Guerre d’Ukraine – 19 mars 2022 – Jour 24 – Point de fin de soirée

Le Courrier des Stratèges publie quotidiennement un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade entre puissances nucléaires. Nous sommes dans une "crise des missiles de Cuba" au ralenti. L'instinct de survie et l'intelligence l'emporteront-ils sur le potentiel d'auto-destruction de l'humanité?

La guerre sur le terrain en Ukraine

+ A ce jour, les pertes, du côté ukrainien sont d’environ 20 000 morts et blessés mis hors de combat. 

+ Les forces de la République de Donetsk continuent d’avancer dans Marioupol,  L’administration locale du district est maintenant sous le contrôle de la République de Donetsk. L’aéroport de Mariupol, situé à la périphérie ouest de la ville, est passé aussi sous son contrôle de la DPR. Vers 17h ce 19 mars, les troupes russes et leurs alliés ont atteint le port de Marioupol; 

Les affrontements ont atteint l’usine Azovstal,  l’un des derniers bastions des forces de Kiev à Mariupol. Des frappes aériennes massives ont touché l’usine aujourd’hui.
+ Le ministère russe de la Défense confirme que de nombreux combattants ukrainiens tentent de quitter la ville déguisés en civils. 
Les responsables militaires russes ont affirmé qu’ils étaient prêts à libérer les nationalistes de Marioupol pour sauver la ville et les civils. (…) La partie russe a reçu un refus des responsables de Kiev (…)  L’évacuation massive des civils se poursuit sans aucun soutien de Kiev. Les résidents locaux confirment que les nationalistes ukrainiens ont ouvert le feu sur les civils. Ils rapportent également que des spécialistes anglophones corrigent les tirs des militants ukrainiens depuis les zones résidentielles de la ville.“.

+La menace d’un débarquement d’un assaut russe à Odessa demeure. Par conséquent, les forces armées ukrainiennes sont obligées de renforcer leur regroupement dans la région de la ville, mais en même temps, elles ne peuvent pas se déplacer pour soutenir les forces ukrainiennes à Nikolaïev ou dans d’autres régions. Cela limite la portée de ce que les observateurs occidentaux appellent “contre-offensives” ukrainiennes vers Nikolaïev ou Kherson. (voir carte de l’ISW ci-dessus)

+ Les combats continuent dans la région de Donetsk et dans celles d’Izioum. Les troupes russes alliées à celles des républiques sécessionnistes sont en train d’effectuer des percées. L’armée russe a commencé à montrer plus systématiquement des photos de matériel ukrainien détruit; puisque dans les dix premiers jours du conflit, on ne voyait que le matériel russe détruit, ce qui donnait une impression fausse du rapport de force réel. 

+ “À Kharkov, l’Armée ukrainienne a subi des pertes importantes à la suite d’attaques de missiles et de frappes aériennes russes.

Il n’y a pas eu de changements majeurs autour des villes de Kiev, Tchernigov et Soumy. Les affrontements se poursuivent dans les mêmes zones autour de la capitale. Aucune avancée d’aucune des parties n’a été signalée. Les unités russes visent principalement à renforcer leurs positions dans la région et ne sont pas pressées d’encercler la capitale“. 

Au total, on continue à observer une armée russe qui prend son temps au sol. Les cafouillages logistiques du début de la campagne ont été largement corrigés. Quelle que soit la quotité de l’actuel territoire ukrainien qui serait occupée/annexée par la Russie à l’issue du conflit, l’armée russe fait en sorte de ne pas braquer la population contre elle. Elle s’efforce d’isoler les unités combattantes ukrainiennes et surtout les milices “banderistes”. 

Cette façon de faire ouvre un espace à un discours de l’armée ukrainienne, relayé par exemple par l’ISW, sur la capacité à tenir en échec l’armée russe.  Pourtant Moscou a utilisé aujourd’hui un missile hypersonique Kh-47M2 Kinzhal, lancé depuis un avion-porteur, pour détruire une installation située au sud d’Ivano-Frankovsk, dans l’ouest du pays, utilisée par les Kiéviens comme dépôts de munitions conventionnelles et casernement pour certaines unités.

Le message envoyé est double: rappeler, si besoin était, la supériorité technologique de l’armée russe. Et puis signaler, après les propos incendiaires de Joe Biden – comme cela avait déjà été le cas après les propos du ministre britannique des  Affaires étrangères – que la Russie n’hésiterait pas, si elle était menacée (par l’OTAN) dans ses intérêts vitaux, à utiliser l’arme nucléaire. 

Le bras de fer géostratégique entre la Russie et les Etats-Unis 

+ Vendredi 18 mars, Xi Jinping a eu un long échange téléphonique avec Joe Biden. Le compte-rendu du Global Times dit bien (1) le refus de la Chine se se joindre aux sanctions; et (2) la pression que Pékin met sur Washington pour que les négociations de paix en Ukraine ne soient pas retardées (C’est nous qui soulignons): 

 “Il convient de souligner que les États-Unis n’ont pas fait un bon travail dans la mise en œuvre du consensus atteint par les deux dirigeants dans le passé. Au cours des quatre mois qui ont suivi la dernière réunion virtuelle entre les deux présidents, les mesures prises par les États-Unis à l’encontre de la Chine sont allées pour la plupart à l’encontre des engagements de M. Biden. Le monde a ainsi eu la profonde impression que les États-Unis disent une chose et en font une autre. En particulier, certaines personnes aux Etats-Unis ont fréquemment envoyé des signaux erronés aux forces indépendantistes de Taiwan. Si un tel comportement de “jeu avec le feu” n’est pas freiné, il aura inévitablement un impact subversif sur les relations sino-américaines.

Cette fois-ci, les dirigeants des deux pays ont demandé à leurs équipes d’assurer un suivi rapide et de prendre des mesures pratiques pour remettre les relations sino-américaines sur la voie d’un développement régulier, et de déployer des efforts respectifs pour un règlement approprié de la crise ukrainienne. Ensuite, nous espérons voir des changements clairs du côté américain.

Il convient de noter que les deux parties se sont engagées dans une guerre verbale féroce avant l’appel vidéo entre les deux chefs d’État. Certains hauts responsables américains ont multiplié les remarques irresponsables au cours des deux derniers jours et ont même menacé d’imposer des sanctions à la Chine. La Chine n’y a pas cru. La partie chinoise a résolument réfuté les attaques et les calomnies dont elle a fait l’objet de la part de la partie américaine par le biais des médias quelques heures avant l’appel vidéo. “Il est impoli de ne pas rendre la pareille”. La Chine a toujours apprécié l’étiquette diplomatique, mais elle accorde plus d’attention au bien et au mal.

Cette fois, la réunion virtuelle a été demandée par la partie américaine et beaucoup l’ont interprétée comme un signal indiquant que la partie américaine souhaite demander l’aide de la Chine sur la question de l’Ukraine. Les États-Unis souhaitent que la Chine fasse partie d’un réseau complet de sanctions contre la Russie. Mais il convient de préciser que la Chine n’est pas tenue de coopérer avec les États-Unis et qu’elle n’est pas du tout d’accord avec des sanctions unilatérales aussi brutales. Les États-Unis doivent respecter la position différente de la Chine pour que les négociations puissent se poursuivre. La partie chinoise n’acceptera jamais la coercition des États-Unis, pas plus qu’elle ne permettra aux États-Unis d’utiliser la question de l’Ukraine pour nuire aux intérêts légitimes de la Chine. La partie chinoise s’est exprimée très clairement sur ce point.

Comme l’a souligné le président Xi, il y a eu et il y aura toujours des différences entre la Chine et les États-Unis. Ce qui importe, c’est de garder ces différences sous contrôle”

+ Sergueï Lavrov: “Cette coopération [entre la Russie et la Chine] va se renforcer, car à l’heure où l’Occident sape de manière flagrante toutes les bases sur lesquelles repose le système international, il est évident que nous – en tant que deux grandes puissances – devons réfléchir à la manière de continuer à vivre dans ce monde.”

+ Dimitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a fait connaître la réaction de la Russie aux insultes proférées par Joe Biden à l’encontre de Vladimir Poutine (“dictateur meurtrier'”, “pur brigand” etc…): “Compte tenu de l’irritabilité, de la fatigue et de la perte de mémoire de M. Biden, qui finit par se traduire par des déclarations agressives, nous préférerons sans doute nous abstenir de tout commentaire fort afin de ne pas déclencher davantage d’agressivité“, a déclaré M. Peskov. 

 

Les sanctions occidentales et leurs conséquences

+Le Vice-Ministre chinois des Affaires Etrangères, Le Yucheng, déclare:  “L’histoire a prouvé à maintes reprises que les sanctions ne peuvent pas résoudre les problèmes. Les sanctions ne feront que nuire aux gens ordinaires, avoir un impact sur le système économique et financier… et aggraver la situation de l’économie mondiale”.

+ La déclaration chinoise est confirmée clairement par la carte ci-dessus, qui montre les ressources naturelles exportées par la Russie  dans le monde, carte proposée par Bloomberg

La Russie est une puissance en matière de produits de base, produisant et exportant d’énormes quantités de matériaux que le monde utilise pour construire des voitures, transporter des personnes et des marchandises, faire du pain et garder les lumières allumées.

Son invasion de l’Ukraine limite ces approvisionnements cruciaux – ou menace de le faire – car elle est de plus en plus isolée de l’économie mondiale, ce qui entraîne une hausse des prix.

La Russie gagne plus d’un milliard de dollars par jour en exportant son pétrole et son gaz, dont une grande partie est destinée à l’Europe. Son aluminium et son nickel se retrouvent dans les canettes de boissons, les voitures et les batteries électriques, tandis que son palladium est nécessaire pour réduire les émissions des véhicules. C’est également un exportateur géant de blé et un expéditeur clé à faible coût de tous les types d’engrais agricole”

 

La deuxième carte indique les pays destinataires du blé russe. 

L’Occident, qui tente d’isoler la Russie de l’économie mondiale par des sanctions dévastatrices et de restreindre son commerce dans le monde entier, produit une inflation inimaginable qui pourrait précipiter le monde dans un enfer stagflationniste (le marché obligataire américain met en garde contre une catastrophe imminente). Des pénuries de produits de base pourraient apparaître en raison de la flambée des prix“.

+ Selon CNN, il sera très difficile de faire passer au Sénat la loi prévoyant de ne pas importer de pétrole russe.  

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4 commentaires
  1. Dans la dernière carte on peut imaginer ce qui nous attend.
    On pourra remercier notre zelensky national. Il n’a fait que détruire depuis qu’il est aux manettes.
    L’industrie les hôpitaux les relations entre le peuple etc etc.
    Et tout ça poursuit suivre l’amérique dans son envie de mettre le monde à ses pieds. Le peuple ils n’ont rien à F…
    Il paraît que le jeune fait bien à la santé. Apprenons a jeûner….

  2. Game Over pour les gendarmes du monde et leurs laquets…nous assistons à un changement de civilisation! Sauf que c’est toujours les mêmes qui vont trinquer.. à savoir les peuples.

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