[PAYANT] – Les droites de Husson n°54 – “Maastricht” – cette réalité qui a tué à petit feu les droites françaises

30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Cette semaine dans "Les droites de Husson": (1) Chirac et Balladur avaient hésité à faire campagne contre l'euro - (2) Philippe Seguin, l'homme qui combattait à fleuret moucheté - (3) En dix ans, Jean-Marie Le Pen progresse jusqu'au second tout de la présidentielle. - (4) le hold-up manqué de Nicolas Sarkozy - (5) Après l'échec du sarkozysme. - (6) Les droites doivent se préparer à une implosion du système

Chirac et Balladur avaient hésité à faire campagne contre l’euro

On ignore souvent l’épisode raconté par Eric Aeschimann dans La guerre de Sept Ans: en 1992, Jacques Chirac et Edouard Balladur avaient préparé une affiche sur laquelle ils appelaient à voter non à Maastricht.Finalement, ils ont recommandé de voter oui et se sont affrontés lors de l’élection présidentielle de 1995.  Ils s’étaient convaincus – ou on les avait persuadés –  que l’on ne pouvait pas être élu à la présidence de la République en étant contre Maastricht. 

Bel exemple d’une prophétie auto-réalisatrice! En effet, à partir du moment où l’on ne s’était pas opposé à François Mitterrand et l’on n’avait pas appliqué au président de l’époque son propre principe – “Quand on est dans l’opposition, on s’oppose sur tout!” -on n’avait aucune chance de pouvoir capitaliser sur l’échec de Maastricht. 

Philippe Seguin l’homme qui combattait à fleuret moucheté

En réalité, le résultat fut serré, comme on s’en souvient (30% d’abstention,  un petit 51% pour le oui). Et c’est bien la droite héritière du gaullisme qui porte la première responsabilité de l’échec du non. Imaginons que Jacques Chirac ait appelé à voter non….Mais le mal était plus profond qu’il n’en avait l’air. on se rappelle comment Philippe Seguin, l’homme du discours sur le “Munich social”, s’était coupé les griffes avant d’affronter François Mitterrand en débat. (Il avait tellement l’impression d’avoir été “adoubé” par François Mitterrand qu’il demanda que la table du débat fût installée, comme pièce de musée, à la Mairie d’Epinal). Et l’un des acteurs de la campagne du “NON” m’a raconté sa gêne de voir Pasqua, Séguin et d’autres boire du champagne le soir des résultats – comme si, au fond d’eux-mêmes ils avaient été soulagés de ne pas avoir gagné. 

Jusqu’à aujourd’hui, Philippe Seguin est l’un des grands “regrets” de la droite. Je crains qu’on ait surestimé sa volonté de résistance.  

En dix ans, Jean-Marie Le Pen progresse jusqu’au second tour de la présidentielle

N’oublions pas qu’il y eut une autre force politique de droite, le Front National, qui avait prôné le non à Maastricht. Aucun doute, Le Pen était, lui, un opposant sans concession à Maastricht. Il le faisait d’ailleurs intelligemment puisqu’il partait d’une position libérale en économie – à la différence de beaucoup de souverainistes de gauche, qui défendaient, si on écoutait bien ce qu’ils disaient, de garder le franc pour pouvoir mal gérer l’Etat. Le fondateur et président du Front National  était la cible idéale pour le consensus des milieux dirigeants: comme il était, depuis le milieu des années 1980, le bouc émissaire du système politico-médiatique français, il apportait la preuve que  l’on ne pouvait pas être contre Maastricht quand on appartenait au “cercle de la raison”. 

Pourtant, Jean-Marie Le Pen fit progresser, dans les dix ans qui suivirent, son parti jusqu’au second tour de l’élection présidentielle!  En 2002, en effet, il fut le seul candidat qui dit clairement son opposition à l’euro, qui avait été instauré trois ans auparavant comme monnaie légale et qui venait de faire, au début de l’année 2002, son entrée dans la poche des Français. 

On ne comprend pas les 17% de JMLP au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, si on ne voit pas le facteur Maastricht.  Ce que Jean-Marie Le Pen avait parfaitement compris, c’était combien se profilait un vote de classe è les plus riches et les mieux éduqués ayant voté pour Maastricht.  Une tendance qui n’a cessé de se renforcer depuis et qui se recouvre aujourd’hui largement avec le vote pour ou contre Macron. 

Le hold-up manqué de Nicolas Sarkozy

Avec la réélection de Jacques Chirac, la droite “d’en haut” avait sauvé les meubles de manière inattendue et elle se retrouvait en position de force. Mais il ne fallait pas se tromper, le “poison européen” continuait de faire son effet. Jacques Chirac perdit largement (45-55) le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Il faut dire que la gauche s’était intelligemment mobilisée contre (Mélenchon, Fabius,Chevènement). Il y avait, pour la présidentielle de 2007, un réel danger de voir la droite à nouveau perdre le pouvoir. C’était sans compter sur l’intelligence politique de Nicolas Sarkozy.  

Nicolas Sarkozy avait trouvé une ligne de crête étroite. Voulant être président après Mitterrand et Chirac, il serait le premier président avec l’euro mis en place. De fait, il était difficile de mettre en cause l’euro en 2007. Chirac, qui avait décrété que l’on ne pouvait pas être élu président en s’opposant à l’euro après sa création avait réduit la marge de manoeuvre de ses successeurs. 

Nicolas Sarkozy en tira toutes les conséquences. Il défendit un programme bien ancré à droite et dont le coeur était la réduction de l’insécurité et de l’immigration. C’était parfaitement cohérent et la seule façon de mettre la France en mesure de respecter ses engagements dans le cadre du Traité de Maastricht.  Ajoutons que, contrairement à une idée bien établie,  le candidat Sarkozy ne prit pas les Français en traître  concernant un nouveau traité européen. Il l’annonça clairement avant l’élection. Personne parmi les opposants de droite au TCE n’était obligé de voter pour lui – bien au contraire.  Or le candidat faillit bien siphonner définitivement l’électorat du Front National puisqu’il en attira 800 000 électeurs et fit retomber Jean-Marie Le Pen à 11% des suffrages.  

En réalité, la seule politique compatible avec le traité de Maastricht était une politique libéral-conservatrice: pour assurer la réduction drastique des dépenses publiques quel meilleur moyen que de fermer les frontières à l’immigration, réduire massivement les impôts et investir dans la recherche de pointe pour remettre la France à la pointe de l’innovation?  Mais Nicolas Sarkozy ne réalisa que le troisième volet – sa politique de création de grandes universités de rang mondial et d’investissements d’avenir restera comme sa réussite. En revanche, la crise de 2008 donna le signal d’une nouvelle vague de déficit. Et le président commença trop tard à infléchir la courbe de l’immigration

Les contradictions d’un européisme de droite

En réalité, le quinquennat en demi-teinte de Nicolas Sarkozy concentre toutes les contradictions que la droite française n’a pas voulu analyser à temps. 

+ Elle aurait pu retourner Maastricht contre la gauche à condition de s’en prendre à tout l’héritage mitterrandien (complaisamment cultivé par Chirac). C’était la cohérence possible du sarkozysme qui, sur le papier, promettait d’inverser les flux migratoires, de faire baisser la dépense publique, de récompenser le travail et l’entrepreneuriat, donc de sortir de la social-démocratie molle qui avait régné sans interruption depuis Giscard.

+ Mais en réalité, l”européisme se contredit lui-même. Les membres de la majorité qui ont bloqué jusqu’en 2010, soit pendant la plus grande partie du quinquennat, la mise en oeuvre d’un véritable contrôle de l’immigration, le faisaient pour la même raison qu’ils avaient adhéré à l’euro: par adhésion à l’idéologie de la “fin des nations”. 

Je l’ai déjà raconté dans cette lettre. Travaillant moi-même dans un cabinet ministériel puis au rectorat de Paris entre 2009 et 2012, j’ai plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme: le non-respect des engagements électoraux sur l’immigration pouvait être fatal. Plusieurs fois on m’a expliqué que je me trompais et que, dans ce domaine, il fallait “garder le Président de ses propres démons”. Bien entendu, c’est au chef de mener ses troupes, même contre leur gré quelquefois. Cependant, il existait, dans la majorité présidentielle, une déloyauté structurelle vis-à-vis du Président sur le motif crucial de sa victoire de 2007. 

Après l”échec du sarkozysme 

Après l’échec de Nicolas Sarkozy, les droites ont oscillé entre deux possibilités: 

+ le fillonisme et le zemmourisme, qui sont deux formes de néo-sarkozysme. Or ils se sont révélés impuissants devant la montée en puissance du macronisme, dont on ne sait pas s’il faut le qualifier de néo-giscardisme, de néo-mitterrandisme ou de néo-chiraquisme. Mitterrand avait abandonné la bataille sur un “gouvernement économique européen” lors de la négociation de Maastricht, mais il avait dit “on se rattrapera par la suite”. Chirac pensait pouvoir ignorer les traités européens quand ça l’arrangeait. Emmanuel Macron a le discours fédéraliste européen d’un Giscard, le soutien d’une Allemagne qui a abandonné le pacte de stabilité – ce que Mitterrand espérait – et il se moque de respecter les traités européens, exactement comme Chirac. Le sarkozysme et ses avatars sont donc pris à leur propre piège: prôner la rigueur budgétaire, aujourd’hui, cela revient à prêcher la vertu dans une maison close! Et d’autre part, croit-on vraiment que l’on puisse encore mener une politique d’immigration raisonnable quand on voit l’Union Européenne menacer la Pologne, la Hongrie, l’Italie qui vote Giorgia Meloni….  

+ l’autre version de la droite, c’est le marinisme, dont la version originelle était cohérente: si vous voulez laissez vivre la France sans trop brusquer son système politique ni les Français, alors il faut se débarrasser de l’euro. Marine Le Pen, au fond, a voulu en partie “délepeniser” le Front National. Fini le programme économique thatchérien qu’affectionnait Jean-Marie.. Finie l’obsession de la réforme des retraites.  Finie l’obsession du Grand Remplacement, le conservatisme sociétal etc… Marine Le Pen se comporte en radical-socialiste de droite.

Le problème, c’est que, suite à la défaite de 2017, MLP a décidé de rallier l’euro. Ce qui rend intenable son programme.  

Les droites doivent se préparer à l’explosion du système! 

En réalité, aujourd’hui, la donne a complètement changé.  L’inflation née de la baisse d’activité liée au COVID, des plans de soutiens à l’économie, de l’obsession écologique et de la guerre en Ukraine est en train de faire imploser l’euro, même si nous ne nous en apercevons pas. D’où viendra le coup de grâce? De la dette italienne, de la dépression en Allemagne, d’une révolte sociale française? Personne ne peut le dire mais il faudrait se préparer à la fin de l’Union Européenne et donc de l’euro. 

+ Les Républicains n’en finissent plus d’agoniser. On peut penser qu’ils disparaîtront avec l’euro qu’ils ont tant contribué à mettre en place. 

+ les zemmouriens semblent ne pas voir que l’enjeu n’est plus d’investir les positions de pouvoir pour mener une “autre politique”. Il est de se préparer à exercer le pouvoir pendant et après un effondrement systémique. 

+ Marine Le Pen est certes bien partie pour être sénatrice un jour. Mais elle se fait des illusions si elle croit qu’on peut se contenter d’attendre que “les choses se passent”. 

Maastricht, c’est fini. La droite est en charpie. Mais toutes les occasions sont à saisir. A condition d’être prêt. Pour cela, il faut comprendre: 

+ que, les Etats-Unis ne sont plus du tout nos amis et sont prêts à nous plonger dans une récession sordide pour pouvoir, ensuite, piller nos ressources, afin de garder un peu de maîtrise dans un monde qui se dédollarise. 

+ que l’Allemagne, du fait de la russophobie de ses gouvernants, est en train de détruire son industrie et ne pourra plus diriger l’Union Européenne. 

+ que la France est en voie “d’ukrainisation”: nos élites flottent de plus en plus en apesanteur; notre pays devient de plus en plus une simple courroie de transmission de la politique américaine progressiste; l’oligarchisation de nos élites continue; notre population est entraînée dans une guerre contre la Russie contre son gré; notre président se réduit à un simple communiquant sans prise sur les événements. Pendant ce temps, notre tissu social se décompose, nos foyers seront privés d’énergie etc….

La situation a complètement changé. Elle réclame aussi de nouvelles personnalités politiques, de nouvelles stratégies. 

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10 commentaires
  1. Je ne partage pas vos conclusions sur deux points fondamentaux :

    1) Je crois les Français prêts à la jacquerie mais pas à la révolution.

    2) Il n’y a pas d’élite de rechange, tapie dans l’ombre, qui attendrait son tour. Nous ne sommes pas en 1789. Le niveau intellectuel, moral et culturel des moins de 40 ans est épouvantable. Quelques individus remarquables sur des millions, ça ne fait pas classe dirigeante de substitution.

    Répondre moderated
    1. 100% d’accord, Monsieur Husson s’illusionne sur tout à croire qu’il ne vit pas dans la vraie vie avec des vrais gens. Nous sommes un pays de téléspectateurs, il n’y a plus de peuple (c) Nicolas Bonnal; je crois beaucoup plus crédible une victoire écrasante de la corruption et du gangstérisme qu’une RRRévoloucionne à la CDG, mémé-lanchois ou mediapark. Un indice? Le monde politique de 2022 déborde d’ambitieux et d’ambitieuses, la plupart sans talent mais peu importe. Or comme par hasard personne ne veut sortir du bois ni du sens giratoire obligatoire sur tous les sujets 🔄. La Russie pour commencer, le vaxxin, la main-mise de l’ue allemande sur toutes les décisions. Bin non, pas folles les guêpes, on cachetonne comme on peut e basta! Service minimum. C’est bien plus confortable d’accabler maqueron avec la bouche, assis peinard dans un fromage de la ripoublique.

      1. Eh bien! Vous en savez des choses sur moi, pour me soupçonner de ne pas vivre “dans la vraie vie avec de vrais gens”!
        Et si le sens de mon article c’était en fait un appel à chacun d’entre nous: à prendre nos responsabilités et s’engager?

        1. ✋ En toute amitié bien sûr. Je comprends l’idée mais les appels n’y feront rien. Pas auprès des gagnants dans la ouate et pas auprès du petit personnel. Personne n’écoute vraiment personne de nos jours, surtout pas du haut vers le bas. Zéro confiance, personne ne s’engagera à rien plus de quelques semaines; faire semblant et profiter des plans qui se présentent, c’est la vraie vie.

  2. Les droites d’aujourd’hui sont comme Philippe Séguin dans les années 90 : elles combattent à fleuret moucheté. Il n’est pas question pour elles de remettre en cause l’UE dans son principe même. Plus encore, elles s’enlisent dans une certaine attitude en oubliant les vertus du coup droit, appréciés des grands maîtres d’armes. En politique comme en escrime, le coup droit est simple en apparence et difficile à maîtriser en pratique. Quand De Gaulle, sous-secrétaire d’Etat de la Défense nationale en juin 1940, quitte ses fonctions par refus du jeu sinueux du gouvernement Pétain, il pratique le coup droit. Question de lucidité devant une situation d’exception, mais aussi question de tempérament : on voit mal De Gaulle participer aux finasseries de l’après-armistice. Aujourd’hui, aucune des droites (au fait, le sarkozysme fut-il autre chose qu’une mise en scène pour abuser les électeurs de droite ?) et aucune des gauches n’affronte sans détour la bureaucratie bruxelloise qui impose pourtant ses choix de plus en plus directement. On vit le temps des armistices inavoués. Nous sommes à nouveau dans une situation d’exception, le Courrier des stratèges l’a bien compris. Désormais, le coup droit se nomme sécession.

    1. Bien écrit, la sécession est impossible, trop d’imbrication, de contrôle, ils se servent de nous, il nous possèdent, l’informatique et les petits employés serviles et zélés collaborent et surveillent, nous savons tous que nos commentaires sont archivés, mémorisés et identifiés par exemple.

      1. Oui la sécession est impossible à réaliser car nous dépendons très fortement du corps social où nous sommes ancrés. Par contre le non possumus et le martyre sont toujours de vivante actualité. On dit bien ‘souffrir le martyre’.

        1. Il s’agit de sécession au sens où l’entend Eric Verhaeghe. C’est avant tout une démarche qui, bien sûr, n’a rien d’absolu ni de définitif. On peut aussi appeler cela retrait tactique. Rien de commun avec la capitulation et le défaitisme. L’abstention électorale de millions de Français constitue une forme de sécession.

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