Addiction : le danger de la cyberdépendance

Difficile aujourd’hui de faire une impasse sur les nouvelles technologies, en particulier sur l’utilisation quotidienne d’internet. Dans son sillage, un phénomène a émergé : la cyberdépendance. Celle-ci se traduit par une utilisation problématique d’internet et des nouvelles technologies. Est-elle aussi dangereuse qu’on le pense et comment s’en  sortir ?

L’évolution d’Internet a fortement changé nos habitudes

Depuis l’avènement d’internet, difficile pour chacun de s’en passer que ce soit dans la vie quotidienne que dans la vie professionnelle. Il est devenu l’un des principaux moyens de communication, mais aussi de divertissements.

En janvier 2022, le rapport de We Are Social / Hootsuite « Digital Report 2022 » a notamment enregistré :

  • 4,95 milliards d’internautes (+4 % en un an) ;
  • 5,31 milliards de mobinautes (+1,8 %) ;
  • 192 millions de nouveaux internautes dans le monde ;
  • 4,62 milliards d’utilisateurs actifs des réseaux sociaux ;
  • 424 millions de nouveaux utilisateurs des médias sociaux (+10,1 %),

En ce qui concerne la durée de connexion, les internautes passent en moyenne 6h58 sur Internet (+1 %).

Les réseaux sociaux font désormais partie intégrante des habitudes des internautes et mobinautes, tout comme les jeux en ligne qui ont pris une ampleur phénoménale depuis la crise sanitaire et le confinement qu’elle a entraînés.

Mais en devenant accessible à tous et en ouvrant de nouvelles possibilités, Internet entraîne aussi des dérives et des addictions. En effet, certaines personnes n’arrivent plus à s’en détacher et passent de nombreuses heures, voire plusieurs jours enfermés devant leur écran sans se préoccuper du monde extérieur. C’est la cyberdépendance.

La cyberdépendance, un phénomène relativement nouveau

Ce champ d’études est encore très peu étudié, ce qui explique pourquoi les données de recherches n’ont pas la maturité de celles publiées dans les autres sources d’addiction comme l’alcool, la drogue, ou encore les jeux d’argent et de hasard. La Dr Karine Igartua, présidente de l’Association des médecins psychiatres du Québec, confirme d’ailleurs qu’il n’existe pour l’instant que peu d’informations fiables et scientifiquement vérifiées à ce propos, et ce, malgré une évolution dans le domaine.

Il s’agit d’un phénomène relativement nouveau certes, mais cette forte utilisation d’Internet, au point d’en faire un usage abusif et incontrôlable, provoque à peu près les mêmes symptômes psychiques et physiologiques que les autres types d’addiction :

  • Il souffre de troubles obsessifs compulsifs habituellement avec une hantise, une idée ou une pensée, toujours omniprésente, par exemple. Celle-ci amplifiera au point de devenir une obsession ;
  • Cette obsession s’accompagne de la compulsion, un comportement répétitif générateur de souffrances qui est souvent irrationnel et illogique ;
  • Le cyberdépendant est conscient de son obsession, mais il peut difficilement se sortir d’un cercle vicieux qu’il a lui-même créé.

Les signes cliniques communs à la cyberdépendance et aux autres dépendances sont également nombreux selon une étude publiée par le Centre Dollar-Cormier, l’Institut Universitaire sur les dépendances notamment :

  • Le désir persistant ou les efforts répétés, mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter l’utilisation ;
  • L’agitation ou l’irritabilité lors des tentatives de réduction ou d’arrêt ;
  • L’utilisation se prolonge plus longtemps que prévu ;
  • La mise en danger ou la perte d’une relation affective importante, des activités professionnelles, sociales, occupationnelles ou de loisirs en raison de l’utilisation d’Internet ;
  • La poursuite de l’utilisation malgré la connaissance de l’existence d’un problème déterminé ou exacerbé par l’utilisation ;
  • Les mensonges à la famille, au thérapeute ou à d’autres pour dissimuler l’ampleur réelle de ses habitudes d’utilisation ;
  • L’utilisation pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique.

Les différents types de cyberdépendance

Depuis quelques années, le portrait type de la personne cyberdépendante a évolué. Autrefois, les hommes de 25 à 35 ans, scolarisés, financièrement capables de se doter d’un ordinateur assez dispendieux étaient les plus touchés. Aujourd’hui, les femmes sont également de plus en plus touchées avec le développement d’Internet mobile.

Selon les recherches réalisées par Magali Dufour, professeure agrégée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, sur 4000 adolescents, il est apparu que presque 1,5 % des jeunes Québécois serait dépendant à Internet.

Bien que garçons et filles soient vulnérables à ce phénomène, ils ne sont pas intéressés par les mêmes applications. Les premiers sont attirés par les jeux vidéo multijoueurs tandis que les filles ont une utilisation excessive des réseaux sociaux. Ces dernières demandent pourtant moins d’aide, même s’il est certain qu’elles soient aussi fragilisées que les garçons et que leur nombre augmentera toujours plus dans les années à venir.

Cyberdépendant à quoi ?

La cyberdépendance comprend de nombreux types de dépendance, parmi lesquels le vidéo gaming, le cybersexe et  le clavardage.

Le vidéo gaming a été consigné dans la Classification internationale des maladies dans sa publication du printemps 2018. La dépendance aux jeux vidéo est l’une de celles qui bénéficient d’une catégorisation en tant que maladie et qui sont les plus étudiées.

Les activités sexuelles en ligne sont également une forme de dépendance. Le cybersexe, l’échange ou le visionnage de films pornographiques ou encore la multiplication des comportements masturbatoires entraînent pour les personnes qui en abusent une coupure avec la vie réelle. Celles qui sont en couple n’ont plus de relations sexuelles réelles avec leurs conjoints ou leurs partenaires, générant de fait des conflits plus ou moins importants.

Dans la même veine, le clavardage (le fait de discuter avec d’autres internautes à travers des forums ou des applications de messagerie telles que Messenger ou Whatsapp) et l’utilisation abusive des réseaux sociaux conduisent également aux mêmes symptômes.

Le cyberdépendant est donc pris dans un engrenage qui l’amène progressivement à fuir la réalité. Pour se sortir de cet engrenage dangereux, seule une aide extérieure peut l’aider.

Comment se sortir de la cyberdépendance ?

Par sa facilité d’accès, la note d’acceptation sociale qui l’accompagne, sa connotation scientifique, la cyberdépendance est assez minimisée. Pourtant, cette forme d’addiction devient facilement objet d’abus qui comblerait un vide identificatoire chez le cyberdépendant. Il est à la recherche d’une échappatoire et d’un refuge à la réalité.

Avec le peu d’étude sur le sujet pour l’instant, les pistes de traitement n’ont pas encore réellement étudié. Néanmoins, étant une addiction, le principe est le même : le plus important est de guider le patient à reconnaitre sa dépendance, à éviter la rechute et ne pas culpabiliser en cas d’échec.

Bien évidemment, comme pour traiter les autres formes d’addiction, le traitement des cyberdépendants se fait au cas par cas, avec une approche thérapeutique adaptée à la personnalité de chacun.

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