajoutent même qu’il avait alors le nez plongé dans le dernier catalogue Porsche et qu’il repérait déjà le nouveau modèle qu’il pourrait s’acheter en licenciant ses coûteux gestionnaires et en ne remboursant plus que les prothèses.

Mais on ne dira pas mieux de la FFA qui n’a pas prononcé un mot, cet été, pour répondre aux attaques dont la profession qu’elle est supposée représenter fait l’objet (notamment après le rapport de la Cour des Comptes ni fait ni à faire sur les frais de gestion des complémentaires santé). Avec autant de soumission et complicité avec ses bourreaux, il est vrai que le travail de décapitation devient une promenade de santé. 

Le conformisme des dirigeants tue l’intérêt général

Qu’aucun assureur santé n’ait trouvé le temps ou l’occasion de réexpliquer que la concurrence en santé est bénéfique plutôt que maléfique, et qu’en ce sens elle sert l’intérêt général au lieu de lui nuire, est bien l’illustration du problème principal qui touche le capitalisme français : le conformisme de ses dirigeants. Par peur de rompre avec la respectabilité qu’accorde ou non la caste mondialisée qui mène ce pays au naufrage, ou par la douce illusion d’appartenir à celle-ci en lui servant la soupe, les assureurs santé obéissent sans mot dire à toutes les lubies du pouvoir en place. 

La mécanique à l’oeuvre dans ce type de comportement est bien connue : dans la conception verticale et élitaire de la société, caractéristique des managers qui ont pris le pouvoir dans la profession, être bien vu par le “système” est essentiel. Donc, il faut être d’accord avec le chef qui exprime la verticalité, quitte à subir des humiliations et à se faire dépouiller. 

Pour peu que le chef annonce que “nous sommes en guerre”, là, comme un seul homme, tous les obsédés de la soumission, tous les beni-oui-oui qui cherchent la reconnaissance des petits marquis se lèvent pour renoncer à tout esprit critique et pour répéter à l’envi tous les gimmicks de la propagande. Ceux-là, au début, nous expliquaient que le masque ne servait à rien contre l’épidémie, pour expliquer avec la même intolérance quelques semaines plus tard qu’il était indispensable. 

Combien d’ordres et de contre-ordres leur faudra-t-il pour ouvrir les yeux sur la comédie dont ils sont les les dindons. 

Mieux vaut être un macroniste ruiné qu’un complotiste prospère

Quelques jours après que le professeur Raoult avait affirmé les bienfaits de l’hydroxycholoroquine comme traitement précoce du virus, ce qui, si cela (s’)était vérifié, aurait contrecarré le développement d’un coûteux vaccin, nous nous souvenons d’avoir été apostrophé vertement par un dirigeant de compagnie sur les réseaux sociaux. L’accusation de complotisme était lancée. Pour être bien vu dans l’assurance, comme dans la banque, comme au MEDEF, comme ailleurs, il ne faut surtout pas être complotiste, ni même être soupçonné de complotisme. 

Qu’il nous soit permis de nous gausser. Car le “narratif” déployé par le Président de la République depuis près de deux ans maintenant, ne laisse plus aucune place à la contradiction sous peine d’être complotiste. Vous avez un doute sur l’efficacité des vaccins, même si, avec plus de 80% de vaccinés, le pouvoir parle de reconfiner ? vous êtes complotiste. Vous avez un doute sur les chiffres triomphants en matière économique, alors que, au troisième trimestre, le Japon, la Chine et les Etats-Unis ont marqué le coup et ont vu leur croissance baisser ? vous êtes complotiste. Vous vous demandez pour quelle raison tous les gouvernements mettent en place un passe sanitaire en même temps tout en annonçant des reconfinements ? vous êtes complotiste. 

Dans ce grand gel de la pensée et de l’esprit critique qu’a ouvert l’ère du complotisme, les additions commencent à tomber. Les assureurs qui ont soutenu Macron, qui répètent encore à l’envi qu’il est le candidat le plus sérieux pour 2022, seront les premiers à passer à la caisse. Ils pourront se consoler de n’être que les premiers d’une série qui s’allongera au fur et à mesure de l’approfondissement de la crise. 

Nous prenons même les paris que les seconds sur la liste seront les banquiers, qui verront bientôt leur poule aux oeufs d’or patiemment étranglée par l’euro numérique. L’anti-complotisme dévore toujours ses propres enfants. Mais au fond, l’essentiel n’est pas de prospérer, mais d’être bien vu par le chef. 

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1 commentaire
  1. « le Haut Conseil à l’Avenir de l’Assurance Maladie (HCAAM) est chargé de réfléchir à des “scénarios” d’évolution de la sécurité sociale et des assureurs complémentaires »
    Ils devraient arrêter de « réfléchir », apparemment leur cerveau n’est pas formaté pour ça : chaque fois qu’ils le font, ils nous sortent une bourde supplémentaire.

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