Macron enchaîne les déconvenues budgétaires : la situation devient hors de contrôle

Macron enchaîne les déconvenues budgétaires : la situation devient hors de contrôle


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Pour Emmanuel Macron, la saison budgétaire qui s'ouvre ressemble déjà à un chemin de croix. L'Assemblée lui résiste furieusement et sa majorité relative semble bien incertaine face à des propositions de Bercy qui paraissent tout droit sorties d'un conte de fées, là où se prépare plutôt un scénario catastrophe. La réforme des retraites, dans cet ensemble, paraît bien mal embouchée.

Pour Emmanuel Macron, la saison budgétaire s’annonce très mal. Les déconvenues s’enchaînent sur un budget dont nous avons souligné qu’il était totalement hors sol et contraire à l’intérêt général. Les premiers débats budgétaires au Parlement ont confirmé la difficulté de l’exercice qui commence… et qui montre que la situation politique du pays est désormais hors de contrôle.

La loi de programmation des finances publiques rejetée

Premier moment difficile, mardi : le Parlement a rejeté la loi de programmation des finances publiques pour la période 2023-2027, qui prévoyait un retour aux critères budgétaires de Maastricht (3% de déficit) en 2027.

Cette loi ne sert en réalité qu’à fixer un cap pluri-annuel pour la Commission Européenne. Elle n’a pas d’impact réel pour nos finances, puisqu’elle n’est jamais respectée. Mais son rejet par une courte majorité (36 voix contre, 30 pour) signale à Bruxelles que Macron est désormais en situation difficile au Parlement, et que les engagements européens de la France ne coulent plus vraiment de source.

On notera que les oppositions ont rejeté ce texte pour des raisons différentes : la gauche pour son excès d’austérité, la droite pour son manque d’austérité. Cette parfaite symétrie illustre le gouffre qu’il faudra combler pour remettre le pays en ordre.

La réforme des droits de succession mort-née

De son côté, Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée, a déposé un amendement « d’appel » (néologisme pour désigner un amendement qui n’a aucune chance de passer) sur l’abaissement des droits de succession, promesse de campagne d’Emmanuel Macron.

L’aile gauche de la majorité a pesté contre cette initiative qui tombe à un moment délicat où la « fin de l’abondance » et l’inflation font gronder la colère. Les huiles de la majorité ont donc annoncé collégialement qu’ils ne voteraient pas ce texte, d’ailleurs désapprouvé par le gouvernement.

Aurore Bergé soutient que son amendement a été rédigé en parfaite concertation avec Matignon. C’est peut-être vrai, mais on s’étonnera de cette pantalonnade, puisque les années à venir ne devraient guère être plus favorables à l’adoption de cette réforme.

Une fois de plus, nous sommes en plein dans la communication… déconnectée de la réalité vécue par les Français.

Sauvetage sur le ligne pour les super-profits

L’Elysée peut se consoler de cette situation dégradée au vu des résultats (prévisibles et sans surprise) de la « mission flash » réunissant deux parlementaires : l’un, David Amiel, de Renaissance, l’autre, Manuel Bompard, de la France Insoumise. Ce duo de choc est parvenu à ne pas se mettre d’accord sur la taxation des super-profits, supposée corriger les inégalités née de la crise énergétique savamment préparée sous le couvert fallacieux de la crise ukrainienne.

Voilà un souci de moins pour Macron, et un signe de l’impuissance partagée à l’Assemblée. Certes, Renaissance peine à faire adopter des réformes, mais la NUPES ne fait pas mieux.

Les boues de la réforme des retraites commencent

Aujourd’hui, Elisabeth Borne doit faire un premier débriefing collectif de ses discussions préparatoires à la réforme des retraites, dont nous parions qu’elle ne sera pas adoptée.

Dans la pratique, le schéma retenu, qui est celui d’une réforme présentée en décembre après des discussions de couloir, notamment avec les partenaires sociaux, parait bien mal embouché. La CFDT, qui est un partenaire-clé sur ce sujet, s’est engagé en refusant par avance la retraite à 65 ans.

L’extrême sensibilité de l’opinion, désormais, sur la question des efforts et des privations, comme l’a montrée la polémique sur l’affaire Linky, prouve qu’une annonce brutale sur un durcissement des conditions de départ à la retraite peut créer une émotion au-delà du raisonnable. Pour Emmanuel Macron, il s’agit d’un risque politique majeur.

Pourquoi s’est-il enferré dans un dossier qui, comme la baisse des droits de succession, ne lui rapportera que des ennuis ? La pression européenne paraît de plus en plus incertaine sur ce sujet, et l’on peut soupçonner que l’hybris présidentielle l’ait encore piégé.

Je recommande à chacun de s’installer bien confortablement dans son fauteuil pour assister à cette nouvelle bataille épique de Macron contre le bon sens. Elle pourrait nous réserver des spectacles grandioses et des moments de joie.


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