[PAYANT] Urbi et Orbi n° 8 – Le Pape François critique “l’OTAN qui aboie à la porte de la Russie”

Dans un entretien accordé à un quotidien italien, le Pape François a utilisé l'expression "l'OTAN aboie aux portes de la Russie". A voir la réaction dans les médias occidentaux et sur les réseaux sociaux, ces quelques mots sont déjà de trop. Il vaut pourtant la peine de lire l'entretien accordé par le Pape. Les forces et les faiblesses de son pontificat y ressortent bien: tous les propos relèvent à première vue d'une sorte de café du commerce romain dont on se demande s'il est vraiment à la hauteur de la fonction occupée par Jorge Maria Bergoglio. Cependant, force est de constater qu'avec un bon sens qui n'est plus très partagé aujourd'hui, le Souverain Pontife casse le récit des médias occidentaux. Et il rappelle l'action constante des papes pour la paix. On est loin du rôle d' "aumônier du Grand Reset" que Bergoglio avait semblé jouer lors de la question de la vaccination obligatoire.

Jorge Maria Bergoglio est coutumier du fait. Il aime donner des entretiens aux journaux. 

Est-ce du niveau d’un pape, demandent beaucoup de catholiques. Après tout, le Pape  a ses propres médias (VaticanNews, l’Osservatore Romano). Mais Jorge Maria Bergoglio est incontrôlable. Il n’habite pas dans les appartements pontificaux; au quotidien il pique de grosses colères et jure comme un charretier. 

Alors, il est difficile d’imaginer le détourner de s’entretenir avec des journalistes italiens comme s’ils prenaient un petit-déjeuner à la terrasse d’un café romain. 

Et puis, décryptons rapidement l’entretien. Le résultat est surtout déconcertant pour les tenants du “Great Reset” qui croyaient qu’ils avaient Bergoglio de leur côté, pour bénir toutes leurs mauvaises actions. 

Un entretien qui dérange la bien-pensance occidentale

La doctrine constante du Saint-Siège 

Il y a quelques jours, le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat – c’est un peu le Premier ministre du Pape – présentait un recueil des écrits ou discours de François consacrés à la paix. En même temps qu’un rappel de la doctrine de l’Eglise, il plaidait pour de “nouveaux accords d’Helsinki” (en 1975, ils avaient permis de construire un édifice de la sécurité européenne malgré la guerre froide et facilité les règlements de 1990) 

A propos de son Secrétaire d’Etat, le Pape déclare dans le Corriere della Sera: “C’est un diplomate fantastique, dans la tradition d’Agostino Casaroli [Note CdS : l’artisan de relations apaisées avec les pays communistes dans les années 1970 sous Paul VI puis le relais de la lutte de Jean-Paul II pour les droits de l’homme dans le bloc de l’Est]. Parolin connaît les tenants et les aboutissants de ce monde, et j’ai une grande confiance en lui”) afin d’obtenir au moins un cessez-le-feu“.

 

Ce que François a signifié par sa visite à l’ambassadeur russe auprès du Saint-Siège fin février 2022

Puis François rappelle ses initiatives pour la paix  et réitère sa volonté de se rendre à Moscou. “Le premier jour de la guerre, j’ai appelé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, au téléphone. Mais je n’ai pas appelé Poutine. J’avais eu l’occasion de lui parler en décembre pour mon anniversaire, mais cette fois non, je n’ai pas essayé de le contacter. Ce devait être un geste clair pour que le monde entier le voie, et c’est pour cela que j’ai rendu visite à l’ambassadeur russe. J’ai demandé des explications et je lui ai dit : “au nom de Dieu, arrêtez cette guerre“.

Il n’est pas dans les usages diplomatiques de dire publiquement ce qu’on a fait dans ce genre de circonstances. Qu’en pense le Cardinal Parolin? Mais on n’arrête pas la parole de Bergoglio. A la fois, il nous explique qu’il a réagi selon la distinction agresseur/agressé. Mais il est allé voir l’ambassadeur de Russie auprès du Saint-Siège ! Et le Pape d’ajouter:  

Plus tard, environ vingt jours après le début de la guerre, j’ai demandé au cardinal Parolin de transmettre mon message à Poutine, que j’étais prêt à me rendre à Moscou. J’attendais certainement une sorte de geste d’ouverture de la part du chef du Kremlin. Nous n’avons reçu aucune réponse, mais nous continuons à les presser sur cette question. Je crains toutefois que Poutine ne puisse ou ne veuille pas accepter notre rencontre pour le moment. Mais comment ne pas essayer de faire tout ce qui est possible pour mettre fin aux atrocités ?”

On se demandera, bien entendu, si François a raison dans la comparaison suivante: “Il y a vingt-cinq ans, nous avons vu quelque chose de similaire se produire au Rwanda“. Le contexte des deux conflits est différent. Cependant la position des papes est constante depuis au moins 1914: tout faire pour arrêter les guerres. 

 

Un pape ne prend pas parti dans un conflit – Sorry, Mr. Biden! 

C’est ensuite que cela devient encore plus déconcertant – surtout pour les lecteurs qui auraient pu se dire que le Pape François allait malgré tout dans le sens du discours occidental.  Poutine ne s’arrêtera pas de sitôt, explique François. Et s’interrogeant à haute voix sur les raisons qui ont poussé le président russe à “s’engager dans un conflit aussi brutal”, le Pape prononce une formule peu acceptable pour notre doxa occidentale. Peut-être, s’interroge-t-il, est-ce “l‘Otan qui aboie à la porte de la Russie” qui a poussé Poutine à déclencher l’invasion de l’Ukraine. “Je n’ai aucun moyen de dire si sa rage a été provoquée“, s’interroge Bergoglio, “mais je soupçonne qu’elle a peut-être été facilitée par l’attitude de l’Occident“.

Et les livraisons d’armes?  Le Saint-Père a ses doutes sur la question! L’Eglise, rappelle-t-il, a toujours rejeté la course aux armements et condamné fermement toute escalade dans la production d’armes, qui pourraient finir par être utilisées tôt ou tard sur le champ de bataille, causant des horreurs et des souffrances indescriptibles. “Je ne peux pas répondre à cette question, je vis trop loin, je ne sais pas si c’est la bonne chose de fournir les combattants ukrainiens“.

 

Tout Bergoglio, avec ses qualités et ses défauts, est dans cet entretien

A lire le compte-rendu de l’entretien, on sent les journalistes mal à l’aise. D’autant que le Saint-Père ne s’arrête pas là: 

Ce qui semble indiscutable, c’est que dans ce pays, les deux camps essaient de nouvelles armes. Les Russes viennent de découvrir que les chars sont inutiles et ils pourraient être en train de développer de nouvelles armes. Les guerres sont menées pour cette raison aussi : pour tester ses arsenaux. C’est ce qui s’est passé pendant la guerre civile espagnole, avant la Seconde Guerre mondiale. La production et la vente d’armements sont une honte, mais peu de gens ont l’audace de s’y opposer. Il y a quelques années, un navire a accosté à Gênes, il était chargé d’armes pour être transféré dans un cargo à destination du Yémen. Les dockers ont refusé de transférer la cargaison sur le cargo en disant : “Nous faisons cela pour les enfants du Yémen”. C’était un petit geste, mais pour la bonne cause. J’aimerais qu’il y ait plus de gens prêts à se mobiliser et à faire quelque chose”.

Tout Bergoglio est là, avec ses qualités et ses défauts. Il manque de culture historique. Il reconnaît implicitement qu’il est bien moins informé dans le détail que certains de ses prédécesseurs (pensons à Pie XII ou à Jean-Paul II). Mais il s’en sort par une anecdote. A la terrasse du café, on comprend très bien où il veut en venir.  Et ça n’est pas très “Great Reset” pour le coup. 

 

François veut aller à Moscou avant d’aller à Kiev

On lui a demandé à plusieurs reprises, explique-t-il, d’effectuer une visite symbolique en Ukraine, mais sa réponse a toujours été intransigeante. “Je ne suis pas prêt à me rendre à Kiev, pas encore”, explique-t-il. “J’ai envoyé mon émissaire, le cardinal Michael Czerny (chef du département pour la promotion du développement humain) et le cardinal Konrad Krajewski (l’aumônier du pape). Ce dernier vient de se rendre à Kiev pour la quatrième fois. Mais je sens que je ne devrais pas y aller. Pas tout de suite. Je dois d’abord aller à Moscou, je veux d’abord rencontrer Poutine. Mais si je ne suis qu’un prêtre, que puis-je faire ? Je ferai ce que je peux. Mais si Poutine décide de laisser la porte ouverte...”

Nous avons suffisamment critiqué Jorge Maria Bergoglio dans le Courrier des Stratèges quand il apparaissait lointain et cassant – par exemple sur la vaccination – pour reconnaître ici son sens psychologique. On a cherché à faire basculer sa prière de Consécration de l’Ukraine et de la Russie au Coeur Immaculé de Marie vers une condamnation de la Russie. Mais François sait qu’un pape ne prend pas parti. 

 

Pape ou patriarches ne peuvent pas se faire l’enfant de choeur de César

 Il est d’ailleurs sévère avec le patriarche de Moscou, avec lequel il a pourtant signé une déclaration commune en février 2016 : “J’ai parlé avec Cyrille pendant quarante minutes sur Zoom. Pendant les vingt premières minutes, il a lu sur une feuille de papier qu’il tenait à la main toutes les raisons qui justifient l’invasion russe. Je l’ai écouté puis j’ai répondu : Je ne comprends rien à tout cela. Frère, nous ne sommes pas des clercs d’État, nous ne devrions pas parler le langage de la politique, mais plutôt le langage de Jésus. Nous sommes les bergers du même saint troupeau de Dieu. Pour cette raison, nous devons chercher un chemin vers la paix, nous devons arrêter les combats. Un patriarche ne peut pas s’abaisser à devenir l’enfant de chœur de Poutine”.

Peut-être regrettera-t-on ce qui vient ensuite, lorsque le Pape dit: “J’avais un rendez-vous avec lui, prévu pour le 14 juin, à Jérusalem. Cela aurait été notre deuxième face-à-face, sans rapport avec la guerre. Mais nous l’avons annulé, nous avons convenu que cela pourrait envoyer un mauvais message“.  Cela aurait pu être, de notre point de vue, un puissant signal envoyé au peuple russe que l’Occident ne cesse de vouloi isoler. Mais François a sa façon de faire et son appréciation. 

 

“En Ukraine, le conflit a été déclenché par d’autres acteurs”. 

Il est impensable qu’un État libre puisse déclencher une guerre contre un autre État libre” continue François. Alors, vient-elle enfin cette condamnation de la Russie que les Occidentaux attendent? Mais s’il critique Cyrille, lui reprochant de se faire “l’enfant de choeur de Poutine”, François est conséquent. Il ne va pas se faire “l’enfant de choeur de Joe Biden” 

En Ukraine, le conflit a été déclenché par d’autres acteurs” lâche le Pape avec fulgurance.  Et il ajoute, avec tristesse:  “Pas assez de personnes sont prêtes à travailler pour la paix (…) La guerre est terrible, nous devons la crier de toutes nos forces. (…) J’ai un mauvais pressentiment sur tout cela, je l’avoue, je suis très pessimiste. Cependant, il est de notre devoir de faire tout ce que nous pouvons pour arrêter la guerre“.

Là encore, Bergoglio sans masque. On ne sait pas toujours si c’est l’homme ou si c’est le Pape qui parle. 

Néanmoins, le constat est clair à la fin de l’entretien: ce n’est pas seulement Vladimir Poutine qui est sommé de s’arrêter. L’Occident se voit aussi appelé par le Pape à la table de négociation. 

A voir les réactions hostiles que suscitent l’expression  de “l’OTAN qui aboie à la porte de la Russie“, on ne peut que constater que le Souverain Pontife a atteint son but!  

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3 commentaires
  1. Ce pape se rachèterait à peu de frais ?
    J’aurai aimé un peu de lucidité sur la politique vaccinale mondialiste, relayée par la Conférence épiscopale de France … Le vaccin ! “c’est comme une annonce de l’unité du genre humain et de l’union intime avec Dieu”… et autres stupides galimatias. Soumission totale au pouvoir politique. Quel est leur dieu ? Responsabilité écrasante de ce pape dans ce drame criminel.
    “L’attitude de l’Occident” ? Il n’en est pas très sûr. Pourquoi n’a-t-elle pas été dénoncée dès 91, pour l’Ukraine dès 2004 ou 2014 ?
    Fatima ? C’est une autre époque. Où est l’apostasie aujourd’hui ?
    Ce pape reste un “enfant de choeur” de l’OTAN.

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