[PAYANT] A droite, après le désastre, plaidoyer pour un grand rassemblement conservateur républicain populaire!

30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Les Droites de Husson n°46 - Au lendemain de la réélection d'Emmanuel Macron, les droites françaises offrent un affligeant spectacle. Marine Le Pen appelle sa lourde défaite une victoire; et elle refuse toute alliance avec Eric Zemmour; la présidente du Rassemblement National était certes en position de force relative comme elle ne l'avait jamais été au soir du premier tour; mais à condition d'unir les forces politiques susceptibles de lui permettre de constituer une force de 150 à 180 députés à l'Assemblée Nationale. Au lieu de cela, la fille de Jean-Marie Le Pen - qui n'a visiblement pas hérité des capacités de leadership de son père, passé maître naguère dans l'équilibre entre les factions opposées - entend continuer à faire sa popote dans sa petite marmite pour ramasser, avec quelques dizaines de députés, un maximum d'argent public pour son seul parti. Notre lettre confidentielle a accompagné les forces de droite, du Rassemblement National à LR, tout au long de la campagne des présidentielles. Et force est de constater l'échec sur toute la ligne. Aussi n'allons-nous pas perdre de temps à décrire désormais les petits calculs mesquins des uns et des autres. L'heure est grave. Les droites n'ont plus gagné une élection présidentielle depuis 2007. Il s'agit de ne pas manquer 2027. Aucune des forces en présence - ni le RN en train de gâcher le peu d'atouts qu'il avait, ni Reconquête qui doit faire un profond travail stratégique pour faire fructifier les 7% d'Eric Zemmour, ni LR dont les éléments non macroniens s'obstinent dans un splendide isolement au lieu de s'ouvrir à droite - aucune de ces forces n'est en mesure, pour l'instant, de lancer la création du grand rassemblement conservateur républicain populaire qui devra procurer la victoire en 2027. Désormais, nous allons, dans notre lettre confidentielle, contribuer à la mesure de nos moyens à la construction d'un tel mouvement: un gaullisme pour notre temps. Nous mettrons en valeur des initiatives prises partout où se trouvent ceux que nous appelons les "nationistes", c'est-à-dire ceux qui sont convaincus - à juste titre - que la nation est plus que jamais le bon niveau pour affronter la nouvelle donne mondiale, protéger les Français et faire retrouver au pays les chemins de la prospérité, de l'emploi et du rayonnement culturel. Nous irons chercher dans l'histoire où dans des réussites à l'étranger des motifs d'inspiration et de formulation de propositions pour la force politique à construire qui doit non seulement gagner en 2027 les élections mais faire gagner les Français.
Pour commencer, aujourd'hui, dix règles d'action, identifiées à chaud, sur les écueils que les forces politiques désireuses de servir la nation devraient absolument éviter et les voies qu'elles devraient explorer.

Dix règles d’action pour amorcer un grand rassemblement conservateur républicain populaire

Règle d’action n°1 : Ne plus utiliser les termes imposés par la gauche. 

Il faut refuser le mot “extrême droite”

Il y a en France une gauche bien identifiable, en grande partie rassemblée autour de Jean-Luc Mélenchon. Certains la qualifieront d’extrême-gauche. Mais c’est la gauche française, tout simplement, avec son histoire et ses illusions révolutionnaires. 

Il y a un centre politique, qui a porté Emmanuel Macron par deux fois au pouvoir et qui attire à lui aujourd’hui une partie des Républicains, électorat comme élus. 

L’extrême droite, dans la France de 2022, ça n’existe pas. Le Rassemblement National, Reconquête, Debout la France, l’UPR, le mouvement de Jean Lassalle, Les Républicains qui refusent Macron sont héritiers des différentes familles de droite qui ont marqué l’histoire politique de la France depuis les années 1950. 

Parlons pour désigner ce que nous voulons construire de rassemblement conservateur, républicain et populaire

Règle d’action n°2: Imposer un vocabulaire. 

Par exemple:

(1) ne pas laisser galvauder le beau mot de “libéral” en laissant croire, comme la gauche, que Macron le serait alors qu’il est un président liberticide.

(2) ne pas avoir peur de se dire “conservateur” quand il le faut.

(3) utiliser le terme de “nationisme” pour désigner et rassembler tous ceux qui réfléchissent et agissent dans le cadre de la nation, considérée comme le bon niveau d’organisation dans le monde contemporain.  “Droite nationale” utilisé par Reconquête ou “nationalisme” utilisé par les adversaires ne permettent pas de rassembler suffisamment. Il s’agit d’attirer à soi – mais en fixant les conditions –  les patriotes de toutes les forces politiques, y compris les déçus de LREM ou de LFI. 

 

Règle d’action n°3: Accepter d’être “de droite”.

C’est moins une étiquette qu’un état d’esprit. Il s’agit non seulement de gagner le pouvoir mais de le conserver. Or la droite a toujours perdu le pouvoir quand elle adoptait la vision de la gauche.  

+ toutes les ouvertures à gauche, de Giscard à Marine Le Pen (tâchant d’avoir les électeurs de Mélenchon) en passant par Sarkozy (reniant sa magnifique campagne de 2007) se sont mal terminées. 

+ le refus de Marine Le Pen de chercher un terrain d’entente avec les autres forces de droite au profit d’une illusoire alliance populaire droite-gauche est aussi stérile que le refus d’alliance de la droite dite “de gouvernement” avec le Front/Rassemblement National depuis les années 1980.

Qu’on le veuille ou non, les élites de droite ou de gauche peuvent cohabiter – Mitterrand, Chirac- ou même s’allier – c’est le macronisme. Alors qu’il existe bien un “peuple de gauche” et un “peuple de droite”, insensibles, nous le voyons depuis quarante ans, aux combines des élites.   

Règle d’action n°4 Analyser en profondeur les causes des défaites de 2012, 2017 et 2022: 

+ l’erreur stratégique  de Nicolas Sarkozy, dès 2007, qui fit l’ouverture à gauche au lieu de la faire à droite

+ le refus, en 2017, d’assumer une ligne conservatrice. 

+ l’incapacité, pendant cinq ans(2017-2022) à s’opposer à Emmanuel Macron alors que le Président enchaînait bévue sur bévue. 

 

Règle d’action  n°5: Identifier la cible électorale qui permettra d’obtenir 35% au premier tour et 55% au deuxième tour. 

+ on part de la somme des votes de Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan et Jean Lassalle. On y ajoute une bonne moitié de l’électorat Pécresse.  On peut y ajouter le fait que François Asselineau aurait dû être candidat – il est scandaleux qu’il n’ait pas eu ses parrainages. On a un bloc de 40%.  Il  y aura toujours des candidatures dispersées mais il faudra disposer d’un candidat capable de faire 35% au premier tour.Cela permettra d’arriver largement en tête.

+ On travaille d’emblée pour élargir la base libéral-conservatrice du socle électoral. C’est très important car il faudra éviter qu’un autre technocrate – profil Edouard Philippe – draine, comme Macron, à lui les suffrages des décideurs économiques. 

+ enfin, il n’est pas possible de considérer que Mélenchon aurait un monopole de la représentation de la population d’origine ou de pratique musulmane. L’incapacité d’Eric Zemmour à passer le seuil des 15/16% (et donc d’enclencher à partir de là une dynamique vers le second tour) est venue de l’absence d’une vision d’assimilation positive à proposer aux Musulmans qui ont envie de choisir la France.

Rappelons-nous la camapgne de Trump de 2016: elle commence par la promesse d’un mur à la frontière avec le Mexique. Elle se termine avec une promesse d’ascension économique et de citoyenneté pour les “minorités” à condition qu’elles se mettent au service du “rêve américain”. A l’inverse, il a été désastreux, dans le cas de la campagne Zemmour, de finir sur la “remigration”. Il aurait fallu finir au contraire sur le rêve français d’une assimilation et d’une ascension sociales ayant redémarré grâce à l’école et à l’emploi. 

 

Règle d’action n°6: Développer une vision positive de l’avenir ! 

La droite nationiste, par la lucidité de son diagnostic, court le risque de s’enfermer dans un discours qui oscille entre horreur du présent et nostalgie du passé. Il est nécessaire de développer une vision positive de l’avenir français. D’expliquer pourquoi la nation est la réponse d’avenir. On ne peut pas laisser les classes populaires et les classes moyennes en déclin végéter dans la perte de pouvoir d’achat et la morosité; ni laisser les CSP+ envoyer leurs enfants faire des études à l’étranger

 

Règle d’action n°7 : se donner les moyens de conserver le pouvoir après l’avoir conquis. 

Cela paraît évident. Mais il faut bien le répéter. En 1945, la droite a abandonné la culture et l’éducation à la gauche et ne les a jamais reconquises depuis lors (malgré l’occasion des manifestations sur l’Ecole Libre en 1984 et la réforme de l’université en 2007-2012). 

Mais le mal est plus profond encore: alors qu’elle avait bien tenu ce qu’on appelait pas encore “Etat profond” entre 1958 et 1981, la droite a ensuite capitulé. Après les cohabitations, désastreuses du point de vue de la perte de maîtrise des nominations, le quinquennat de Nicolas Sarkozy a été, là aussi, une occasion manquée. 

Il faut arriver au pouvoir en ayant préparé un changement de fond en comble des postes de commandement de l’administration. Préparons-nous à retourner la grande destruction macronienne contre lui: puisqu’il a supprimé l’ENA et fait sauter les “corps”, la droite devra en profiter pour nommer tous azimuts des gens à elle

 

Règle d’action n°8: développer un discours économique crédible. 

Il n’est pas possible d’ignorer le monde des décideurs économiques comme le fait Marine le Pen. Il faut le prendre plus au sérieux que ne l’a fait Eric Zemmour. Et il n’est plus possible de défendre le néolibéralisme sans changement comme l’a fait Valérie Pécresse.  De toute façon, les faits vont mettre les responsables politique de droite au pied du mur.  

 

Règle d’action n°9: Se saisir de la terrible crise économique et sociale qui est devant nous et de la nouvelle donne géopolitique comme de leviers pour casser définitivement le discours macronien et réveiller les décideurs français de leur torpeur

La guerre d’Ukraine n’est pas la seule cause de la crise qui vient. Mais elle en est l’accélérateur. La désastreuse politique inflationniste de Joe Biden, l’absurde politique enfermiste pour faire face au COVID-19 ont commencé de déstabiliser nos économies. L’obstination de l’Union Européenne à vouloir couper notre “petite Europe” de la Russie – alors que notre vocation est la construction d’une “Europe de l’Atlantique à l’Oural” – vont achever de plonger notre pays et le continent dans une crise cataclysmique

Tout est à repenser: l’inévitable déclin états-unien; la possibilité de tensions très fortes dans l’Union Européenne en situation de pénurie; l’émergence d’un triangle de la nouvelle puissance mondiale eurasiatique: Moscou-New Delhi-Pékin; la montée en puissance des BRICS

La France a, dans cette nouvelle donne, un atout, criminellement négligé depuis quarante ans par nos présidents successifs: sa présence sur tous les océans. 

La droite doit retrouver une approche gaullienne de la géopolitique mondiale (indépendance française, faire passer la dissuasion à l’âge des missiles hypersoniques, équilibre des puissances) et de l’économie (saine gestion pour être crédible dans nos exigences, réindustrialisation, vision mondiale de nos intérêts économiques et non limitée à la “petite Europe” – en particulier en développant nos territoires du Pacifique)

 

Règle d’action n°10:  La liberté doit redevenir le maître mot à droite.

Durant le quinquennat de Macron, la droite a largement abandonné le combat pour les libertés: loi sur les fake news, répression du mouvement des Gilets Jaunes, enfermisme lors du COVID: Marion Maréchal, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau ont certes été très clairs pour dénoncer la dérive liberticide du gouvernement; mais les mesures gouvernementales ont fait l’objet de critiques peu audibles de la part de Marine Le Pen et Eric Zemmour. Valérie Pécresse a sans doute perdu toute chance d’accéder au second tour quand elle a fait voter le prolongement du passe sanitaire peu après sa désignation comme candidate.  

La droite doit reconquérir le terrain des libertés. Elle doit combattre le parisianisme néo-centralisateur. 

Les maires de France seront décisifs pour reconstruire nos libertés – et sans doute pour aider à identifier le bon candidat pour 2027! 

Puisque nous avons la chance que David Lisnard ait été élu à la tête de l’Association des Maires de France, il faut en profiter pour faire avancer les idées de liberté, de subsidiarité, de participation. Redécouvrir l’inspiration gaullienne de 1969 ! 

 

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Les droites de Husson

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2 commentaires
  1. Merci pour cet effort méritoire. Plus simplement, je me demande si la médiocrité de la classe politique ne correspond pas à la médiocrité de la population française en 2022, de tous âges et toutes catégories confondues. Maffesoli le dit plus savamment mais l’idée est la même: nous arrivons à la fin de l’époque moderne.

    Si c’est le cas pas besoin de tirer des plans sur la comète, attendons et prévoyons à partir de l’effondrement à venir. Reconquête! a montré la voie un poil trop tôt. À la place d’Éric Zemmour je temporiserais. Par exemple en se présentant face à lui dans la circo choisie par mélenche le sociopathe bonimenteur représentant ultime de l’époque moderne.

    Dans mon cas l’abstention représente une économie de carburant conséquente, et de péage. Pourquoi se donner du mal pour ces clampins je vous le demande? On ne rattrape pas un couteau qui tombe dit le proverbe boursier.

    Maffesoli annonce « L’ère des soulèvements » et conseille de se mettre à l’abri.
    👉👉 https://youtu.be/Mw4SL8BI6kU

  2. Bravo pour ce bel article.
    Oui il faut partir du local et laissez les “gens de bien”, il y en a , s’organiser. Ce sera un long travail de fourmi. Les partis jacobins et parisiens nous ont mené à la ruine.
    Il y aussi un réflexion à mener sur ce qui fonde la droite..et elle ne pourra éluder la question du catholicisme. La réponse d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen face à l’islamisation du pays est la même : plus de laïcité et cela nous conduit droit dans le mur. C’est le laïcisme propagé par le régime qui a rendu possible la déchristianisation et pavé la voie à l’établissement de l’islam.
    Alors oui, il faut accepter de de dire “de droite” et cela signifie accepter de dire que la France est une nation catholique.

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