[PAYANT] Marine Le Pen et les métamorphoses de la droite française

30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Les Droites de Husson n°44 - (1) Les Trois France - (2) Valérie Pécresse a accéléré la fin des Républicains - (3) Marine Le Pen et les métamorphoses de la droite

Les Trois France 

Les résultats sont donc tombés dimanche soir. Il y a plusieurs façons de les envisager: 

  • la France est coupée en trois, avec une droite (Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan, Lassalle) à 35%; un centre (Pécresse et Macron) à 32 %; et une gauche à 33%. 
  • La France est marquée par de forts contrastes géographiques, comme le montre le graphique ci-dessus, qui montre des grandes villes qui votent Mélenchon et Macron; des banlieues acquises aux deux mêmes candidats, respectivement, selon qu’elles sont populaires ou aisées. Et une Marine Le Pen qui fait d’autant mieux que la commune est plus petite et rurale. 
  • On voit aussi un fort contraste de générations: les plus jeunes votent Mélenchon; les actifs votent de préférence Marine Le Pen; et les personnes âgées Emmanuel Macron. 

Dans une excellente analyse pour Boulevard Voltaire, Marc Baudriller, fait la synthèse de tous ces contrastes et parle de ces trois France qui “pour l’essentiel, habitent des zones distinctes, ne se connaissent pas, ne se côtoient pas, ne se parlent pas, ne se comprennent pas, vivent et votent différemment”: 

  • “La première France, c’est celle des grandes villes et des quartiers opulents. La France des cadres d’entreprises multinationales, sécurisés, bien rémunérés, bien logés, néglige les frontières qu’elle franchit allègrement pour travailler, envoyer ses enfants en stages de langue ou partir en vacances.  occidental et son capitalisme déraciné lui vont comme une moufle. Elle s’étend vers ceux, parmi les plus de 65 ans, qui partagent le souci d’une France tranquille, où la valeur cardinale a le mérite de la simplicité : c’est celle de l’argent, du bas de laine, de la sécurité financière. Son cri de ralliement ? Touche pas à ma poche ! “” 
  • “Une deuxième France, objet du mépris de la première, tente de survivre dans ce qui forme les trois quarts du territoire français. C’est la France périphérique du démographe Christophe Guilly, celle des petites et moyennes villes de province, des artisans, ouvriers, employés, fonctionnaires, des patrons et employés de PME. Celle qui se lève tôt, se couche tard, paye les traites de son pavillon, voit partir la Poste et l’hôpital et affronte les taxes, les amendes et les persécutions tatillonnes du fisc. Celle qui aime ses paysages, ses vieilles pierres, ses traditions parce que c’est son patrimoine“. 
  • Enfin, une troisième France vit sa vie loin des deux premières : la France des banlieues saturées d’immigration a ses territoires à part, s’organise autour de ses mosquées, s’habille distinctement, aspire les subventions du ministère de la Ville et entretient sa propre économie, légale ou non. L’été, elle ne voyage pas en  ou aux États-Unis comme la première, ne fait pas de camping ou ne part pas en résidence secondaire comme la première, elle repart dans son pays d’origine où elle suscite l’envie de la famille restée sur place“. 

A première vue,  ces trois France correspondent à la tripartition du vote entre Macron, Marine Le Pen et Mélenchon. Mais les choses, bien évidemment, se compliquent quand on considère qu’Eric Zemmour a fait souvent le double de son score national dans les métropoles. Ou bien qu’entre un cinquième et un quart des électeurs de Jean-Luc Mélenchon pourraient voter Marine Le Pen. 

Valérie Pécresse a accéléré la fin des Républicains

Il y a les tendances profondes et puis il y a le facteur individuel. Le score catastrophique de Valérie Pécresse (moins de 5% des voix) est venu accélérer une tendance de long terme qui était le déclin du parti héritier du gaullisme et de la démocratie chrétienne, Les Républicains. 

La chute est spectaculaire. Elle s’explique en grande partie par une tendance de fond. Le déclin de l’UMP/LR – si brillamment maintenus au pouvoir par Nicolas Sarkozy malgré l’immobilisme des mandats de Jacques Chirac – a commencé à partir du moment où Nicolas Sarkozy a pratiqué non pas “l’ouverture à droite” – pour finir de casser le Front National dont il avait absorbé une partie de l’électorat – mais “l’ouverture à gauche”. Dès les élections législatives de 2007, la déception de l’électorat était palpable.  Selon la formule de l’époque, souvent citée par Eric Zemmour: “On attendait le kärcher et on a eu Kouchner”. 

En essayant d’anticiper un possible résultat des Républicains durant la présente campagne présidentielle, j’avais fait remarquer en janvier 2022 – alors que Valérie Pécresse était à 15/16% dans les sondages –  que, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, les Républicains avaient perdu 1% par an depuis les 31% de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. 

Le drame du Congrès de décembre 2021 tient à ce que les adversaires de Valérie Pécresse  – Eric Ciotti, Michel Barnier, Xavier Bertrand et Philippe Juvin – auraient sans aucun doute tenu ce socle des 15%. On peut même penser que, résistant sur cette ligne, ils auraient eu une chance de remplacer Emmanuel Macron “au centre”.  On sait que les choses ont trourné autrement. Valérie Pécresse a réussi à se faufiler entre Eric Ciotti et Michel Barnier en faisant voter des électeurs étrangers (les statuts du parti ne l’interdisaient pas).  Mais cette victoire qui n’avait pas été obtenue à la régulière ne lui a pas porté chance. Ni à son parti, incapable de faire respecter une élection transparente

Durant toute la campagne, la candidate LR a donné l’impression qu’elle avait atteint son niveau d’incompétence. La chute est spectaculaire, accélérée par le vote utile – au coeur des trois France bien identifiables qui se dégagent du vote, les électeurs se sont portés vers celui qui leur paraissait pouvoir arriver au second tour. 

On trouvera une vertu à ce résultat. Il ne sera plus possible à un Laurent Wauquiez ou un Eric Ciotti de prolonger l’ambiguïté dans laquelle est LR depuis la défaite de Nicolas Sarkozy: se prétendre de droite en étant devenu exclusivement un parti du centre. 

Les opportunistes et les centristes de chez LR se retrouveront désormais chez Emmanuel Macron, à la suite de Nicolas Sarkozy, qui a définitivement trahi l’esprit de sa campagne de 2007. Et la droite des années 2020 va émerger du rassemblement progressive des restes de LR, de Reconquête et du rassemblement National.  

Marine Le Pen et les métamorphoses de la droite

Voilà Marine Le Pen pour la deuxième fois au second tour de l’élection présidentielle. Alors qu’elle avait perdu à 34/66 en 2017, les sondages donnent un écart beaucoup plus serré cette fois. L’agrégation de sondages de notre ami Jean-Poll donne actuellement du 46,25/53,75.  Jean-Poll pense que l’on sera en bout de course à du 55/45. Mais j’ai recueilli d’autres avis cette semaine. L’observateur expérimenté de l’opinion publique qu’est Michel Pinton m’a expliqué: “Le résultat de Marine Le Pen représente un vrai progrès par rapport à 2017.  Elle a 460 000 voix de plus au premier tour. La logique voudrait qu’elle gagne car Macron est détesté. Marine Le Pen se trouve dans la position de François Mitterrand en 1981 ou François Hollande en 2012. Cependant elle a contre elle un système qui est à 100% pour Macron alors que ce n’était pas le cas pour Giscard ou Sarkozy quand ils se sont représentés. Pour autant, les chances de Marine Le Pen ne sont pas insignifiantes, loin de là“.  Michel Pinton ajoute que le grand enseignement de l’élection présidentielle, pour lui, c’est le renforcement d’une droite sans compromis, “radicale”, si l’on veut. Marine Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan représentent un tiers des votes. On peut leur adjoindre une partie de l’électorat de Valérie Pécresse (l’électorat “Ciotti”) et sans doute celui de Jean Lassalle; mais aussi des électeurs souverainistes de chez Mélenchon. Ce bloc a vocation à gagner la présidence. En 2022 ou en 2027 au plus tard. 

En fait, ce qui pourrait empêcher Marine Le Pen de battre Emmanuel Macron, c’est la mutation incomplète de la droite dont nous parlons. Le noyau RN ne suffit pas à structurer un parti de gouvernement. Il y faudra la capacité de Reconquête à s’implanter dans les villes moyennes et les métropoles. Et, sans aucun doute une capacité à faire venir la partie souverainiste et encore républicaine de l’électorat de Mélenchon. La droite a vocation à panser les plaies d’un pays divisé par le macronisme, ultime avatar d’un système néo-libéral devenu néo-tyrannique au fur et à mesure qu’il s’extrayait du cadre national. C’est pourquoi il faudra trouver à la droite les moyens de puiser dans les trois France dont nous parlions plus haut. 

Depuis la Révolution française, la gauche prospère dans une logique de guerre civile, à la fois idéologique et relevant de la lutte des classes. La droite incarne, elle de Louis XVI fêté par la France entière pour avoir défendu la Constitution le 20 juin 1792 au Nicolas Sarkozy de 2007, le rassemblement. 

Et l’on peut dire que plus Marine Le Pen saura incarner ce rassemblement des Français dans la semaine qui vient, plus elle a de chances de faire mentir ces sondages qui continuent à donner une courte avance au président sortant.  

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2 commentaires
  1. Le français ont positivement choisi, par le scrutin du premier tour, que le parti “Tout sauf Macron” avait pour candidate Marine Le Pen. Ce parti parfaitement légitime exclut de la magistrature suprême de la République l’autocrate le plus méprisant, le plus exclusif et le plus diviseur des français que la France ait connu depuis Charles 10 dégagé en 1830.
    Le « régime des partis », honnis par lu général de Gaulle, a ainsi été effacé. Mais il existe suffisamment d’hommes d’Etat en France pour représenter les français et rendre à la 5e République le fonctionnement régulier de ses institutions, comportant un équilibre entre pouvoirs et contre-pouvoirs, ainsi que l’article 3 : “La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum”.

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