[PAYANT] Dimitri de Vismes : comment, quand, pourquoi acheter de l’or

Nous publions aujourd'hui le premier texte de Dimitri de Vismes consacré à l'or et à l'achat d'or. Nous savons que ce sujet vous préoccupe beaucoup, dans la mesure où l'inflation menace de nombreux patrimoines et que le désordre international laisse craindre un krach économique d'ampleur. Dimitri de Vismes répond à quelques questions pour vous éclairer. Il détaille en particulier les modalités pratiques pour acheter de l'or, et vous les conseille au regard de la stratégie que vous pourriez avoir. Bien entendu, vous êtes tout à fait libres de souscrire ou non à ces éclairages indépendants.

Dans une optique de sécession et de protection de patrimoine l’or a toute sa place. Voici pourquoi il peut être judicieux d’en acquérir.

Valeur refuge depuis la nuit des temps

L’or est utilisé comme moyen d’échange et comme réserve de valeur depuis l’antiquité. Depuis la fin des accords de Bretton-Woods, l’or a cessé d’être un étalon de valeur mais il a néanmoins gardé son rôle clé dans le système financier mondial. C’est toujours en partie sur l’or que repose la solvabilité de la FED et donc la crédibilité du dollar (bien que la puissance économique et militaire des USA soit le premier garant du dollar), monnaie des échanges internationaux par excellence.

Les banques centrales du monde entier détiennent une part non négligeable d’or dans leurs coffres (entre 2,5 et 4% du PIB pour les pays développés). Depuis 15 ans, de grands pays comme la Chine et la Russie se sont mis à acheter beaucoup d’or dans une optique de renforcer leurs devises et pour préparer l’ère « post-dollar ».

N’étant la dette de personne (puisque non imprimable), suffisamment rare (avec une croissance de 1 à 2% par an de métal extrait) et résistant à l’épreuve du temps, l’or a plusieurs fois dans l’histoire joué son rôle de conservation de valeur lors des épisodes de dévaluation monétaire. Les Turcs qui ont connu une hausse d’inflation 20% à 70% pendant les six derniers mois, ont pu voir le cours de l’or multiplie par 2 dans leur devise.

L’or n’offre cependant pas de protection systématique (aucun placement n’est sûr !) et il est important de préciser les mécanismes qui régissent son prix. Une croyance bien ancrée – souvent relayée par les vendeurs d’or – stipule qu’il faut détenir de l’or en permanence. C’est faux. Il est des périodes où il est important de détenir de l’or et d’autres non.

Ce qui détermine le cours de l’or

Avant de rentrer dans les détails de ce qui fait varier le prix de l’or, il est important de rappeler qu’aujourd’hui – et probablement pour quelques années encore – le dollar est LA monnaie de référence mondiale. Cela signifie que le dollar est l’ETALON de la valeur réelle des choses, et de l’or en particulier.

Ainsi, le prix de l’or peut monter en euros mais diminuer en dollar (par le jeu des changes entre l’euro et le dollar), comme c’est le cas actuellement. Cela veut dire que – à long terme – votre patrimoine placé en or peut faire « mieux » que s’il était en euros, mais moins bien que s’il était place en dollars (particulièrement dans le cas où l’euro subirait une dépréciation importante face au dollar). D’où l’intérêt d’inclure également des devises dans son patrimoine. Si les mouvements de change sont anecdotiques au court terme, ils peuvent avoir une forte influence à plus long terme. C’est pourquoi l’investisseur long terme devra toujours s’intéresser à l’évolution des prix en dollars, et ne pas s’enfermer dans un raisonnement ou seule la valeur nominale compte (ex : « l’euro monte, donc la valeur monte »). Ceci pourra faire l’objet d’un autre papier.

En attendant, il est important de comprendre que l’objectif visé ici n’est pas l’enrichissement (qui est aujourd’hui très difficile à atteindre par le seul revenu du capital) mais bien de le préserver son patrimoine contre la dévaluation monétaire en zone euro. L’or n’apporte aucun rendement car il ne verse pas de dividende à son détenteur. Il doit être considéré comme un placement de diversification moyenlong terme face à l’inflation incontrôlée, à côté d’autres placements comme l’immobilier, l’énergie, les devises fortes ou les matières premières.

Le graphique ci-dessus montre le prix de l’or (en échelle logarithmique) ajusté de l’inflation. Comme nous pouvons le voir, un investisseur qui aurait acheté de l’or en 1980 pour le revendre vingt ans plus tard aurait vu la valeur de son investissement divise par 5 !

Le prix de l’or dépend principalement de deux variables : les taux réels (lies en partie à l’inflation) et l’incertitude.

Dans les jours qui ont suivi le début de la guerre en Ukraine, on a vu le prix de l’or bondir à cause de la peur liée à l’incertitude. Ces brusques mouvements de hausse ou de baisse sont circonscrits dans le temps et surviennent lors d’évènements bien précis (ex : corona-krach, guerre…).

Les taux réels sont l’explication principale des variations du prix de l’or à long terme. Ils sont déterminés par la valeur des taux nominaux de la banque centrale retranchés de l’inflation. Explications : si la banque centrale applique un taux nominal de 1% et que l’inflation est à 5%, le taux réel sera de -4%. Il n’y a donc aucun intérêt pour l’épargnant à détenir des obligations d’Etat puisque l’épargnant est certain de perdre 4% par an. C’est alors que l’investisseur se portera sur métal jaune dont le prix montera mécaniquement sous l’effet d’une pression acheteuse.

En réalité les marchés réagissent par anticipation et ce sont les anticipations sur les taux réels (et non les taux réels eux-mêmes) qui impactent le cours de l’or. Une anticipation de taux réels négatifs pousse le prix de l’or à la hausse. Dans un contexte d’inflation forte et durable avec des marges de manœuvre faibles pour faire varier les taux (sans créer la banqueroute des Etats), il est tout à fait raisonnable de penser que ces taux réels vont rester négatifs pendant quelques temps. Et que donc, le cours de l’or devrait progresser.

Stratégies d’investissement

Il existe de très nombreuses façons d’investir dans l’or : « trackers », « swaps », « futures », pièces, lingots, minières (sociétés qui exploitent l’or) … La bonne nouvelle est qu’il est aujourd’hui extrêmement facile pour un particulier d’investir dans l’or. Avec internet, plus besoin de se rendre à un comptoir de métaux précieux. Il est de plus très facile de se de-bancariser en choisissant des options de stockage hors du système bancaire traditionnel. Celles-ci comportent leurs risques propres mais mettent l’épargnant à l’abri d’une saisie des comptes par les banques commerciales.

Il est traditionnellement conseillé d’investir dans de l’or « physique » par opposition à l’or dit « papier » comme par exemple un ETF qui se contente de répliquer les cours du métal jaune. Tout simplement parce que l’or vous appartient en nom propre et que vous pouvez l’utiliser en cas de crise financière et/ou monétaire. Il existe cependant des ETFs adossés a de l’or physique (ex : Ishares Physical Gold IE00B4ND3602) qui offrent une très grande facilité d’achat/revente et qui peuvent être utilisés en complément d’autres options décrites ci-dessous. On peut accéder à ces ETFs via un compte-titre standard (réservé aux investisseurs ayant une expérience des marchés boursiers). Parmi les considérations à prendre en compte avant l’achat d’or:

  • Est-ce que l’or doit être accessible à tout moment ? A quel coût ?
  • Zone Europe vs hors zone Europe ? Juridiction du pays de stockage (protège-il la propriété privée) ?
  • Coûts de stockage par un prestataire externe (hors système bancaire) vs risque de cambriolage lorsque stockage à la maison?
  • Pièces versus lingots ?
  • Fiscalité ?
  • Liquidité (facilite de revente) ?

Suivant l’objectif recherché et l’aversion au risque de chacun, on peut privilégier différentes formes d’investissement dans des proportions à définir. C’est même conseillé afin de pallier à plusieurs types de risques : confiscation de l’or par un Etat aux abois, collapse financier, faillite d’une contrepartie (ex : société de gestion des coffres), cambriolages, changement de fiscalité…

Pour lisser l’effet des variations du prix de l’or sur la durée, une bonne stratégie peut consister à investir dans un peu d’or tous les mois, indépendamment du prix.

Enfin, il faut prendre en compte la fiscalité lors de la revente. Celle-ci diffère entre l’or dit d’investissement (ex : lingots ou pièces d’investissement), et les pièces à cours légal (c’est-à-dire les pièces avec valeur faciale pouvant être utilisées dans leur pays d’émission). Ces dernières bénéficient d’une fiscalité nulle lors de la revente, dans la limite de 5.000 euros. À noter que l’achat d’or n’est pas soumis à la TVA (contrairement au métal Argent qui, en plus de l’or, a une utilisation industrielle).

Une fois la stratégie définie, il reste à choisir un intermédiaire et passer à l’achat.

Supports d’investissement pour l’or

Voici trois supports d’investissement communs qui peuvent être considérés.

 

  1. Les pièces physiques. Pour acheter des pièces, on peut se rendre à un comptoir physique (ex : Maison Joubert, Comptoir des Tuileries) ou simplement commander via un site en ligne spécialisé (ex : fr, coininvest.com, aucoffre.com, etc). Attention aux achats auprès des particuliers (EBAY, etc) qui n’offrent aucune garantie d’authenticité.

Suivant les moyens on peut acheter 1 once (1 Oz = 31 grammes), ½ once, ¼ once ou même 1/10 once. Plus la pièce est petite, plus elle est liquide, c’est-à-dire qu’on pourra l’échanger facilement. Toutefois, le prix d’achat au gramme sera plus élevé sur des petites pièces.

Dans le cas des pièces il faut distinguer celles ayant cours légal (Britannia, Maple, Eagle, Philarmonik, Krugerrand, etc) de celles ayant eu cours légal (ex : 20FR Napoleon) ou jamais eu cours légal (« jetons »). Le régime de fiscalité est plus avantageux pour les pièces ayant cours légal : la taxe à la revente ne sera pas là même pour un Britannia (taxe zéro, dans la limite de 5,000 euros), que pour un 20FR Napoléon (11,5% du montant de la vente ou 36,2% de la plus-value avec un abattement de 5% par an et une exonération complète au bout de 22 ans de détention). Pour un investissement long-terme, il faut privilégier des pièces sous scellés avec facture afin de pouvoir opter pour le régime fiscal le plus avantageux (taxe sur la plus-value ou sur le prix de vente) lors de la revente.

Contrairement aux lingots, les pièces bénéficient d’une prime qui reflète leur rareté et le travail qu’il a fallu pour les produire. En clair, cela veut dire qu’une pièce vaut généralement plus cher que son poids en or (quelques pourcents en temps normal). En cas de crise ou de forte demande, cette prime peut grimper fortement.

 

  1. Les lingots ou parts de lingots (la teneur doit être de 999.9 grammes par kg). Mr et Mme Tout-le-monde opteront pour l’achat de parts de lingots, beaucoup plus abordables. La solution de facilité est de confier la garde de ses parts à une entreprise spécialisée dans le négoce et le stockage des métaux pour le compte d’autrui. Vous êtes alors propriétaires d’une ou plusieurs portions de lingots, qui sont détenus (généralement en Suisse) en votre nom par une entreprise. La plupart du temps, on peut demander la livraison de l’équivalent en or après revente mais les couts de livraison peuvent être prohibitifs. L’entreprise facture également des couts de stockage et des frais de transaction. Ce système constitue une bonne alternative et il est très facile à utiliser. Parmi les nombreuses options possibles on peut citer com, bullionvault.fr, bullionstar.com (qui offre l’avantage d’être situe à Singapour, ou l’or sera plus difficilement confiscable). On peut trouver beaucoup de comparaisons entre les prestataires sur internet et il est recommandé de mener ses propres recherches.

Veracash.fr propose également des comptes adossés à l’or avec carte de retrait. On peut choisir d’investir dans des pièces ou des lingots / parts de lingots qui sont stockés par Veracash.

La fiscalité qui s’applique lors de la revente des lingots est la même que celles des pièces n’ayant pas/plus cours légal (taxe sur la plus-value ou sur le montant de la vente). Attention, il est de votre responsabilité de déclarer les comptes lorsqu’ils sont situés à l’étranger (comme c’est le cas pour la plupart).

 

  1. Les parts de sociétés aurifères (« royalties » ou « minières », qui exploitent directement les mines). L’investissement est beaucoup plus risqué car plus volatile – les cours des sociétés aurifères amplifient les mouvements du cours de l’or, a la hausse comme à la baisse. Ce type d’investissement se fait via un compte-titre et nécessite une familiarité avec les marchés financiers. On peut citer Franco Nevada (code FNV au NYSE), Royal Gold Inc. (code RGLD au Nasdaq) ou bien Agnico Eagle Mines (code AEM au NYSE).

On peut viser une proportion de 10 à 20% d’or, hors immobilier et patrimoine d’entreprise.

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5 commentaires
  1. Pour ma part j’ai opté pour de l’or physique chez aucoffre.com, conservé en Suisse. Les frais de garde sont offerts dès lors qu’on effectue un nouvel achat (modique) chaque mois. Cet or n’est pas livrable, donc il sera difficile à mobiliser en cas d’effondrement mondial. En revanche en situation courante il est très facile de vendre et d’acheter.
    J’ai aussi un compte chez Veracash. Je pense que si l’hyperinflation s’installe ce sera LE MOYEN DE PAIEMENT A AVOIR. II suffira d’y verser mes revenus dès que je les aurai touchés. Le capital se réévaluera en permanence au gré de l’inflation. La revente se fait de manière extrêmement simple, au moyen de ma carte bancaire, toutes les dépenses étant instantanément débitées sur mon compte en or.

    1. En complément je signale que les frais peuvent paraître élevés. Par exemple pour Aucoffre ils sont de 0,5% à l’achat et de 3 % à la vente. Pour Veracash ils sont de 3% à l’entrée et nuls à la sortie.
      Donc attendez-vous à perdre environ 3% de votre capital. Toutes les compagnies ont des tarifs comparables.
      Mais c’est le prix à payer pour la préservation de votre capital…

      1. Merci pour votre retour d’expérience !
        Souhaitez-vous me parrainer et me communiquer votre pseudonyme VeraCash ?
        Merci !

        Répondre moderated
  2. L’analyste économique et essayiste Jim Rickards dit que pour les grandes fortunes qui ont traversé les siècles, le secret réside dans la répartition suivante : un tiers en or, un tiers en terres et immobilier et un tiers en œuvres d’art. Il s’est penché sur le cas de riches familles princières, mais pas seulement, dont la richesse remonte à plus de 500 ans, qui ont connu des révolutions et l’exil. Les terres et les châteaux peuvent être confisqués, mais à la faveur d’un changement politique, il leur était toujours possible de revenir et de faire valoir leurs droits. L’or permet de concentrer une valeur très élevée sous un faible volume et peut être déplacé au moyen de quelques coffres. Il en est de même pour les peintures qui peuvent être roulées et mises à l’abri en lieu sûr…
    Pour les gens ordinaires comme moi l’investissement en œuvres d’art paraît trop risqué. En revanche l’or et l’immobilier sont à portée.

  3. Concernant l’argent métal la TVA concerne les lingots, mais pas les pièces. A l’achat.
    A la vente, il faut , comme pour l’or, payer la taxe forfaitaire sur les métaux précieux, 11,5%.

    Toujours concernant l’argent, si vous souhaitez investir dans ce métal je conseille un mix de pièces modernes. Philarmonik (Autriche) et autres (Maple Leaf, Britannia, Silver Eagle). Elles font toutes une once (31,1g) à 99,99% d’argent pur.
    Et puis ajouter à ça au moins un sac de 100 pièces “Semeuse” de 5 francs (= frappées entre 1959 et 1969) : 83% d’argent pur.
    Intérêt : tous les gens (de plus de 40 ans en tout cas) ont déjà vu cette pièce et l’ont utilisée un jour. Pour une partie de flipper par exemple ! 100 Semeuse ça fait un kilo d’argent pur. On peut aussi les acheter à l’unité bien sûr.

    A part ça, or ou argent, évitez les produits Monnaie de Paris. Ce sont des produits de numismatique. Or ce qui nous intéresse c’est le rapport prix/poids/pureté.

    Mon adresse préférée : Godot et fils.

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