[PAYANT] La droite post-gaulliste est morte. Réinventons un gaullisme pour notre temps.

30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

[Les Droites de Husson n°49] Nous le sentons bien, la droite post-gaulliste, dans toutes ses composantes, est morte. Une page est en train de se tourner. Le 19 juin 2022 marque un point bas dans l'histoire des droites. Mais plus le pays affirmera - dans un contexte d'abstention record - un tropisme de gauche, plus il apparaît nécessaire de reconstruire une force qui ramène le pays au réel. Car telle est bien la vocation de la droite, faire le choix du réel, contre les rêveurs et les idéologues. Il faut réinventer le gaullisme.

Quoi que vous fassiez demain, électeur de droite, il est peu probable que vous inversiez la vapeur. Il faut aller voter. Mais il est peu probable que l’ensemble des forces de droite réunies dépassent les 120 députés; peut-être même Rassemblement National, Reconquête, Divers droite et Républicains auront-ils réussi cet exploit de ne pas franchir la barre des 100 députés. 

Pourquoi s’obstiner à additionner les choux et les carottes, direz-vous? Les Républicains n’ont-ils pas obstinément refusé d’envisager quelque alliance que ce fût avec la droite zemmourienne ou lepeniste? Marine Le Pen n’a-t-elle pas consciencieusement sapé la possibilité d’une union des droites? Le zemmourisme n’est-il pas fondé sur l’illusion qu’il était possible de coaliser tous ceux au milieu de qui Jacques Chirac avait obstinément installé un cordon sanitaire? 

Peut-être, mais c’est bien pour cela que les droites en sont là où nous les trouvons: dans le fossé et rabougries. 

La présente situation a cristallisée dans les années 1970-1980. En réalité, il est intéressant de constater que depuis trois siècles, le même cycle se répète: les forces de droite font un choix erroné et permettent à une gauche en fait minoritaire de s’emparer des leviers du pouvoir.  

La droite post-gaulliste ou la longue marche vers l'insignifiance

Depuis le départ du Général de Gaulle, en 1969, les droites se sont soigneusement appliquées à rejeter ce que le Général avait construit. 

Le mandat de Georges Pompidou montrait encore une hésitation. Pompidou fit adopter le principe du quinquennat, il céda au oukases monétaires de Nixon et il lança la première tentative de monnaie européenne. Cependant, à la fin de son mandat, écourté par la maladie, Georges Pompidou retrouvait progressivement l’inspiration du Général. 

Valéry Giscard d’Estaing avait fait basculer le référendum de 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat vers le non. Il se fit cependant élire en affirmant qu’il incarnait une droite plus moderne que le Général de Gaulle. Mais il fut impuissant à rassembler la nation pour lutter contre le chômage et à la protéger contre les aléas de la politique monétaire américaine. Il ne fut pas réélu en 1981.  

En 1989, l’évolution du monde donnait raison au Général: le communisme s’effondrait, la Guerre froide prenait fin, les nations se réveillaient, partout dans le monde. Et pourtant, Le chef du parti gaulliste, Jacques Chirac, tourna définitivement le dos à l’indépendance nationale en acceptant le traité de Maastricht, qui déresponsabilisait la France en matière monétaire et budgétaire et qui plaçait l’OTAN au coeur de la politique étrangère commune de l’Union Européenne. 

Le Général de Gaulle avait placé le référendum au centre de la vie politique. Il était le signe de la confiance entre les Français et leur président. Et pourtant, à peine élu, Nicolas Sarkozy piétina le non au référendum de 2005 sur la Constitution européenne. 

Faut-il s’étonner qu’en abandonnant le gaullisme, le mouvement qui se réclamait de l’héritage du Général ait perdu constamment des voix. Au profit de la mouvance UDF, héritière du vieux MRP (la démocratie chrétienne d’après-guerre) puis, après avoir fusionné avec l’UDF dans un parti unique, le déclin continua. Défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 et de François Fillon en 2017. En 2022, Valérie Pécresse se réclame d’un “gaullisme social”, elle portait les couleurs du parti héritier, et elle a fait moins de 5% à l’élection présidentielle en 2022. 

Paradoxalement, l’héritage du gaullisme fut partiellement relevé par un parti qui avait cultivé l’antigaullisme après la fin de la Guerre d’Algérie, le Front National. Ce n’est pas l’une des moindres ironies de l’histoire: Jean-Marie Le Pen avait défendu le maintien de l’Empire français et il se retrouva sur les positions du Général de Gaulle qui avait voulu l’indépenfance de l’Algérie pour éviter l’immigration massive en métropole d’une population nord-africaine. 

Le flambeau du patriotisme et du souverainisme n’était donc pas éteint mais il lui manquait une élite tandis que l’élite dite “gaulliste”, elle, trahissait. 

C’est le drame de la droite française: elle est majoritaire en voix mais elle n’a que rarement une élite à la hauteur et celle-ci ne dure pas plus d’une génération. 

Les occasions manquées de la droite française

La première expression de la droite, en France, fut la Ligue, qui se constitua, dans le dernier tiers du XVIè siècle, comme un mouvement de classes moyennes, sur tout le territoire, pour réclamer un roi de religion catholique, dans la fidélité à l’héritage français. Politiquement, la Ligue triompha provisoirement, avec la conversion définitive d’Henri IV au catholicisme. Mais une fois les guerres de religion finies, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV abandonnèrent une part essentielle du programme de la Ligue: son caractère “démocratique”. C’était un authentique mouvement populaire et nos rois auraient beaucoup gagné à s’appuyer sur lui pour réformer la France. 

Lorsque Louis XVI retrouva, enfin, l’inspiration des années 1590 et chercha à faire sortir le pays du risque que représentait un long règne en grande partie infructueux comme celui de Louis XV, il eut le peuple français de son côté: des cahiers de doléance de 1789 aux pétitions de juillet 1792 félicitant le Roi d’avoir, en tenant tête seul à l’émeute, durant six heures, le 20 juin 1792, “sauvé la Constitution au péril de sa vie”, on découvre la profonde harmonie entre le souverain et son peuple. Les meilleurs historiens du règne, Paul et Pierrette Girault de Coursac, l’ont montré dans une oeuvre monumentale, fruit de 50 ans de recherche. Ils ont montré aussi la trahison des élites: de cette bourgeoisie reniant, par haine fanatique du catholicisme, son pacte séculaire avec la monarchie à tous ces nobles qui prirent le chemin de l’émigration au lieu de faire bloc autour du Roi, en passant par le haut clergé hypocrite, qui conseilla d’abord à Louis XVI de soutenir la Constitution  Civile du Clergé puis le laissa seul, quand il fallu opposer un veto à la politique des Jacobins. On connaît la suite.

Quatre-vingts ans plus tard, après bien des péripéties, un héritier des Bourbons était apparemment prêt à remonter durablement sur le trône de France. Il disait vouloir réconcilier le roi, la nation et les libertés. Effectivement, quand on parcourt le programme élaboré par Henri comte de Chambord, durant ses années d’exil, on perçoit la continuité de l’héritage des Capétiens, relevé par Jeanne d’Arc puis par les Ligueurs, incarné magnifiquement et tragiquement par Louis XVI et reformulé par celui qui aurait dû monter sur le trône après la défaite de Sedan. Mais l’homme du destin se déroba. Il saisit le prétexte de son attachement au drapeau blanc pour se dérober à ceux qui lui demandaient d’adopter le drapeau tricolore. Il se déroba surtout à toute conversation sérieuse avec les partisans des Orléans et tous ceux avec qui il aurait dû gouverner. Terrible démission devant l’histoire, source de nouveaux malheurs. Il faut lire le très curieux et pénétrant livre du socialiste Marcel Sembat, datant du début du XXè siècle, Faites un roi, sinon faites la paix, pour comprendre la crise existentielle française qui mène aux deux guerres mondiales. 

Réinventer un gaullisme pour notre temps

Le comte de Chambord a sans doute scellé le destin de la monarchie française. Et ce que le Général de Gaulle a voulu  faire, c’est créer un équivalent de la monarchie capétienne adapté à notre époque: l’alliance d’une souveraineté forte et d’un régime de liberté à l’intérieur. Je recommande de lire le très beau livre d’Arnaud Teyssier De Gaulle 1969, pour comprendre le sens profond de la réforme de 1969, celle qui devait parachever la création de la République enfin stabilisée. 

Dissuasion nucléaire, présidence forte exercée en phase avec les Français grâce au référendum, stabilité monétaire, maintien des prélèvements obligatoires aux environ de 30%, participation des salariés à la richesse des entreprises, grande ambition industrielle, contrôle strict de l’immigration, culte de la grandeur française, renforcement des libertés locales, représentation au Sénat des forces socio-économiques etc…., le “gaullisme”, le vrai, est plus que jamais d’actualité.

Il est le contraire du système dont Macron est devenu le visage sinistre: restriction croissante des libertés, Etat obèse et inefficace, abandon de la souveraineté nationale, immigration incontrôlée, négation de l’histoire de France etc….

Il faut bien entendu l’adapter à notre époque. Le gaullisme n’est pas un évangile. C’est une méthode d’action alliée à une fidélité. Il y a bien des épisodes de la geste gaullienne où l’on aurait pu imaginer un autre choix: dans la dose d’amnistie au moment de la Libération, dans le traitement des harkis, par exemple. Mais l’essentiel est la combinaison entre l’intransigeance sur les intérêts de la France dans le monde et un renforcement des libertés politiques et entrepreneuriales à l’intérieur. Il est aussi dans l’étalon de mesure: “La France ne peut pas être la France sans la grandeur“. 

Etre de droite, au soir du désastre de la présidentielle et des législatives 2022, c’est réinventer le gaullisme. 

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3 commentaires
  1. Réinventons plutôt une société sans constructivisme qu’il soit de droite (conservatisme) ou de gauche (progressisme). Une société ou le citoyen reprend sa liberté en refusant l’impôt spoliateur, dont la principale fonction a toujours été d’asservir, de détruire les classes sociales intermédiaires. Remettons les hommes de l’Etat à leur place, comme simples prestataires de services de sécurité, SANS ROLE DIRIGEANT, comme le préconnisait Ayn Rand. Cessons de nourrir le monstre avec notre argent.

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  2. Le gaullisme peut-il être autre chose qu’un Évangile ?
    Pourquoi s’accrocher à ce nom si il n’est pas un totem politique ?
    Je me demande même si l’avenir de la droite ne passe pas plutôt par la réouverture du dossier Pétain, comme l’a entrepris Jacques Boncompain.

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  3. Merci Monsieur Husson pour ce survol. Je retiens ce que j’affirmais sans avoir les détails: la France a été, est, sera socialo depuis 150 ans. Depuis la dérobade du Comte de Chambord. Avec, en effet, cette parenthèse miraculeuse de 10 ans au cours de laquelle CDG s’est employé majestueusement à restaurer la grandeur du pays au nez et à la barbe des socialo, avec l’appui provisoire des citoyens Français des sixties. Que cette époque paraît loin à ceux qui l’ont connue, incompréhensible aux milléniaux en charge de notre avenir aujourd’hui —ça se lit dans les commentaires au dessus de moi.

    Alors autant je comprends votre appel à rallumer ce flambeau emporté par la rivière socialo, autant je crois l’entreprise aussi réaliste que la restauration de Louis XX, S.A.R. Louis de Bourbon duc d’Anjou.

    Le projet souhaité par les Français de 2022 reste le projet socialo de maqueron: engloutissement dans le sous empire Democrade américain minable de Cruella von der la hyène; de l’Atlantique au Dniepr.

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