Fraude et machines à voter : quelques résultats passés à la loupe

Les machines à voter permettent-elles la fraude électorale ? La question est devenue obsessive dans certains milieux, où, comme le fait remarquer TF1, on pointe du doigt le fait que Macron ait recueilli 2,5 points de plus en moyenne dans les bureaux équipés de machines à voter que dans les bureaux classiques. Pour éclaircir un peu cette affaire, nous avons décidé de passer à la loupe quelques résultats.

Les machines à voter permettent-elles de truquer le vote ? Beaucoup le croient, au point que la presse mainstream a dû aborder le sujet

Nous avions évoqué cette question des fraudes avant les élections, en signalant que les machines à voter sont aujourd’hui une véritable boîte noire sur le contrôle desquelles le gouvernement ne s’étend guère. 

Petit rappel sur les machines à voter

Sur les 36.000 communes françaises, 64 ont utilisé des machines à voter pour les élections présidentielles, totalisant 1.352 bureaux de vote, soit environ 3 millions d’électeurs (sur un total de 48,7 millions). 

Comme nous l’avons déjà souligné, le phénomène est donc d’ampleur restreinte, mais toutefois suffisante pour saupoudrer les 200.000 ou 300.000 voix qui manqueraient pour faire passer un candidat plutôt que l’autre. 

Nous n’affirmons pas ici que c’est ce scénario qui se produit. Nous affirmons seulement qu’il est plausible. 

Pour document la question, nous passons ici en revue quelques résultats du premier tour de 2022. 

Le cas de Brest

Brest dispose de 108 bureaux de vote. Les résultats y ont été les suivants :

On retiendra deux chiffres essentiels : le quasi ex-aequo de Macron (à près de 29%, soit mieux que son score national) et de Mélechon (qui sur-performe de 5 points par rapport à son résultat national), et les 2,19% de bulletins blancs. 

En soi, ce résultat n’est pas dissonnant par rapport aux chiffres de 2017, qui avaient déjà placé Emmanuel Macron en tête du scrutin, avec des résultats équivalents :

Comme on le voit, Macron, à 600 voix près, a maintenu son score. Mélenchon a gagné 2.500 voix et Marine Le Pen en a gagné 1.300. Comme en 2017, le vote blanc s’est maintenu autour de 1.400. 

Toutefois, il faut signaler que, en 2017, la machine à voter était déjà utilisée à Brest. 

Pour évaluer le risque d’une fraude avec la machine à voter, il n’est donc inutile de comparer les résultats de Brest centre avec ceux de Plougastel-Daoulas, la banlieue chic de cette ville préfecture qu’on retrouvera ici pour 2022 et ici pour 2017

Cette année, Macron y a recueilli 35% des voix contre 31,5% en 2017, et Mélenchon 21% des voix contre 20% en 2017. 

Marine Le Pen y a fortement progressé, passant de 884 voix en 2017 à 1209 voix en 2022. 

Le nombre de bulletins y est par ailleurs resté quasi-stable : 108 et 109. 

Si l’on admet l’hypothèse que le macroniste se recrute de préférence dans les beaux quartiers, on en déduit que la fraude électorale grâce à une machine à voter à Brest est peu plausible : le Président y a réalisé un score stable, plutôt inférieur aux banlieues chic, et l’évolution du scrutin a plutôt profité à Marine Le Pen. 

Dans tous les cas, on ne trouve à Brest aucun indice sur une hypothétique fraude au moyen de la machine à voter. 

Le cas de Mulhouse

À Mulhouse, 64 bureaux de vote sont aussi “régis” par les machines à voter. 

Nous reprenons ici notre comparaison des résultats permettant de déceler d’éventuels mouvements suspects. 

En 2022, les résultats y ont été les suivants : 

Mélenchon est arrivé en tête avec 11.510 voix et Macron a décroché 8.029 voix. Marine Le Pen a obtenu 5.668 voix, quand 862 personnes votaient blanc. 

Ces résultats sont à comparer avec ceux de 2017 :

Macron était alors arrivé en tête avec 7706 voix (300 de moins que cette année), Mélenchon en seconde place avec 4000 voix de moins qu’en 2022 ! et Marine Le Pen y avait récolté 1.000 voix de plus qu’en 2022. On avait compté 300 bulletins blancs de plus. 

Dans tous les cas, si une fraude était intervenue dans cette ville, elle ne se serait pas exercée au profit du Président sortant, mais au profit de Jean-Luc Mélenchon. 

S’agissant de la baisse de 1.000 voix pour Marine Le Pen, elle peut s’expliquer par les près de 2.000 voix qui se sont portées sur Eric Zemmour. 

Là encore, si l’on compare ces résultats à ceux de la banlieue chic, en l’espèce Brunstatt-Didenheim, on retrouve peu d’indices d’une fraude manifeste. 

Dans cette commune située au sud de Mulhouse, Macron a obtenu près de 32% des suffrages en 2022 contre 23% en 2017. Mais, en 2017, la commune avait placé François Fillon en tête, quand elle a placé Valérie Pécresse en 6è position cette année… Fillon y avait recueilli 1400 voix en 2017, et Valérie Pécresse seulement 244 en 2022. Macron y a progressé de 300 voix. 

Marine Le Pen y reste pour sa part étonnamment stable, passant de 983 voix en 2017 à 985 voix en 2022. Mais cette constance lui permet d’arriver 2è. 

Le vote blanc y est également stable. 

Là encore, la machine à voter a placé Mélenchon en tête et n’a pas fait de cadeau particulier au Président sortant, alors qu’il progressait dans une commune chic adjacente où le comptage se fait de façon traditionnelle. 

Là encore, on peut difficilement déceler des indices de fraude dans les résultats. 

Le cas du Havre

Enfin, troisième exemple emblématique : la ville de l’ancien Premier Ministre, Edouard Philippe, où 144 bureaux de vote sont équipés d’une machine à voter. 

Ici aussi, nous reprenons les résultats de 2022 :

On le voit, Mélenchon y a obtenu 20.900 voix contre 19.073 à Emmanuel Macron et 14.318 pour Marine Le Pen. 

1.719 bulletins blancs ont été comptabilisés. 

En 2017, les résultats étaient les suivants :

Ici, les résultats sont sensiblement différents de ce qu’ils étaient en 2017 : on compte 500 bulletins blancs en moins en 2022. Mélenchon y a perdu 1.800 voix, Marine Le Pen 1.100, et Emmanuel Macron en a gagné 2.700…

Il faut toutefois pondérer cette analyse par une comparaison avec les résultats dans les communes proches. 

Ainsi, à Sainte-Adresse, la banlieue chic du Havre, Macron a obtenu 43% des voix en 2022, avec 1863 bulletins, contre près de 27% en 2017, avec près de 600 voix de moins. 

Marine Le Pen y est passée de 550 à 553 voix, durant la même période et Mélenchon y a perdu 20 voix (de 581 à 562 voix). 

On retrouve donc ici aussi un phénomène proche de la tendance du Havre : une poussée de Macron, une baisse tendancielle de Mélenchon, et un score médiocre de Marine Le Pen. 

Si la mchine à voter avait tordu les résultats (ou les avait tordus complètement), on pourrait donc imaginer que la tendance au Havre serait à rebours de la tendance observée dans le quartier “chic” du Havre. Or, la présence d’Edouard Philippe permet d’expliquer la poussée présidentielle dans la ville centre. 

Pas d’incide sur une potentielle fraude

En l’état de ce “picking” qui nous semble équilibré, portant sur des villes de taille moyenne où pourraient se nicher des “tentations”, il est difficile d’identifier des alertes sur une fraude potentielle. Les résultats d’un scrutin à l’autre paraissent stables, plutôt en faveur d’un challenger et non du Président sortant, et conformes aux bassins de vote environnants. 

Ceci ne signifie pas que les machines à voter ne soient pas des boîtes noires, et ceci ne signifie pas qu’elles ne permettent pas de tricher à l’occasion. 

Mais, s’agissant du scrutin de 2022, les angoisses de certains semblent, en première analyse, sans fondement légitime. 

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9 commentaires
  1. Je ne vois vraiment pas comment conclure quoi que ce soit de ces chiffres et de votre article.
    En résumé, vous dites que c’est assez cohérent avec 2017 mais :
    1. Est-on sûr des chiffres de 2017 puisque les machines à voter étaient déjà là
    2. Etre cohérent avec 2017 me parait très suspect vu ce que Macron nous a fait subir, nous aurions dû voir une rupture …
    3. Il y a un point que vous ne soulevez absolument pas, c’est qu’en 2022, seuls 3 candidats monopolisent quasi toutes les voix, le 4ème candidat est à seulement 5% !!!! Alors qu’en 2017, le 4ème candidat était à 15% et le 5ème à 10% … Comment expliquer cela ? Aurait-on pioché chez les petits pour donner à Macron ou Le pen ? Car ne soyons pas dupes, ce 2ème tour Macron/Le pen est du pain béni pour Macron avec leur satané front républicain …

    Cette élection nous a aussi montré le vrai Mélenchon qui est un vrai traitre à la nation avec sa consigne de vote : Pas une voix à Le pen …

    Nous sommes dans l’impasse car nous sommes collectivement des cons : On se laisse faire et on leur laisse tout faire. De Gaulle avait raison, les français sont des veaux …

    1. Le fait que les communes “chic” voisines de ces grandes villes, non équipées de machines à voter, aient vu Macron progresser, parfois sensiblement, entre 2017 et 2022, alors qu’il n’a pas, ou peu progressé dans les grandes villes équipées de machines, va dans le sens indiqué par E. Verhaeghe. Sinon, on aurait observé une baisse des scores de Macron dans les villes “chic” non équipées de machines à voter.
      Quant à votre observation sur le faible % du 4ème candidat, il me semble qu’elle s’explique assez simplement : le fameux “vote utile”, à coups de sondages plaçant Mélenchon, Macron et Le Pen au coude à coude : pas mal d’électeurs de gauche comme de droite ont renoncé à leur candidat “de coeur” pour éviter un 2nd tour Macron-Mélenchon (électeurs de Zemmour se reportant sur MLP) ou Macron-Le Pen (électeurs du PS se reportant sur Mélenchon).

      1. Vous avez raison sous l’angle de la fraude à la machine à voter.
        Mais elles ne sont qu’un vecteur de fraude possible.
        Parmis les plus connus, le vote par correspondance, procuration, français de l’étranger, le bourrage d’urne, etc etc etc … Car je ne doute pas que nos élites sont très “inventives” pour trouver d’autres vecteurs.
        Ne pas frauder dans les villes proches du pouvoir (ex : Le Havre) me parait le B A-BA …
        Après, je me trompe peut-être complètement, et les français sont justes irrécupérables de médiocrité et de bêtise. Ce qui est fort possible aussi … Mais j’avais encore un petit espoir …

  2. Et si la fraude pouvait avoir lieu en amont? Je ne dis pas que c’est le cas pour cette élection, mais il s’agit d’une possibilité
    https://youtu.be/EuEC1o61jPc
    (Lire en vit 1,5 )
    On mesure encore mieux aujourd’hui l’intérêt de faire élire Macron en 2017… En 2022, il n’y a peut-être pas eu besoin de fraude, de nombreuses personnes qui ont assisté à des dépouillements ont confirmé un score élevé pour Macron. Ce n’est qu’un indice, pas une preuve!

  3. Quand un processus peut être falsifié et que les enjeux sont importants, il sera inévitablement tôt ou tard falsifié ;
    Aucun processus électoral, aucune compétition, n’a de sens si les participants n’ont pas confiance dans le système.
    La confiance, et donc la fiabilité du processus, doivent être le premier critère dans le choix du système. La rapidité et la facilité sont des critères secondaires qui doivent s’effacer devant la fiabilité et la confiance.
    La fiabilité et le fonctionnement du processus de comptage doivent pouvoir être vérifiés en tout temps avant, pendant et après l’utilisation, tant par les utilisateurs que par les concurrents, que par les électeurs. Plus un processus est complexe, plus il impose de la transparence.
    Si la partie hardware peut être théoriquement vérifiée à tout moment, ce ne peut être le cas pour la partie software que si elle ne peut être modifiée à aucune étape du processus. Cela implique que le software soit sur un support de type ROM (Read Only Memory).
    Dans le cas contraire on peut imaginer un système qui falsifie le comptage et qui autodétruit le système de fraude à l’issue de celui-ci.
    Le système de transmission des données en vue de l’agrégation des résultats doit pouvoir être vérifié à toutes les étapes de fonctionnement. Des preuves matérielles infalsifiables doivent être conservées à chaque étape du processus. Cela signifie que les données enregistrées ne puissent en aucun cas être effacées en cours de processus, et soient conservées à l’issue de celui-ci pour une vérification manuelle. Aucun système connecté à Internet ou à un autre réseau complexe ne peut garantir cela : il faut des coupures « manuelles » entre les diverses étapes pour conserver les preuves (résultats intermédiaires) et garantir les vérifications.
    Les possibilités de fraude que permet un système informatique doivent être mis en rapport avec les avantages qu’il procure. La fiabilité et la confiance ne peuvent être légitimement mis en cause pour des motifs de facilité, de confort ou de coût. Sans répondre à des normes extrêmement strictes, un système de comptage et de transmission électronique ne se justifie pas, mais permet indiscutablement des fraudes.

    1. Tout Système est hackable … Et c’est bien ça le problème …
      Vous dites : ” Cela implique que le software soit sur un support de type ROM (Read Only Memory).”
      Et c’est vrai sauf si je peux changer l’EPROM quand ça me chante …

      Il y avait un vieux reportage sur France 2 qui avait bien montré comment il était simple de changer le comptage, ( de mémoire le candidat n°5 avait gagné sans qu’aucune voix ne lui ait été donné ).
      Un ingénieur hollandais l’avait prouvé très simplement, il savait même pour qui vous votiez grace à un talky walkie réglé sur la bonne fréquence qui enregistrait les différents sons émis par les accents des candidats …
      Bref tout est hackable, la seule manière d’être à peu près sûr d’une élection c’est à l’ancienne, avec des humains qui comptent, vérifient, observent et interdire le vote par correspondance, les procurations …

      Ce n’est pas vraiment ce qu’on fait non ?

  4. Le regroupement des voix se fait au niveau de l’état. Et les bulletins sont détruits après les comptages et les remontées. Le fait d’avoir eu en permanence Macron à 20-23% d’intentions de vote pour les sondeurs français (à l’étranger c’était plutôt 10-15%), un coude coude entre Zemmour et Le Pen aux environs de 14-15%, et les mêmes eaux pour Melenchon permet d’avoir une possibilité qu’à la répartition nationale des voix par candidat il ait pu y avoir transfert “arrangé” d’une partie des voix de Zemmour sur MLP et Macron (pour avoir le remake de 2017), un transfert plus soft des voix de LR et des autres candidats de gauche vers Macron, lui permettant d’atteindre le second tour. Les chiffres définitifs et officiels ressemblant aux sondages répétitifs des ces derniers mois, sauf pour Zemmour dont tout le monde dit que c’est un facho, LR et le PS dont tout le monde également disait qu’ils étaient aux fraises, fermez le débat. Pas besoin de vérif locale, non significative, sauf à recenser tous les résultats de tous les bureaux de vote, ce qui représente un épais travail impossible à faire avant le second tour. Et rebelote le 24/04.

    1. La mairie de Bordeaux donne les résultats bureau par bureau
      C’est très facile à vérifier
      Les délégués des candidats sont là pour ça : ils ont assisté aux opérations de dépouillement et ont pu noter et prendre en photo les résultats inscrits sur les feuilles
      J’étais délégué sur une école (4 bureaux) de la commune d’à côté et les délégués des autres centres ont fait remonter les infos (et franchement, les résultats que j’ai constatés sont parfaitement corrélés aux résultats nationaux, y compris l’aspect vote communautaire Mélenchon dans un des bureaux desservant un quartier “créolisé”)
      Par ailleurs, les résultats de chaque commune sont publiés dans la presse locale, parfois bureau par bureau.
      Et même en 2017, j’étais assesseur dans un bureau au 2ème tour des présidentielles : à la 2ème enveloppe de centaine, j’ai vu la cata pour MLP

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