[PAYANT] Urbi et Orbi n°13 – Diocèse de Fréjus: élitisme romain contre populisme catholique?

Le Saint-Siège vient de suspendre des ordinations qui devaient avoir lieu dans quelques jours dans le diocèse de Fréjus-Toulon. C'est un fait rarissime. Il révèle combien une certaine hiérachie ecclésiale est effrayée par le réveil d'une piété traditionnelle dans le "peuple de Dieu".

La nouvelle est tombée comme une douche froide sur le diocèse de Fréjus-Toulon: le Saint-Siège demande au diocèse de surseoir aux ordinations de la fin juin. 

Monseigneur Rey, évêque de Fréjus et Toulon, a publié un communiqué: 

“Ces derniers mois, l’archevêque métropolitain de notre province, Mgr Aveline, archevêque de Marseille, a conduit une visite fraternelle dans notre diocèse à la demande de Rome. À côté des nombreux beaux fruits que portent l’annonce de l’Évangile et la mission des chrétiens engagés – clercs, consacrés et laïcs – dans notre diocèse, ont pu être abordées les questions que certains dicastères romains se posaient autour de la restructuration du séminaire et de la politique d’accueil du diocèse. Un entretien sur ces sujets encore récemment, avec le Cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, a permis d’apporter des compléments utiles. Dans l’attente des suites de ces échanges en cours avec les dicastères romains, il a été demandé de surseoir aux ordinations diaconales et sacerdotales prévues fin juin.

Nous accueillons cette demande à la fois dans la douleur et la confiance, conscients de l’épreuve qu’elle représente avant tout pour ceux qui s’apprêtaient à recevoir l’ordination.
Nous aurons à cœur de les porter dans la prière et de continuer à les accompagner dans leur cheminement. Je vous encourage chacun à prier aussi pour notre diocèse, en attendant que puisse s’éclaircir la situation pour le bien de tous.

Que l’Esprit de Pentecôte garde nos cœurs dans la paix, heureux de servir et d’aimer”.

Derrière le ton conciliant, se cache un affrontement sans merci. Le diocèse de Toulon est celui qui produit le plus de vocations sacerdotales après la Communauté Saint-Martin. 50 séminaristes se forment actuellement pour devenir prêtres. Le Vatican devrait sans réjouir! Mais l’évêque de Fréjus et Toulon suscite beaucoup de jalousies parmi ses frères évêques. 

Issu lui-même de la Communauté de l’Emmanuel  (communauté charismatique), Monseigneur Dominique Rey est l’évêque qui s’est le plus préoccupé de la formation des prêtres depuis le Cardinal Lustiger à Paris dans les années 1980. Avec des résultats spectaculaires: le “petit diocèse” de Fréjus et Toulon a 250 prêtres quand Paris – considéré comme une réussite à l’échelle nationale – en a 500. 75% des prêtres ont moins de 60 ans (il y a des diocèses en France où la proportion est inverse). 30% ont moins de 45 ans. 

Mais il semble que Monseigneur Rey ait – aux yeux de certains de ses confrères évêques –  commis une première “erreur”: il a accueilli  des candidats au sacerdoces refusés ou des séminaristes renvoyés d’autres diocèses.  Et une seconde “erreur” – aux yeux du Pape François, cette fois. Il accueille et même encourage les séminaristes adeptes de la liturgie tridentine. 

Hiérarchie ecclésiastique contre peuple de Dieu

Nous touchons là au coeur de l’actuelle crise de l’Eglise catholique. Les pontificats de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI ont revigoré, en Europe ou aux Etats-Unis, les jeunes générations. Elles ont fait apparaître des catholiques certes minoritaires dans l’ensemble de la société mais fiers d’être catholiques, dotés d’une foi simple et enracinée et aimant les belles liturgies. Au point de se rendre volontiers à des messes célébrées selon le rite de saint Pie V (fin du XVIè siècle) car il leur paraît plus propre au recueillement et à la prière que bien des messes où des prêtres bavards mettent leurs pauvres mots en écran entre les fidèles et les paroles antiques et vénérables de la liturgie. 

Cette génération de prêtres et de fidèles est dans le collimateur du Pape François depuis le début de son pontificat. L’actuel Souverain Pontife a par exemple très rudement traité, dès 2013-2014, les Franciscains de l’Immaculée, une branche de la famille de Saint François d’Assise enracinée dans la fidélité à Saint Maximilien Kolbe et qui avait eu l’idée – malencontreuse selon François – de passer largement, sin on exclusivement, à la liturgie tridentine dans leurs célébrations. Les deux fondateurs de la Communauté opnt été accusés de malversations – avant d’être innocentés mais sans que le Vatican renonce à interdire aux Franciscains de l’Immaculée la célébration de la liturgie traditionnelle. 

Dans le diocèse de Monseigneur Rey, il n’y a pas que des “tradis” qui veulent devenir prêtres. Il y a des charismatiques, comme l’évêque et des catholiques pour qui les pontificats de saint Jean-Paul II et Benoît XVI constituent la référence centrale. Une authentique diversité. Un laboratoire de ce que peut être un diocèse en renouveau dans l’Eglise de France. 

Malheureusement, l’Eglise de France est atteinte du même mal que d’autres corps de la nation. Elle voit du populisme là où il y a authentique expression d’une piété populaire. Trahissant l’esprit de Vatican II, une partie du clergé a développé un “néo-cléricalisme” qui relève de ce que Christopher Lasch appelle “révolte des élites”. Monseigneur Rey, évêque proche de ses ouailles, n’a pas que des amis dans la Conférence des Evêques de France! 

Affaire à suivre. 

 

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3 commentaires
  1. Il est intéressant de constater que, dans l’Eglise de France comme dans la France en général, une partie de la base déborde l’establishment. Entre les Français et leurs élites religieuses et civiles, le contrat de confiance, selon l’expression de Pierre Manent, est rompu. Nous en sommes arrivés au point où, à différents échelons, ressurgit la question de la fiabilité du lien, la vieille “fides” des contemporains de Cicéron, condition de la “relatio”, laquelle est vraiment la brique élémentaire de la civilisation. Cet élément de base de l’édifice ne saurait en effet être constitué par une monade, que ce soit la volonté illimitée de l’individu ou la volonté illimitée de l’Etat. On sait que, depuis la réforme grégorienne qui a marqué l’engagement de l’Eglise dans la voie d’un certain étatisme, le monde chrétien est traversé de tendances séculaires à la “reformatio” (litt. action de retrouver une forme à la suite d’une déformation). Jusqu’ici, les différents conciles réformateurs ont finalement été, suivant le principe de l’hétérotélie, autant de jalons d’un long déclin. Mais une fois parvenue au bord du gouffre, peut-être l’Eglise réussira-t-elle enfin sa “reformatio” sans la chercher. C’est un peu ce que suggérait Mgr Ratzinger en 1969, lorsqu’il envisageait l’avènement, au terme de “grands bouleversements”, “d’une Eglise de la foi” à la place “d’une Eglise du culte politique”.

  2. La plupart des évêques, des cardinaux et, plus que tous les autres, le pape lui-même sont des apostats qui ont renié le Christ pour s’adonner sans frein à la religion progressiste de l’Homme.

    Mais le temps dure longtemps et l’Enfer est pavé de crânes d’évêques . Un crâne de pape égayerait la décoration chez messire Satan.

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