[PAYANT] Pourquoi le Great Reset n’aime ni la démocratie ni la souveraineté populaire

Le Great Reset, nous le montrons régulièrement dans nos colonnes, se met progressivement en place dans les pays industrialisés. Mais du Great Reset, nous savons ce qu'en dit Klaus Schwab dans son livre éponyme. Pourtant, plus les mois passent, et mieux nous comprenons que le livre de Schwab n'a pas dit tout ce qu'il pensait de la démocratie et de l'État-Nation. En réalité, contrairement aux affirmations sur le trilemme de Rodrik, on comprend peu à peu que la caste mondialisée ne cache plus son intention d'en finir avec les nations, mais aussi avec la démocratie. Nous vous proposons ici l'intégrale de l'un des chapitres de notre prochain livre sur le Great Reset.

Nous voudrions expliquer ici pour quelle raison l’émergence du Great Reset ne peut se comprendre sans une vision claire de l’histoire contemporaine, et même très récente, du multilatéralisme. Et nous voudrions démontrer pour quelle raison, derrière ses apparences bienveillantes, le Great Reset constitue d’abord et avant tout une réaction contre la démocratie libérale et contre les dangers du suffrage universel. En réalité, le projet théorisé par Klaus Schwab peut se résumer en une sorte de troc : du pain contre la liberté, même si Schwab prend soin de se présenter comme un apôtre de la démocratie. 

Une caste dominante qui dépend de la mondialisation

Le chapitre qui suit ne peut se lire sans garder en mémoire d’où vient Klaus Schwab ni qui il représente. Le fondateur du Forum de Davos (la première édition du Forum date de 1971) a bâti un empire financier (qui lui rapporterait 1 millions de francs suisses par an, dit-on) sur la promotion de la mondialisation. Celle-ci est le coeur névralgique du Forum lui-même, puisque celui-ci, au fil des ans, s’est transformé en une sorte de think tank et de do tank permanent sous la marque du “World Economic Forum” : le “Forum économique mondial”. Le ton mondialiste, globaliste, d’emblée, est donné. 

Longtemps, Klaus Schwab est resté dans l’ombre ou n’a guère suscité l’intérêt du grand public. Il n’est donc pas clair pour tout le monde que le Forum de Davos dont il est le fondateur constitue une prospère agence de lobbying en faveur de la mondialisation, qui propose par ailleurs à ses clients de se rencontrer physiquement une fois par an pour échanger, pour créer du lien, et, au besoin, pour faire des affaires ou lancer de nouveaux projets. Au fil du temps, l’opération est devenue très rentable et très influente. Elle peut être qualifiée de centre névralgique de la mondialisation et de son idéologie. 

Quelques exemples suffiront à donner un aperçu de la prospérité de cette petite entreprise. Selon la presse allemande (en l’espèce le Süddeutsche Zeitung du 17 janvier 2017), le chiffre d’affaires du Forum avait atteint les 200 millions €, un chiffre qui ferait rêver n’importe quel créateur d’agence d’influence. Le 23 juillet 2018, la Tribune de Genève affirmait que le Forum venait d’acheter un terrain pour une valeur de près de 30 millions de francs suisses. Le même quotidien rappelait que le chiffre d’affaires de l’entreprise “Forum de Davos” avait plus que triplé entre 2005 et 2018, et qu’il employait plus de 600 personnes.

Ces quelques chiffres montrent bien comment le World Economic Forum s’est développé en même temps que la mondialisation, et comment son destin est indissociable des progrès de celle-ci. 

Mais c’est surtout dans les “affaires” que l’influence du Forum donne toute sa mesure. Par exemple, en 2004, José Maria Figueres, ancien président du Costa Rica devenu directeur général du Forum en 2000, dût démissionner pour avoir signé “en cachette” un contrat avec Alcatel pour un montant de 900.000$. Le président d’Alcatel était alors Serge Tchuruk, qui fut mis en cause pour le parachute doré dont il bénéficia lui-même. 

On comprend ici que le Forum de Davos n’est pas seulement un repère d’idéologues de la mondialisation. C’est aussi, et d’abord, un lieu où des gens gagnent de l’argent, beaucoup d’argent, et se croisent pour en gagner encore plus. Tous ces gens n’engagent pas seulement une vision du monde, ils s’enrichissent personnellement grâce à cette vision et ont donc toutes les raisons d’en propager, d’en augmenter, d’en accélérer les effets. 

C’est ici le point le plus compliqué à comprendre pour le grand public. D’ordinaire, les mouvements collectifs s’appuient sur un idéal qui n’enrichit pas directement leurs fondateurs et dont la visée n’est pas l’enrichissement des fondateurs. Ceci n’exclut pas que des fondateurs s’enrichissent. On pourrait prendre l’exemple des partis communistes, dont de nombreux dirigeants ont fini par s’enrichir. Mais, au fondement des partis communistes, on trouve une ambition de portée générale qui se transforme ensuite en outil d’enrichissement personnel. 

Dans le cas du Forum de Davos et de la mondialisation, c’est le mouvement inverse qui se produit. Tout commence avec un projet professionnel lucratif de Klaus Schwab, qui parvient à s’entourer d’autres personnes intéressées, et ceux-ci finissent par créer une boule de neige qui s’appelle la doctrine de la mondialisation. Celle-ci ne peut exister sans le concours des gens qu’elle enrichit. 

Le monde selon Davos

Cette vision, cette doctrine, il faut la détailler un peu pour bien apercevoir la suite des événements. 

Au fond, Davos est porteur d’une certitude : le multilatéralisme est un progrès pour l’humanité. Il y aurait tout un ouvrage à écrire spécifiquement sur cette question, que nous n’avons pas la place de développer ici. Mais un Klaus Schwab appartient à cette catégorie d’individus qui sont convaincus que le progrès de l’humanité tient à sa capacité à faire tomber les frontières pour constituer tendanciellement un grand tout universel. Après tout, nous formons tous la grande famille humaine, habitant sur une seule planète, et le sens même de l’humanité est de vivre dans un seul et même pays, sous un seul gouvernement qui dirigerait pour le bien de tous les hommes. 

Faute de pouvoir constituer d’un seul coup d’un seul cette grande entité unique, il faut en accélérer l’avénement en faisant tomber les frontières des États-Nations au profit d’entités régionales dont l’Union Européenne est l’archétype. Ces entités doivent dialoguer entre elles dans des instances multilatérales où une élite façonne l’avenir du monde. Nous l’avons dit, l’Union Européenne et sa Commission mandatée pour la diriger constituent pour Schwab une sorte d’aboutissement. Mais, faute d’y parvenir, des modèles fédéraux comme celui des États-Unis peuvent y suppléer. On peut bien entendu allonger la liste des institutions multilatérales factrices de progrès selon la caste : G7, G8, G20, COP, ONU, OMS, etc.

L’enjeu de cette évolution est transparent : il faut que le gouvernement des peuples échappe aux “nationalistes” ou aux “populistes”, et qu’il soit confié à un groupe éclairé qui conduira l’humanité vers son unification sous un seul gouvernement. 

Il est assez amusant de voir combien cet idéal est proche des utopies de gauche. Entre la critique des politiques “nationalistes”, “populistes”, que l’on trouve à gauche, hostiles au contrôle des migrations, et la vision mondialiste de Davos, il existe assez peu de différences. D’une certaine façon, toutes deux sont unies par un rejet de l’État-nation, perçu comme obscurantiste, et par l’appel à un dépassement des frontières entre les hommes. L’originalité de cette situation tient au fait que beaucoup de gens de gauche adhèrent à cette conviction profonde par rejet du capitalisme mondialisé. Ils n’ont manifestement pas compris qu’ils ne sont, dans leur vision fraternelle, que les pions, les idiots utiles, de ce capitalisme. 

Il faudrait là encore un long traité d’histoire des idées pour comprendre la filiation qui existe entre la pensée mondialiste de “gauche” et la pensée mondialiste de Davos, que l’on pourrait de façon simpliste qualifier de “mondialisme de droite”. Mais une chose est sûre, toutes deux sont, in fine, tributaires du fameux ouvrage de Karl Popper, La société ouverte. La meilleure preuve de cette filiation est donnée par l’action des organisations non-gouvernementales qui assurent le passage des migrants en Méditerranée. Elles se réclament toutes d’un idéal de gauche et sont toutes, peu ou prou, financée par l’Open Society Foundation de George Soros, qui fut l’étudiant de Karl Popper au début des années 50.

Nous n’entrerons pas ici dans un commentaire détaillé du très intéressant ouvrage de Karl Popper, qui oeuvrait à Londres de concert avec Friedrich Hayek. Nous nous bornerons simplement à redire que, pour Popper, la société ouverte apportait des droits que la société “fermée” fondée en Europe sur les vieilles valeurs aristocratiques véhiculées par la pensée platonicienne, interdisait. Quelques décennies après la parution de cet ouvrage, les émules de Popper ont utilisé la société ouverte comme un cheval de Troie pour instaurer un ordre éminemment aristocratique qui exclut des décisions la majorité des gens concernés par ces décisions. 

C’est probablement le paradoxe de la doctrine de Davos, que d’avoir utilisé la pensée démocratique pour construire un ordre oligarchique. 

Le trilemme de Rodrik et la gouvernance mondiale

Ce retournement de la pensée de Popper en un moment aristocratique à l’exact opposé de ses intentions possède lui aussi une racine historique traçable. Il s’agit du “trilemme de Rodrik”, sorti de presse en 2008 dans l’ouvrage Nations et mondialisation qui analyse le destin des nations à l’heure de la mondialisation. 

Dani Rodrik est un économiste turc, accessoirement juif séfarade, qui enseigne ou a enseigné dans de prestigieuses universités américaines, en particulier à Princeton. Il fait partie de l’Association Mondiale des Économistes, et il a mené différentes recherches pour la Carnegie Corporation, la Rockefeller Foundation ou la Ford Foundation. Mais il a par ailleurs oeuvré pour différentes institutions qui travaillent sur la mondialisation. D’une certaine façon, Rodrik est un exemple abouti de cette caste de chercheurs qui militent en faveur de la mondialisation et fournissent des substrats intellectuels au Forum de Davos et à son écosystème. 

Comme beaucoup de mondialistes, Rodrik cherche à répondre une question principale : comment accélérer la mondialisation face aux résistances “populistes”. Il a donc cherché à modéliser les déterminants de la mondialisation, ce qui a donné ce qu’on appelle couramment le “trilemme de Rodrik”. 

Pour en résumer le sens, on peut dire que le trilemme de Rodrik considère qu’il est impossible de faire coexister la mondialisation et les États-Nations sans supprimer les Droits de l’Homme. La Chine en serait le meilleur exemple : pour intégrer l’Organisation Mondiale du Commerce tout en conservant sa souveraineté, la Chine doit adopter des mesures de réforme interne autoritaire exclusives de la démocratie. C’est ce que Rodrik appelle (comme le montre le séchéma) la “Camisole dorée” : l’hyper-mondialisation enrichit l’ouvrier chinois en lui ouvrant des marchés inespérés, mais elle le prive de liberté, car, pour être compétitive, la Chine doit “s’adapter” sans le consentement de sa population. 

Beaucoup ont résumé le trilemme de Rodrik à cette présentation, qui est en réalité caricaturale. Il faut en effet redire que, selon Rodrik, la forme primitive de la mondialisation est issue des accords de Bretton Woods, qui ont débouché sur la création du FMI, mais surtout sur la convertibilité du dollar en or, et sur la convertibilité de toutes les monnaies en dollar. Ce système monétaire international constituait une forme insatisfaisante de la mondialisation, dans la mesure où chaque État-nation conservait sa monnaie et son pré carré. D’ailleurs, Bretton Woods fut incapable de poser le principe du libre échange et s’est simplement limité à l’époque à la création du GATT pour lutter contre les barrières douanières. 

Sur le fond, Rodrik se fait bien évidemment l’apôtre d’une hyper-mondialisation qui préserverait les droits de l’homme et la démocratie. Selon son trilemme, ce “mariage” n’est possible qu’en instaurant une gouvernance mondiale qui dépasserait les États-nations. Chacun comprend l’idée qui se trame derrière ces expressions pompeuses : on confie le pouvoir à l’ONU et tout le monde suit. De cette manière, le monde devient un grand marché mondialisé et plus aucune frontière ne s’oppose au commerce entre les humains. 

En creux, cette idéologie reprend la croyance dogmatique selon laquelle la meilleure façon de réunir la grande famille humaine est de promouvoir le libre commerce en son sein. 

Great Reset et trilemme de Rodrik

Ce projet dogmatique d’une unification du monde sous une gouvernance commune promue par le libre échange (donc par la constitution d’un marché unique, comme dans l’Union Européenne) est au coeur du Great Reset. C’est pour cette raison que Klaus Schwab se réfère sans ambage au trilemme de Rodrik. Aux pages 87 et 88 de son livre, Schwab écrit d’ailleurs ceci :

Le resserrement des contrôles aux frontières pour gérer la progression de la pandémie est parfaitement logique, mais le risque que la renaissance de l’État-nation conduise progressivement à un nationalisme beaucoup plus grand est réel, une réalité que le cadre du « trilemme de la
mondialisation » proposé par Dani Rodrik a bien saisie. Au début des années 2010, alors que la mondialisation devenait une question politique et sociale sensible, l’économiste de Harvard a expliqué pourquoi elle serait la victime inévitable de la montée du nationalisme.

On ne peut rien comprendre ni au Great Reset ni à l’évolution du monde depuis la crise du COVID sans avoir à l’esprit que, pour la caste mondialisée, l’épidémie est une opportunité à saisir, comme on dit dans le commerce, pour tordre le cou aux nationalismes qui menacent la mondialisation, et pour promouvoir une gouvernance mondiale qui stabiliserait le libre-échange dont le Forum de Davos est le meilleur lobbyiste. 

Nous allons tenter de montrer pourquoi Schwab est parvenu à entraîner la caste mondialisée dans une aventure qui consiste à accélérer le processus de mondialisation à la faveur de cette épidémie. D’ici là, il faut bien saisir, entre les lignes de Schwab que nous venons de citer, l’aveu d’une peur profonde : celle de la montée de ce qu’il appelle le “nationalisme” et que d’aucuns appellent plutôt le souverainisme. Schwab ne s’en cache pas : il prédit, en utilisant le modèle de Rodrik, une montée du nationalisme, dont la mondialisation est ou sera la “victime inévitable”. 

Nous prétendons que cette grande peur face à l’émergence des souverainismes est la clé de compréhension des événements survenus dans le monde depuis l’apparition du virus en Chine en 2019. Mais pour le comprendre, il faut saisir ici les distorsions dans la pensée de Schwab, et bien comprendre les faiblesses du modèle de Rodrik. 

Rodrik, Schwab et la question chinoise

Il serait trop digressif de nous livrer à une critique approfondie du trilemme de Rodrik. On peut simplement noter que l’essentiel de son argumentation servant à expliquer que le souverainisme (entendez : l’État-nation) en phase de libre-échange est incompatible avec la démocratie repose surtout sur le modèle chinois. Il nous semble qu’ici il y a une faiblesse sur deux points de vue majeurs. 

D’abord, il est faux de dire que la Chine a intégré le libre-échange, puisqu’elle profite de l’ouverture des marchés étrangers mais refuse obstinément d’ouvrir le sien. La capacité de la Chine à influencer la caste mondialisée et sa presse subventionnée (qui appartient souvent à des milliardaires) pose un plafond de verre au-dessus de la tête de tous ceux qui rappelle cette vérité élémentaire. Mais nous ne vivons pas une époque de libre-échange. Nous vivons dans un monde où l’Occident a délégué à la Chine la tâche d’être son atelier, sans se préoccuper du sort des ouvriers à la chaîne, et sans même avoir le droit de visiter les ateliers. Appeler cette répartition internationale du travail “libre-échange” est une erreur de fait. 

Ensuite, la Chine n’est pas partie d’une situation où les droits de l’homme auraient existé. On ne peut donc pas dire, techniquement, qu’elle a intégré le prétendu libre-échange en abandonnant ses libertés. Il se trouve que, lorsque la Chine intègre l’Organisation Mondiale du Commerce, en 2001, elle profite plutôt d’une forme de libéralisation (relative) par rapport à la période actuelle, où Xi Jinping fait régner l’ordre et souvent la terreur. 

La théorie de la “camisole dorée” repose sur une erreur d’analyse qui vise bien entendu à discréditer tout fait souverainiste. Et lorsque Klaus Schwab la reprend, quelques mois avant l’élection présidentielle américaine, il prend bien garde à ne jamais dénoncer clairement le “nationalisme” chinois autoritaire, dont il est l’allié. Xi Jinping a en effet participé physiquement au Forum de Davos en 2017, et s’est présenté comme le champion du multilatéralisme au Forum virtuel de 2021 consacré au Great Reset. Accessoirement, Xi Jinping a personnellement remis la médaille de l’Amitié à Klaus Schwab en 2018. 

En réalité, Schwab oublie de dire que ce qu’on appelle la mondialisation, et qu’il appelle à défendre coûte-que-coûte, est un systèmequi a peu à voir avec le libre-échange, mais beaucoup à voir avec l’enrichissement rapide de la Chine et la désindustrialisation de l’Occident. 

Le traumatisme du Brexit

Dans ce cadre théorique, la montée des “nationalismes” et le rejet du multilatéralisme ont incontestablement constitué une source d’angoisse pour la caste mondialisée. Dans la foulée de la crise de 2008, que beaucoup ont interprété comme une crise de la mondialisation et de ses dérives, plusieurs signaux forts sont intervenus coup sur coup, qui ont sonné comme une alerte générale pour tous ceux dont la vie repose sur le multilatéralisme et le prétendu libre-échange.

Le premier de ces signaux fut incontestablement le Brexit, c’est-à-dire l’adoption par referendum d’une sortie de la Grande-Bretagne hors de l’Union Européenne. Pour bien comprendre la portée de cet événement dans l’esprit de la caste, il faut relire ce passage de la page 88 du Great Reset de Klaus Schwab :

L’Union européenne a souvent été utilisée comme exemple pour illustrer la pertinence du cadre conceptuel offert par ce trilemme. Combiner l’intégration économique (un substitut à la mondialisation) et la démocratie implique que les décisions importantes doivent être prises à un niveau supranational, ce qui d’une certaine manière affaiblit la souveraineté de l’État-nation.

Pour la caste, l’Union Européenne est l’exemple universel à suivre pour combiner libre-échange et démocratie par l’abandon de l’État-nation. L’Union constitue en quelque sorte une expérience de laboratoire et une preuve irréfutable, une vitrine des bienfaits de la mondialisation. En décidant sa sortie hors de l’Union, le peuple britannique a cassé le jouet de la mondialisation et son échantillon-test. 

Brutalement, ce que Schwab et ses amis imaginaient comme un progrès continu de l’humanité dévoilait sa fragilité. Et si les “nationalistes” défaisaient d’un coup ce que les mondialistes tricotaient depuis des années et même des décennies ? Si ces quasi-bêtes sauvages populistes enrayaient le mélange inéluctable des peuples en contestant la base même du multilatéralisme ?

Preuve était en tout cas faite que le suffrage universel peut se transformer en une arme redoutable et même létale contre la caste mondialisée. On ne peut rien comprendre, selon nous, au Great Reset et à la logique de la gestion pandémique sans avoir à l’esprit que le suffrage universel suscite désormais une méfiance sans borne, voire une hostilité, au sein de ceux qui aiment la mondialisation. 

Brexit : des dates à bien retenir

L’histoire qui s’engage avec le Brexit est celle du traumatisme élitaire. Méthodiquement, les Britanniques vont confirmer, malgré une propagande intense et des intimidations sans fin de l’Union Européenne, leur volonté de sortir de l’édifice multilatéral qu’ils avaient rejoint au début des années 70. 

Ainsi, le referendum du 23 juin 2016 débouche sur une majorité de près de 52% en faveur du Brexit. Un an plus tard, le gouvernement britanique notifie à la Commission son intention de quitter l’Union. L’affaire suscite des débats passionnés. Mais, d’une certaine façon, elle se conclut avec les élections européennes de juin 2019 où l’UKIP, le parti du Brexit en Grande-Bretagne, devient le premier parti du Parlement européen. La confirmation sécessioniste est sans appel : les Britanniques veulent réellement quitter l’Union. 

Rétrospectivement, il est amusant de penser que ces élections européennes se sont tenues quelques semaines seulement avant que le virus du COVID-19 n’entame son périple. 

Finalement, le Brexit entre en vigueur le 30 janvier 2020… c’est-à-dire un mois seulement avant les confinements en Europe. Pendant 4 ans, il aura tenu en haleine l’ensemble des Européens (du moins ceux qui s’intéressent à la question du multilatéralisme). 

Un traumatisme appelé Trump

Le hasard de l’histoire a voulu que, quelques semaines seulement après le referendum britannique décidant du Brexit, les élections présidentielles américaines se tiennent et donnent la majorité à Donald Trump. Le slogan avec lequel le milliardaire new-yorkais fit campagne annonçait déjà tout son programme : “Make America Great Again”, “Retrouvons la grandeur de l’Amérique”.

Ce seul slogan résume l’effroi qui s’est emparé de la caste mondialisée en découvrant qu’un crâneur médiatique, considéré comme un clown en Europe, était non seulement investi par les Républicains, mais battait leur candidate fétiche Hillary Clinton. Là encore, ce livre n’a pas pour objet de restituer une histoire précise de l’Amérique, mais il faut signaler, pour comprendre la suite des événements, que la campagne fut effectivement affaire d’opposition entre l’establishment mondialiste américain regroupé dans le clan des Clinton, et les Mid-Westerners victimes de la mondialisation et soutien indéfectibles de Trump. 

D’un côté, il y avait les partisans du port d’arme, de la culture WASP traditionnelle, du protectionnisme, voire de l’isolationnisme, parfois sympathisants des confédérés. D’un autre côté, on retrouvait les bien-pensants, les amis du melting pot, les activistes de la Woke Culture et de Black Lives Matter. Par son style personnel, Donald Trump a abondamment clivé l’opinion publique sur ces lignes de fractures qui ont beaucoup joué sur le discrédit de la caste. Hillary Clinton fut notamment soupçonnée, sur les réseaux sociaux, d’agissements personnels à caractère criminel, impliquant l’establishment américain. 

Rétrospectivement, on peut considérer que la victoire de Trump, succédant à la victoire du “Leave” lors du referendum du Brexit, a fini de convaincre la caste mondialisée qui se retrouvait à Davos du danger que pouvait représenter le suffrage universel pour le multilatéralisme et la mondialisation. 

Il est assez plausible de dater la rupture entre la mondialisation et la démocratie libérale du jour de l’élection de Trump. 

Trump contre le multilatéralisme

Assez rapidement, Donald Trump s’est comporté comme un ennemi de la mondialisation – un ennemi à abattre serait-on tenté de dire, qui a multiplié les coups d’éclat contre les institutions multilatérales qui portaient les espoirs et les valeurs de la caste. Pour celle-ci, une évidence s’est imposée rapidement : le nouveau Président américain constituait une menace encore plus sérieuse que le Brexit pour le monde tel qu’il était conçu de longue date. 

Chacun se souvient, pour illustrer le propos, que l’une de ses premières décisions a consisté à sortir de l’Accord de Paris par lequel la quasi-totalité de la planète s’était engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Cette “sortie”, annoncée dès le 1er juin 2017, c’est-à-dire quelques semaines seulement après son accession à la Maison Blanche, a sonné comme un glas dans l’horizon mondial, suscitant des vagues d’indignation parmi tous les bien-pensants. Nous reviendrons plus loin sur les milliers de milliards que cette décision faisait perdre à toutes les entreprises qui ont jeté leur dévolu sur le marché de la transition énergétique. 

Mais les affronts de Trump à la caste mondialisée ne se sont pas arrêtés là. Il n’est pas inutile d’en rappeler quelques-uns ici pour comprendre le désarroi dans lequel les amis de Klaus Schwab se sont trouvé pendant le mandat du milliardaire. 

Le dernier grand affront en date est lui-même, en réalité, aussi symbolique que la sortie de l’Accord de Paris. Il est intervenu dès la mi-avril 2020, lorsque Trump a gelé la contribution américaine à l’OMS, parce qu’il considérait que cette organisation gérait mal la crise du COVID et qu’elle était trop soumise à la Chine. Début juillet 2020, c’est-à-dire quelques semaines seulement avant sa défaite mouvementée aux élections, Trump a confirmé le retrait officiel des États-Unis hors de l’OMS. 

Ce fait est passé relativement inaperçu à l’époque en France, alors qu’il est un élément crucial, selon nous, pour comprendre la vigueur de la campagne de vaccination dans le monde. Les États-Unis apportaient alors la bagatelle de 500 millions $ annuels à l’organisation, ce qui en faisait son premier contributeur annuel. Comme le note le site France 24 : “Le deuxième plus important donateur est la Fondation Bill et Melinda Gates, l’organisation privée du fondateur de Microsoft et milliardaire américain, qui a dénoncé, mercredi, la décision du président Trump.”

Il est très probable que la décision de Trump ait rendu l’OMS encore plus dépendante du financement par les laboratoires pharmaceutiques et par le lobby du vaccin. Elle s’explique essentiellement par le soupçon, et même l’accusation d’une trop grande proximité entre l’OMS et la Chine. Trump a accusé l’OMS d’avoir aidé la Chine à cacher le plus longtemps possible l’épidémie de COVID, provoquant ainsi une crise sanitaire mondiale. 

Trump a-t-il considéré que la Chine avait organisé la crise du COVID pour le déstabiliser, avec l’aide de la caste mondialisée ? L’idée lui est probablement venue, car il est vrai que Trump s’est illustré pendant tout son mandat par sa volonté d’affaiblir le régime chinois et le multilatéralisme qui en a fait la prospérité. Il pouvait donc à bon droit penser qu’une alliance des partisans de la mondialisation tenterait de s’opposer à sa réélection par tous les moyens possibles. Et pourquoi pas susciter une crise sanitaire d’ampleur mondiale pour rappeler la fragilité des frontières et la nécessite d’une gouvernance bien comprise à l’échelon de la planète ? C’eut été une mesure préventive destinée à l’empêcher de repasser quatre ans à la Maison-Blanche où ses “errements” anti-mondialistes auraient continué. 

On peut raisonnablement penser que la succession de “faits d’armes” contre le multilatéralisme commis par Trump dès son arrivée au pouvoir a exaspéré les partisans de la mondialisation. 

Par exemple, le 10 juin 2018, Trump provoque un important incident diplomatique en refusant de signer le communiqué commun à l’issue du G7 organisé au Canada. La raison essentielle de ce désaccord se trouve dans… la question du libre-échange. Les États-Unis souhaitaient pouvoir instaurer des barrières protectionnistes sur l’acier et l’aluminium, là où leurs partenaires réclamaient le respect du libre-échange. Le Président américain touchait là à une pierre angulaire de la mondialisation. La presse en conclut à la relance d’une guerre commerciale par les Américains, pourtant idéologues du libre-échange. 

Le 23 janvier 2017, Trump signait un décret de retrait des négociations du fameux TAFTA, le Traité de libre-échange transatlantique, qui devait faire tomber les barrières douanières entre le Vieux Continent et le nouveau. Il enterrait alors un projet âprement discuté et contesté, notamment par l’aile gauche de l’opinion publique en Europe. Beaucoup considéraient que ce projet favorisait excessivement les intérêts américains et leur ouvrait la possibilité de vendre des produits dangereux pour la santé sans aucune limite en Europe. Inversement, Donald Trump n’entendait pas favoriser l’arrivée de produits européens sur son sol. 

Ce faisant, il foudroyait un symbole du libre-échange construit par le multilatéralisme et montrait qu’il s’inscrivait désormais dans une stratégie de rupture par rapport à la logique mondialiste installée par la caste depuis plusieurs décennies. 

On pourrait ici multiplier les exemples moins marquants mais tout aussi probants de la fâcherie qui a opposé les États-Unis et les partisans de la mondialisation par le multilatéralisme tout au long du mandat de Trump. Ce qu’il faut surtout retenir de cette séquence, c’est que le Président de la première puissance mondiale a eu l’intention de remettre en cause un jeu qui profitait, selon lui, à la deuxième économie mondiale, l’économie chinoise. Ce faisant, il a beaucoup heurté les projets des grandes entreprises transnationales qui ont intérêt à faire tomber les barrières douanières plutôt qu’à les préserver. 

Trump et le COVID

Pour compléter la compréhension des événements, il faut ici mettre en lumière les positions de Trump sur le COVID au début de l’épidémie. Nous avons évoqué plus haut les mesures de rétorsion que Donald Trump a prises très tôt contre l’OMS, accusée d’être complice d’une crise orchestrée par la Chine. Les propos liminaires de l’administration Trump sur cette crise ont été passés sous silence en Europe, sous prétexte que Trump était perçu par principe comme un menteur. 

Il n’en reste pas moins que la presse de l’époque, y compris la presse française, se faisait l’écho de l’analyse portée par l’administration Trump sur la question du COVID : il était clair que, selon l’entourage du Président, l’épidémie était un coup monté par les ennemis de Trump pour le déstabiliser.  Ainsi, en mars 2020, lors d’un meeting électoral en Caroline du Sud, Trump déclarait à la foule dans un discours : “Un de mes conseillers m’a dit : ‘M. le président, ils ont essayé de vous avoir avec la Russie, Russie, Russie.’ Ça n’a pas trop marché. Ils n’ont pas réussi. Ils ont essayé la supercherie de l’impeachment. Ils ont tout essayé. Ça, c’est leur nouveau canular.

Nous ne savons toujours pas avec certitude les circonstances dans lesquelles le virus est apparu. Très longtemps, toute mise en doute de l’origine animale du virus a exposé les sceptiques à l’accusation de complotisme. Toute publication en ce sens sur le réseau social Facebook exposait à une censure immédiate de la part des sbires de Mark Zuckerberg. Assez curieusement, cette censure a cessé fin mai 2021, c’est-à-dire cinq mois après l’éviction de Donald Trump. 

Faut-il en déduire que les accusations de Donald Trump sur la diffusion du virus par la Chine aux seules fins de le déstabiliser étaient justes ? Elles étaient suffisamment gênantes, en tout cas, pour que les grands réseaux mondiaux interdisent de les évoquer. Cette censure, ses tenants et aboutissants, sont encore loin d’être expliqués aujourd’hui. Mais on peut retenir qu’il y a eu une volonté délibérée d’éviter toute question sur le rôle de la Chine dans l’exportation de la crise à l’étranger, à commencer par les États-Unis.

Comment le COVID a relancé le multilatéralisme

L’élection de Biden a profondément soulagé tous les amis de la mondialisation. Dès son installation à la Maison-Blanche, le 21 janvier 2021, le nouveau Président annonçait le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris. Quelques mois plus tard, le même Joe Biden va jusqu’à s’excuser pour la décision de retrait prise par Donald Trump en 2017…

Un mois plus tard, Biden participe à son premier G7, qui conclut à une relance du multilatéralisme mis à l’arrêt par Donald Trump. La caste mondialisée est aux anges : les affaires reprennent, Biden fait le job et les règles du jeu se réinstallent comme avant. Une parenthèse se referme, un cauchemar se termine. 

Une petite différence subsiste toutefois entre le multilatéralisme d’avant Trump et le multilatéralisme d’après Trump. La caste a définitivement perdu sa candeur et elle sait la fragilité de la comitologie qu’elle a mise en place pour gouverner le monde. Et elle sait aussi que le suffrage universel constitue désormais une menace de premier ordre pour son édifice. 

Une course contre-la-montre est désormais engagée pour graver dans le marbre le plus vite possible les règles d’un jeu qu’il faudrait rendre irréversibles. Parmi ces règles, les transferts de souveraineté des États-nation vers des ensemble régionaux, voire mondiaux quand c’est possible, occupent une place centrale. De ce point de vue, le COVID a constitué une opportunité sur au moins deux points : d’une part, la mise en relief d’une urgence pour une gouvernance mondiale des épidémies ou des pandémies, d’autre part, la mise en relief d’une possible coordination internationale sur toutes les politiques publiques pour construire le monde d’après. 

S’agissant de l’urgence et de la gouvernance sanitaire mondiale, chacun s’est essayé à pointer les forces et les faiblesses de l’OMS dans la gestion des épidémies, en imaginant ce que cette organisme spécialisée des Nations Unis aurait dû faire et n’a pas fait. Lors d’un Conseil Européen de l’automne 2021, par exemple, l’Union s’est prononcée en faveur d’une gouvernance mondiale de la santé, et a décidé de se doter elle-même d’une agence spécialisée dans la gestion des pandémies. Ces discussions ouvertes n’auraient pas été possibles sans la crise du COVID et sans l’état de choc qui l’a entouré. 

Pour l’instant, peu de pays ont souligné que le principal défaut de l’OMS tient à sa dépendance financière vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques tels que Bill Gates les a fédérés autour d’une nébuleuse de fondations ou d’organisations dont le lobbying est le principal objet. Et l’on comprend pour quoi, si l’on admet l’hypothèse que l’objectif premier de la gouvernance sanitaire mondial est de créer une sorte de marché unique du médicament qui pourrait faire endosser aux États les achats massifs de vaccins créés pour lutter contre les virus. 

S’agissant de la coordination internationale des politiques publiques, les cascades de G7 et G20, qui ont précédé la COP 26 à l’automne 2021 ont aussi montré l’ambition qu’avaient les mondialistes de gouverner à distance, par des réunions de cénacle, à la place des peuples. Pour justifier cette éviction des débats nationaux et cette élévation au synode multilatéral, les arguments sont de longue date tout trouvés : après le COVID, il faut relancer l’économie mondiale en réussissant la transition énergétique une bonne fois pour toutes. Il faut sauver la planète !

Le slogan, qui annonce le remplacement de l’urgence sanitaire par l’urgence écologique, justifie des mesures expéditives coordonnées entre les nations par les membres de la caste qui les représentent. Parmi ces mesures, une sorte de canevas commun s’est mis en place pour consacrer d’importants investissements publics à des politiques, des projets, des équipements, tous identifiés par le Great Reset de Klaus Schwab. Nous y viendrons plus loin dans ce livre. D’ici là, une certitude est acquise : la reprise du multilatéralisme se fait au pas de charge, et certains rivalisent pour être les bons élèves d’un monde nouveau, du monde d’après, où le suffrage universel sera réduit à la portion congrue. 

Great Reset et disparition des nations

S’il y a une première leçon à retenir des mois qui ont suivi la parution du Great Reset de Klaus Schwab, elle tient dans cette reprise en accéléré du multilatéralisme et dans cette course contre-la-montre qui est engagée pour basculer définitivement du modèle de Bretton Woods analysé par Rodrik vers le modèle de la gouvernance mondiale qu’il préconisait : des politiques mondialement (encore plus) intégrées, pilotées par des organes supranationaux. 

Bien entendu, la bascule ne se fait pas brutalement : elle ne consiste pas à proclamer d’un coup, du jour au lendemain, l’abolition des frontières nationales au profit d’un nouvel ordre mondial. L’opération est plus compliquée et plus subtil qu’une telle table rase. Elle mobilise plusieurs techniques pour avancer vite sans susciter de révolution nationaliste. 

On pourrait ici égrener une liste rapide des ruses adoptées pour opérer des transferts de souveraineté sans soulever de résistance majeure. Quatre techniques prioritaires sont ici utilisées pour dépasser les États-nations dans l’indifférence des peuples qui perdent progressivement leur souveraineté. 

La première technique consiste à susciter une peur permanente du virus et de ses innombrables variants, dont chaque arrivée est annoncée comme un raide d’Attila. L’activation des peurs permet de focaliser les esprits sur un seul sujet : le virus, et d’anéantir tous les autres sujets de préoccupation. Pendant que les points presse se sucèdent pour disséquer le nombre de cas, le nombre de personnes hospitalisées ou le nombre de morts, comme s’il s’agissait d’une épreuve sportive, d’un championnat du monde permanent, plus personne ne s’interroge sur les investissements publics, sur les choix politiques, sur les stratégies à long terme. La peur paralyse l’intelligence. 

La deuxième technique est celle de la stigmatisation, du clivage et du bannissement des opposants. Toute personne qui conteste les nouvelles règles du jeu dictées par l’urgence est immédiatement classée dans l’une des deux catégories infamantes du moment. Elle soit complotiste, c’est-à-dire réputée inventer des “fake news” pour discréditer l’action de nos bons gouvernants désintéressé, soit nationaliste, catégorie qui englobe les “réfractaires”, les fascistes, les antisémites, les homophobes, les machistes, tous aussi appelés “d’extrême droite”. Et dès qu’une personne est inscrité dans l’une de ces deux catégories, son sort est scellé : elle est mise à l’index (notamment dans les medias subventionnés) et poursuivie en justice, s’il le faut, pour réparer les dégâts de son délit d’opinion. 

La troisième technique est celle du rouleau compresseur. Elle consiste à adopter des paquets entiers de mesures et de réformes, quotidiennement ou presque, pour rendre impossible tout débat démocratique. En France, Emmanuel Macron use et abuse de cette technique (nous y reviendrons) en déposant des textes de loi pléthoriques au Parlement, en urgence, en limitant le temps des débats parlementaires. Cette technique empêcher les députés de pouvoir prendre connaissance correctement des textes, et surtout les empêche de les discuter. Dans le même temps, le rythme des décisions rend impossible par les citoyens la prise de connaissance de la loi. 

Mais un système du même type est adopté au niveau multilatéral. Les Conseils européens, mais aussi les G7, les G8, les G20 qui se succèdent empilent les recommandations ou les décisions dans tous les domaines, parfois dans documents de plusieurs centaines de pages, que plus aucun citoyen n’a ni le temps ni la capacité de lire. Cette incapacité est au demeurant celle des élus. Très peu d’entre eux comprennent les textes qu’ils adoptent parfois sans même les avoir lus. Seuls les bureaucrates auteur de ces textes en maîtrisent plus ou moins les contenus et les enjeux. 

La quatrième technique est celle du curiaçage et de l’opacité des fins. Plus aucune politique publique n’est expliquée clairement, c’est-à-dire dans le cadre d’une délibération démocratique où les objectifs sont dévoilés et mis en balance. Les politiques publiques sont “saucissonnées” en une multitude d’étapes et de procesus dont seuls quelques initiés sont capables de réaliser la synthèse t d’observer la perspective. À chaque étape une motivation irrationnelle (principalement répondre à une menace mortelle, comme le virus ou la disparition de la planète) est mise en avant pour justifier une décision dont on comprend plusieurs mois plus tard qu’elle était un prélude à autre chose, à un projet plus vaste, dont les contours n’ont jamais été ni discutés ni dévoilés. 

C’est en utilisant ces vieilles et grossières ficelles que la caste opère des transferts massifs de pouvoirs vers des institutions où des fonctionnaires règnent en maîtres. 

Great Reset et dictature

Dans le trilemme de Rodrik, la disparition des États-nations au profit d’ensembles multilatéraux structurant un univers hyper-mondialisé est supposée préserver la démocratie et les libertés. Mais est-ce vraiment le cas avec le Great Reset qui se met en place ? Constatons-nous, depuis le début de la crise du COVID un progrès de la démocratie et des libertés ou plutôt une régression ?

La question est centrale puisque, selon Rodrik, la disparition des nations dans la mondialisation doit permettre une meilleure conciliation des libertés avec l’intégration économique. En principe, au fur et à mesure que les transferts de souveraineté s’opèrent, nous devrions donc, dans nos bonnes vieilles démocraties, ressentir plus de de libertés qu’avant. Si nous en croyons Rodrik, la démocratie s’est en effet sentie à l’étroit dans le carcan de la nation face à la mondialisation. En subsumant progressivement la nation sous un épais tapis de multilatéralisme, la démocratie devrait donc se ranimer. 

Pourtant, c’est l’inverse que nous voyons poindre, sous un double mouvement. 

Premier mouvement : les transferts de souveraineté s’opèrent au profit des échelons multilatéraux. Plus le temps, moins la décision est proche, et plus elle est prise par des inconnus loin de nous et sans acuune attache avec nous. Nous pouvions trouver beaucoup de défauts à nos députés et à nos sénateurs mais, au moins, nous pouvions les croiser plus ou moins près de chez nous à l’époque où c’était eux qui décidaient, et les interpeller directement sur les questions du jour. Désormais, la décision se prend ailleurs : à la Commission Européenne, parfois au Parlement européen, mais qui connaît son député ? parfois à l’OMS, à l’OCDE, au FMI ou ailleurs, comme à la COP, et tout cela nous échappe désormais. 

Ce n’est pas que la représentation nationale soit privée de tout pouvoir. Simplement, elle ne décide plus que sur des sujets subalternes, abandonnés tels des os à ronger aux instances nationales. Sur tous les sujets systémiques, comme la politique monétaire ou budgétaire, les décisions sont en réalité discutées et adoptées dans des instances sur lesquelles le suffrage universel n’a aucun poids, et le citoyen aucune place.

Deuxième mouvement : la mise en place d’une urgence sanitaire permanente à modifier en profondeur  les processus de décision. Désormais, tout se juge à l’aune des morts que le virus pourrait prétendument causer. Le débat démocratique, s’il devait encore exister, serait de toute façon vidé de son sens : on ne se demande plus ce qui est bon ou mauvais pour le pays dans les dix ou vingt années à venir, mais ce que le virus autorise ou interdit dans l’immédiat. D’une certaine façon, la délibération démocratique se fait avec un pistolet sur la tempe, qui dissuade toute forme de sincérité. 

Il y aurait ici long à dire sur ce que certains appellent la dictature sanitaire. Cet ensemble de mesures d’exceptions, discutées en France dans des “conseils de défense sanitaire”, expression dont le surréalisme ne semble avoir véritablement frappé personne, a pour objet de stériliser les formes démocratiques habituelles du débat. 

C’est sous ce couvert que la protection habituelle du droit des minorités a perdu ses fondements. Désormais, le pouvoir exécutif peut adopter des mesures qui, en temps normal, seraient vécues comme disproportionnées. Sous le prétexte de protéger la santé de la population, l’État devenu tout-puissant, encore plus puissant que d’ordinaire, peut décider d’exclure les non-vaccinés de la vie sociale, ou d’interdire brutalement l’accès aux restaurants ou aux bibliothèques publiques sans susciter de réprobation massive. 

En 2019, quiconque aurait annoncé que ces mesures seraient prises dans les douze ou dix-huit mois suivants aurait été taxé de complotisme farfelu et mis au pilori de l’opinion. Ce renversement des valeurs démocratiques s’est pourtant produit en quelques mois, et même en quelques semaines. Désormais, protester contre l’instauration du passe sanitaire et des discriminations dont il est porteur apparaît comme un acte de rébellion complotiste. Les générations à venir n’auront probablement pas assez de temps ni de patience pour démêler les raisons d’un tel naufrage démocratique. 

Toujours est-il que nos sociétés tendent toutes désormais vers un autoritarisme mal déguisé : vaccination de plus en plus “conseillée” quand elle n’est pas obligatoire, presse dominante aux ordres, mécanismes de surveillance de masse comme le passe sanitaire qui vise à s’assurer du statut vaccinal et de l’identité de toute personne qui prend un café ou consomme un oeuf sur le plat dans une brasserie. Ces délires sécuritaires ont outrepassé depuis bien longtemps, sous le prétexte fallacieux de la lutte contre le virus, les limites jusque-là admises du droit à la vie privée et des libertés publiques. 

Chacun peut penser que ce capitalisme de surveillance a une bonne raison d’exister. Il n’en demeure pas moins qu’il n’incarne certainement pas l’optimum des libertés que Dani Rodrik avait annoncé dans l’hyper-mondialisation dans nation. 

Les mensonges de Rodrik

Nous avons expliqué plus haut pour quelle raison le Great Reset a décrété le droit de vote et le suffrage universel d’accusation publics. Face à la montée des “populismes”, des “nationalismes” et des “complotismes”, c’est-à-dire des courants d’opinion contestant la façon dont la mondialisation se met en place, la caste mondialisée a décidé de mettre la démocratie sous le boisseau en neutralisant les effets du suffrage universel. La dictature permet désormais de nombreux excès et de nombreuses intempérances à caractère totalitaire, au nom du bien public et la santé des populations. 

Le scénario annoncé par Rodrik et son trilemme conssitait à dire que la meilleure protection pour la démocratie dans un univers mondialisé passait par la disparition des nations et par l’affirmation des instances multilatérales. Ce modèle quasiment mathématique a permis à la caste de théoriser sa détermination à transférer des pans entiers de souverainteté auprès d’organismes multilatéeaux ou supra-nationaux. 

Dans la vraie vie, nous nous apercevons chaque jour que chacun de ces transferts de souveraineté ne s’accompagne en rien d’une préservation des libertés, mais se traduit au contraire par une perte systématique de celles-ci. Plus nous transférons de la souveraineté populaire à des instances multilatérales, moins nous sommes décisionnaires de nos propres vies et moins nous sommes libres. 

En ce sens, le trilemme de Rodrik est une imposture. Il s’agit d’une modélisation mathématique improbable, qui dissimule en réalité un simple dilemme : soit nous pratiquons le multilatéralisme et nous entrons dans une dictature plus ou moins autoritaire, mais que, dans tous les cas, nous fait perdre des libertés. Soit nous défendons nos libertés et nous préservons nos Etats-nations qui sont autant de freins à la prise de contrôle de nos sociétés par la caste mondialisée. 

Ordre vertical contre ordre spontané

En dernier ressort, il nous reste un mot pour conclure cette mise à plat du prétendu trilemme de Rodrik qui a tant inspiré Klaus Schwab et dont nous mesurons jour après jour le mensonge. Dans la conception initiale, pour ainsi dire originelle, de la société ouverte décrite par Karl Popper, l’ordre spontané des sociétés s’exprimait par-delà leur ordre vertical lié à leur caractère primitif. Pour “ouvrir” les sociétés, il fallait les décoller de leur aristocratie fondatrice. Ainsi, la mondialisation était destinée à moderniser, en quelque sorte, quand le nationalisme archaïsait. 

La situation que nous vivons est désormais aux antipodes de cette conviction. L’ordre spontané des sociétés que Friedrich Hayek chérissait est au coeur même des États-nations, et c’est la caste mondialisée qui cherche à le contraindre et à le neutraliser, parce qu’il contrecarre ses intérêts. Pour faire simple, l’ordre spontané, c’est la nation, et l’ordre vertical, c’est le multilatéralisme. 

C’est évidemment une transformation profonde des données exposées en leur temps par Popper et Hayek. Cette métamorphose est le seul fait de la caste pour qui la mondialisation est l’occasion rêvée de réaffirmer une logique de domination qui prospère grâce à l’épidémie. 

Faute de comprendre cette inversion des valeurs, la caste mondialisée s’expose à de nombreux désagréments. 

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1 commentaire
  1. J’ai peur que la très vaste majorité des Français raisonneurs que nous sommes ne soit des Resetters consentants et enthousiastes; à défaut d’être du tout des Jet Setters d’ailleurs. Il suffit d’entendre leur opinion de Donald J Trump seul rival vainqueur du Great Reset avec Nigel Farage: deux bouseux crétins 🙄🙄. Éric Zemmour pourra t il changer cette donne? Il faut absolument l’y aider en laissant de côté l’habituel bréviaire de questions byzantines socialo fourni avec le Livret de naissance par les agents de la caste. De même qu’il faut aider le mouvement MAGA à revenir aux affaires aussi vite que possible. Les politiques mises en œuvre là bas pendant 4 ans ont largement profité aux intéressés. Point.

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