Guerre d’Ukraine – Mardi 22 mars 2022 – Jour 27 – Fin de journée

Le Courrier des Stratèges publie quotidiennement un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade entre puissances nucléaires. Nous sommes dans une "crise des missiles de Cuba" au ralenti. L'instinct de survie et l'intelligence l'emporteront-ils sur le potentiel d'auto-destruction de l'humanité?

Point militaire

+ Le porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov répondait aux questions de CNN: 

– le but de “l’opération spéciale” n’est pas “l’occupation de l’Ukraine” ;

– “l’opération spéciale se déroule en stricte conformité avec les plans et les tâches fixés à l’avance” ;

– Moscou avait des indications directes que l’Ukraine se préparait à une opération militaire contre le Donbass : “En quelques jours, il est devenu absolument clair pour nous, nos experts militaires, que l’Ukraine a l’intention de lancer une offensive sur le Donbass” ;

“Jusqu’au dernier moment, nous ne voulions pas croire que personne n’écouterait nos inquiétudes, que personne ne mettrait l’Ukraine en garde contre ces actions, que personne ne pousserait l’Ukraine à une solution dans le cadre du processus de Normandie. Mais personne ne l’a fait” ;

– certains Ukrainiens coopèrent avec l’armée russe : “Il y a des Ukrainiens qui veulent éviter les pertes et qui sont en contact avec nos militaires” ;

– il est interdit aux militaires russes de nuire aux civils, ils ne frappent pas les cibles civiles ;

– la Russie ne peut utiliser des armes nucléaires qu’en cas de menace réelle pour l’existence du pays.

+ L’armée ukrainienne a perdu (estimation basse) 500 chars, 1000 véhicules de transport de troupes et 700 pièces d’artillerie.  Il s’agit essentiellement de matériel de la période soviétique, qu’il sera difficile de remplacer ou réparer. On comprend donc les appels pressants de Zelenski pour des livraisons d’armes occidentales. Mais les Russes ont clairement annoncé qu’ils détruiraient tous les convois pénétrant sur le territoire ukrainien.  Ils ne vont pas communiquer sur toutes ces destructions. Il est donc très difficile de savoir si les annonces d’envoi de matériel par les Occidentaux sont, pour l’instant, plus que de la “com”. 

+la journée du 22 mars a été marquée par une série de frappes à longue portée sur Kramatorsk, Lozovoye, Pavlograd, la région de Rovno, Nikolaev et Krivoy Rog.

Sur le terrain, de violents combats se poursuivent à Marinka et Marioupol.

A Marioupol, selon certaines estimations, sur les 14 500 soldats ukrainiens piégés dans la marmite, seule la moitié est restée sur place. C’est-à-dire qu’il n’y a pas que des “jusqu’au-boutistes” dans les rangs ukrainiens. Mais les combattants ukrainiens restés sur place tiennent encore une zone de 11km² à partir de l’usine dans laquelle ils se sont retranchés. 

Une autre chose à noter ces derniers jours est le nombre croissant de soldats ukrainiens qui se rendent. 

L’affrontement géostratégique mondial

+ Amusons-nous quelques instants, malgré le tragique de la situation générale:

Deux mystificateurs russes ont tenu une vidéoconférence avec le secrétaire d’État britannique Ben Wallace au nom du Premier ministre ukrainien Denis Shmyhal. La conversation a eu lieu le 17 mars et portait sur des questions sensibles de sécurité ukrainienne.Les deux premières parties de l’appel vidéo ont été publiées les 21 et 22 mars. Elles sont consacrées au programme nucléaire ukrainien et à la fourniture de systèmes NLAW (Next Generation Light Antitank Weapons) à l’Ukraine. Au nom du Premier ministre ukrainien, les célèbres mystificateurs russes Vovan et Lexus ont informé M. Wallace que Kiev veut reprendre le programme nucléaire et a fait appel au soutien du Royaume-Uni. Ben Wallace a semblé confus dans la conversation et fait remarquer qu’une telle décision ne plairait pas à Moscou. Le secrétaire à la défense a d’abord fait remarquer qu’il devrait discuter du sujet avec Boris Johnson, mais il a ensuite assuré que Londres soutiendrait tout choix de l’Ukraine.
Dans la deuxième partie de la conversation, M. Wallace a confirmé que plus de 4 000 systèmes antichars NLAW ont déjà été envoyés en Ukraine et qu’un autre lot important d’ATGM (AntiTank Guided Missile) arrivera bientôt.

L’épisode est révélateur car il marque le manque de sérieux des dirigeants occidentaux. Et même leur légèreté coupable! Leur inconscience aussi: visiblement Le ministre britannique de la défense n’a pas compris la gravité de la possible renucléarisation de l’Ukraine. 

+ Vous pourrez lire et relire cet article de Global Times qui indique de manière argumentée la position de la Chine sur le conflit ukrainien et les relations avec la Russie: “Pékin adoptera une attitude équilibrée et maintiendra résolument le partenariat stratégique global de coordination Chine-Russie. C’est ce même équilibre que la Chine a maintenu dans son refus de soutenir la guerre.

En tant que partenaire irremplaçable, la Russie est stratégiquement importante pour la Chine. C’est un consensus qui s’est formé dans la société chinoise dominante. Le peuple chinois est convaincu qu’une relation Chine-Russie forte est durable, et nos efforts pour promouvoir l’amitié Chine-Russie seront efficaces. Mais il est très difficile de résoudre l’hostilité des États-Unis à l’égard de la Chine, et nos efforts à cet égard ne donneront pas nécessairement les résultats escomptés.

L’importance des relations Chine-Russie se reflète dans divers aspects, le soutien diplomatique mutuel étant le plus évident. La Russie a soutenu la Chine dans les affaires relatives à l’île de Taiwan, à Hong Kong, au Xinjiang et au Xizang. Mais plus important encore, la Chine et la Russie ont formé un modèle stratégique de soutien mutuel.

Qui est l’adversaire stratégique n° 1 considéré par les États-Unis aujourd’hui ? La réponse est la Chine, pas la Russie. La Russie s’est heurtée à un défi et c’est la raison pour laquelle Washington fait peser l’essentiel de la pression sur Moscou. Pendant la présidence de Donald Trump, les États-Unis souhaitaient améliorer les liens avec la Russie. Les Chinois pensent généralement qu’avec le temps, les États-Unis pointeront à nouveau leur épée contre la Chine. Beaucoup pensent que les États-Unis pourraient contraindre la Russie à contrer la Chine un jour, comme Nixon s’est associé à la Chine pour contrer l’Union soviétique il y a 50 ans. Ils sont également vigilants quant à la volonté des États-Unis de creuser un fossé entre la Chine et la Russie.

Depuis l’administration Trump, la Chine subit une grande pression stratégique de la part des États-Unis. Le peuple chinois n’avait pas prévu que la Russie, poussée dans un coin stratégique par l’expansion de l’OTAN vers l’est, décide de ne plus retenir son humeur et de bouleverser complètement la géopolitique européenne. Cette décision a fait disparaître de façon inattendue une grande partie de la pression stratégique américaine à l’égard de la Chine. Pendant un certain temps encore, la confrontation entre la Russie et les États-Unis sera féroce. La Chine a été à l’avant-garde de la confrontation contre l’hégémonie américaine depuis la guerre commerciale. Mais aujourd’hui, c’est la Russie qui est à l’avant-garde. C’est le moment pour la Chine d’accumuler sa force. Pour l’instant, la Chine et la Russie supportent à tour de rôle le poids le plus lourd en termes de résistance à l’hégémonie américaine. Il s’agit d’une situation géopolitique totalement différente de celle qui prévalait lorsque la Chine affrontait seule les États-Unis.

Le partenariat stratégique global de coordination entre la Chine et la Russie dans cette nouvelle ère est spécial. Les liens sont sans limite, ce qui dissuade les États-Unis. Avec la Russie comme partenaire, si les États-Unis exercent une coercition stratégique maximale contre la Chine, cette dernière ne craindra pas le blocus énergétique des États-Unis et notre approvisionnement alimentaire sera sécurisé. Il en sera de même pour les autres matières premières. Il sera plus difficile pour les États-Unis de se décider à s’engager dans une épreuve de force stratégique avec la Chine.

Si une guerre éclate dans le détroit de Taïwan ou en mer de Chine méridionale, les États-Unis auront du mal à imposer un chantage nucléaire à la Chine, car les forces conventionnelles chinoises sont de plus en plus puissantes et dépassent celles des États-Unis, et peu importe que la Russie soutienne la Chine ou reste neutre à ce moment-là, ce sera une super force nucléaire hostile aux États-Unis. La Chine elle-même est une puissance nucléaire. Et les États-Unis devront se méfier de la Russie qui passera d’une position de parité nucléaire avec les États-Unis à une position d’avantage nucléaire.

Les forces de la Chine et de la Russie sont complémentaires dans le domaine stratégique, et leur coopération offrira un potentiel géopolitique infini. Leurs liens stratégiques ont certains effets d’endiguement sur le Japon, ainsi qu’un pouvoir d’attraction sur l’Inde. Leur puissance combinée est capable de maintenir l’Asie centrale stable et loin de l’influence américaine.

Si les États-Unis parviennent à semer la discorde entre la Chine et la Russie, cette dernière sera immédiatement confrontée à une impasse stratégique. La Chine sera également confrontée à la même situation difficile si un conflit éclate entre elle et les États-Unis. La Chine est confrontée à de nombreux défis et incertitudes dans son est et son sud. Si la Russie est attirée dans le camp des États-Unis, la Chine devra mener une confrontation sur deux fronts, contre les États-Unis et la Russie, et sera entraînée dans un statut passif.” Ce long texte publié dans un journal qui est largement un organe officiel du PCC en langue anglaise est assez étonnant car il dit la recomposition des forces au niveau mondial. Un nouvel équilibre du monde se met en place. 

Ajoutons que les relations se réchauffent entre l’Inde et la Chine! 

+ Le Premier ministre malaisien,  Monsieur Yaaqob, déclare à l’issue d’une rencontre  avec le gouvernement vietnamien: “Nous avons discuté du conflit russo-ukrainien et avons convenu que la Malaisie et le Vietnam resteraient neutres. Quant aux sanctions contre la Russie, nous ne les soutenons pas. Nous ne soutenons pas les sanctions unilatérales ; nous ne reconnaissons que les restrictions imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU“.

+ Sur CNEWS, Charles Gave indique que l’absence de panique sur le rouble, depuis le début de conflit vient de ce que l’Etat russe a supprimé la TVA sur l’or et a donc de facto assuré un échange des roubles en or en cas de catastrophe. Il y a bien sûr d’autres aspects: le fait que les prix de l’énergie aient augmenté permet aussi à la Russie d’accumuler des réserves en attendant des jours meilleurs. 

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