[PAYANT] Droites de Husson n°56 – Les cinq défis que Vladimir Poutine lance aux droites françaises

30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Les cinq défis poutiniens que les droites françaises ne veulent pas regarder en face. Pourtant il y va de leur succès et surtout de l'avenir de la France (1) la désaméricanisation de notre politique étrangère. (2) le dévoiement de l'Union Européenne. (3) la primauté de la question de la souveraineté. (4) l'assimilation nécessaire des musulmans. (5) le retour du choix entre pétainisme et gaullisme

Elles ne sont pas les seules concernées. Les droites de la plupart des pays occidentaux sont mal à l’aise sur la question de la guerre d’Ukraine. Je ne connais que la Pologneet les Pays Baltes, d’un côté, où l’on soit de manière univoque anti-russe quand on est à droite. Et la Hongrie, où Viktor Orban et son parti assume une position de neutralité dans le conflit. Partout ailleurs, les droites sont divisées. Le problème se pose particulièrement en France, parce que les droites sont loin du pouvoir depuis dix ans, n ‘ont pas gagné une élection présidentielle depuis quinze ans, et sont enfermées dans un débat stratégique et identitaire qui n’est jamais formulé jusqu’au bout. C’est pourquoi il m’a semble intéressant de relever les cinq non-dits – qui débouchent sur un silence gêné et mauvais pour le pays.  

L’américanisation de la droite LR 

Cela m’était raconté hier par un spécialiste des questions stratégiques, qui a une vision très équilibrée sur le conflit ukrainien, et qui sortait d’un séminaire avec des patrons français. Même s’il s’attendait à des objections sur le point de vue qu’il défend – la nécessité d’une grande prudence pour notre pays et celle d’une médiation européenne – il a été surpris par ce qu’il appelle “l’OTANisation des esprits”. 

Ne nous le cachons pas, dans la fusion RPR-UDF des années 2000, qui a débouché sur l’UMP puis sur Les Républicains, l’atlantisme l’a emporté sur le gaullisme. Nicolas Sarkozy y a certainement beaucoup contribué. Même s’il a eu les bons réflexes au moment du conflit de Géorgie, en forçant Madame Merkel à une position de médiation avec Poutine, le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN et l’activisme de l’ancien président français dans la Guerre de Libye ont été une catastrophe. Et puis on ne peut s’empêcher de rester songeur quand on voit la photo de Louis Sarkozy en uniforme d’une école militaire américaine (la Valley Forge Academy), en 2014. On imagine mal Philippe de Gaulle…..

L’épineuse question européenne 

Le basculement s’est produit lorsque Jacques Chirac, en 1992, a décidé de faire campagne pour le Traité de Maastricht. (Comme on sait, il avait hésité). Progressivement, il est apparu impossible d’accéder à l’Elysée si on était anti-Maastricht ou, plus simplement, anti-européen. C’est tellement vrai que Marine Le Pen, après sa défaite de 2017, s’est ralliée à l’euro. Et que cela participe de sa nouvelle respectabilité. 

Madame Le Pen n’est pas tombée, pour autant, dans le piège de la russophobie à outrance. Mais, quand on entend Jordan Bardella parler de l’Ukraine, on voit bien que les pressions sont fortes pour que le Rassemblement National se mette à hurler avec les loups. 

Et puis, ajouteront les LR avec bonne conscience: peut-on aller contre l’unanimité de l’Union Européenne? 

Pourtant,  nous sommes à la veille de questions très sérieuses. 

+ Le bellicisme de l’Union Européenne est catastrophique pour l’image de l’organisation dans ‘ensemble du monde. 

+ la cohésion de l’Union est profondément mise à mal par la russophobie jusqu’au-boutiste des Polonais, dont l’Allemagne sait qu’ils ont trempé dans le sabotage de Nordstream. 

+ L’effet boomerang des sanctions est tel qu’il n’est pas sûr que l’organisation – et en particulier la zone euro – puissent résister aux tensions à venir. 

Dans tous les cas, les droites françaises ne pourront pas continuer à faire comme s’il n’y avait pas une profonde crise de l’UE. 

 

Le débat entre souveraineté et identité 

La guerre d’Ukraine repose brutalement la question de la souveraineté. Si je résume: pour la droite LR, la question de la souveraineté française  ne se pose pas puisque cette dernière est exercée dans le cadre de l’Union Européenne et du commandement intégré de l’OTAN.  En face, une partie de la droite zemmourienne pense que la question de l’identité est infiniment plus grave que celle de la souveraineté. Elle conserve donc toute sa priorité, même depuis le début de la guerre avec la Russie. 

Comme s’il pouvait y avoir une identité française robuste sans souveraineté. Marine Le Pen semble avoir la position la plus équilibrée sur le sujet. Mais ce n’est jamais vraiment articulé. 

 

La question de l’Islam. 

C’est peut-être la question la plus dérangeante. La présence des Tchétchènes de Kadyrov aux avant-postes dans la bataille d’Ukraine a certainement contribué à ce qu’Eric Zemmour ait, durant la campagne présidentielle, fait l’éloge d’une nation ukrainienne se battant pour sa liberté. 

La question se complique quand on voit aujourd’hui que le président russe a fait des pays musulmans des alliés-clé. Il réussit à obtenir le soutien, à la fois, de la Turquie, de l’Arabie Saoudite et de l’Iran. 

Si nous réfléchissons comme le Cardinal de Richelieu vis-à-vis des Protestants, nous pouvons à la fois affirmer que les musulmans ne euvent pas jouer avec les lois de la République en France mais qu’il est possible d’avoir des pays musulmans pour alliés dans la recherche de l’équilibre des puissances. (de même que Richelieu soumit les protestants au siège’ de la Rochelle mais passa alliance avec la Suède de Gustave-Adolphe dans la Guerre de Trente Ans). 

En réalité, le malaise au sein d’une partie de la droite française va plus loin. Vladimir Poutine affirme que la Russie est fondée sur la coexistence des communautés religieuses, l’orthodoxie russe ayant la prépondérance. Ce faisant, le Président russe amène forcément la droite identitaire française à se poser la question: doit-on s’arcbouter sur la chimère d’une rémigration massive ou bien prendre les moyens d’une assimilation réussie de la plus grande partie des musulmans à la République? 

Evidemment la gêne d’Eric Zemmour, pendant la campagne électorale, sur la question du passe sanitaire et de la vaccination lui a fait manquer la réalité humaine de tant d’infirmières et de médecins dans les rangs d’une partie de l’immigration nord-agricaine en voie d’assimilation. Et de leur adhésion profonde à l’idéal français de liberté. 

Acte manqué? Fort mauvaise humeur face à Vladimir Poutine ?  

 

L’éternelle question: Pétain ou de Gaulle? 

Si l’on veut aller plus au fond des choses, le comportement de Vladimir Poutine, depuis qu’il a décidé d’intervenir dans la guerre du Donbass, met les droites françaises en face d’un défi à la fois stratégique et existentiel. C’est le retour de la question “Pétain ou de Gaulle”. 

Que voulons-nous pour notre pays? Lui laisser subir les événements dans une situation d’accommodement avec la puissance dominante et impériale – les Etats-Unis. En espérant que nous pourrons, à l’abri de cette capitulation, faire avancer nos programmes respectifs. Pour la droite LR, ce sera la poursuite illusoire de la modernisation de la France – avec juste un peu plus de sérieux et de rigueur morale qu’Emmanuel Macron; pour d’autres, ce sera la lutte pour l’identité française; pour d’autre enfin, ce sera la défense des classes populaires contre le bloc élitaire. Avec vraisemblablement, dans tous les cas, autant de chance de réussite que les gouvernements de Vichy ayant jugé plus approprié de ne plus chercher à se battre pour l’indépendance nationale pourvu que l’on pût faire avancer un agenda, technocratique, culturel et social. 

Ou bien voulons-nous saisir l’occasion unique qui se présente, de rendre à la France son rang: 

Aurons-nous le courage de sortir de l’OTAN? 

Aurons-nous l’énergie de dire à l’Union Européenne qu’elle doit complètement changer, sans quoi nous en sortirons? 

Aurons-nous la persévérance d’entreprendre les réformes pour dégraisser l’Etat obèse et ne lui laisser que ses fonctions régaliennes, afin de reconstruire notre souveraineté, au service de notre identité? 

Aurons-nous l’intelligence de voir qu’il n’y a pas d’autre réponse à la présence massive de musulmans sur notre territoire que de revenir au modèle abandonné d’assimilation républicaine? 

Aurons-nous l’ambition de refaire la puissance française au service d’un nouveau concert des nations. ?  

Evidemment, tout cela se prépare – d’autant plus que le système en place et son “fascisme gris” feront tout pour empêcher les artisans du renouveau d’aboutir. Et il n’y aura pas trop des quatre ans et demi qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle – si tant est que les échéances soient respectées. 

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12 commentaires
  1. On peut faire des comparaisons entre la France et la Russie en matière de politique étrangère et considérer ainsi dans les deux cas l’alliance avec des pays musulmans comme opportune. En revanche, sur le plan intérieur, le rapport à l’Islam n’est absolument pas comparable, tant la France et la Russie ont des stuctures différentes. La France est un Etat-nation, pas la Russie.

    1. Et puis notre guerre de Tchétchènie n’a pas encore éclaté.
      Je me demande si il ne reste pas dans les consciences russes un message implicite des guerres de Tchétchènie et du Daghestan, et qui serait une menace en suspens : si vous autres Musulmans (du Caucase, mais la menace devient diffuse pour le coup) vous dėconnez encore une fois comme ça, cette fois-ci nous vous ferons disparaître de l’Histoire, il n’y aura pas de troisième chance.
      Ce qui est clair en tout cas c’est que la loyauté de Kadyrov est aussi le résultat d’une mise au pas impitoyable par Moscou.

      1. N’importe quoi.
        Contrairement à la Fédération de Russie multiethnique, il n’y a pas de nation musulmane en France ni d’analogie pertinente.
        De plus et surtout, il n’a jamais été question en Russie de menacer les musulmans d’éradication. La guerre de Tchétchénie a été menée contre un mouvement indépendantiste terroriste, certainement pas contre les musulmans.

        1. Je n’ai pas parlé d’un projet documentė présent et visant les populations musulmanes de Russie. Je pense au souvenir d’événements traumatiques, qui restent dans les consciences et mettrait une pression sur les Musulmans qui l’ouvriraient trop contre
          les Slaves, la population majoritaire qui a fait ce pays, y compris par des guerres de conquéte et de soumission forcée au 19eme siècle.
          Il y a un exemple historique particulièrement féroce, et méconnu, qui a mon avis est resté dans les esprits : l’opération Tchetchevitsa (1944).
          N’idėalisons pas trop le caractère multi-ėthnique de la Fédération de Russie. Il n’y a pas si longtemps, une douzaine d’années, des ratonnades tuaient encore à Moscou (en 2009 plusieurs dizaines de personnes) et Saint Petersbourg. Et un meurtre comme celui de la petite Lola se terminerait en Russie plus probablement en corrida pour la coupable et ses proches qu’en rassemblement bougies & peluches.

  2. J’aimerais bien que la droite commence déjà par cesser de reprendre les mots-stigmates utilisés par la gauche pour mettre la droite sur la défensive : ça serait bien d’arrêter de nous cacher derrière le punching-ball Philippe Pétain et de se tirer dessus en employant le mot Pétainisme pour signifier esprit de soumission.
    Ce genre de réflexe sémantique montre qu’à peu près toute la droite demeure encore conditionnée à jouer en défense, alors qu’elle voudrait passer à l’attaque !
    Il serait temps qu’elle se désintoxique de la guerre psychologique où elle s’est faite écraser par BHL et consors. Il serait temps d’extirper les mines incapacitantes qu’ils ont planté dans les cerveaux.
    La défaite de 1940 fait encore mal mais je n’ai pas honte de Philippe Pétain et je n’ai pas honte de Rethondes, où Hitler s’est fait blouser. De Gaulle a joué sa partition, le beau rôle ; sans l’Armistice le héros du film France Libérée n’aurait pas eu son armée, c’est à dire l’armée d’Afrique remontée par Weygand. Sans Rethondes De Gaulle eût été le Général d’une armée mexicaine coincé à Londres.
    Zemmour a eu beaucoup de courage sur ce sujet, même si il n’a pas tout juste.

    1. Plus que d’esprit de soumission, Pétain est devenu davantage synonyme de collaboration avec l’occupant et sa politique d’extermination, et ce n’est pas être de gauche que de le souligner.

      1. Instruisez vous davantage sur la politique concernant la population juive pendant l’occupation allemande, et sur la composition de la haute administration du gouvernement de Vichy aussi. Cf l’historien franco-israélien Simon Epstein notamment.

    2. Je comprends votre argumentation. Mais je pense que vous sous-estimez totalement le caractère corrosif pour le moral du pays de l’armistice de 1940. Si la France n’agit pas, ne se bat pas, elle n’existe plus. De Gaulle a reconstruit la souveraineté et la légitimité de l’Etat dans des conditions inouïes. Il n’avait pas un Biden gâteux en face de lui mais Franklin Roosevelt, l’un des plus brillants présidents américains, un des plus pervers aussi. Et Churchill était un intermittent du soutien. De Gaulle a fait des prouesses. Mais dès la fin 1945, les partis ont repris leur petite cuisine. Et les pétainistes sont devenus pro-Américains, par habitude de se soumettre. Ensuite, la Providence a bien voulu que le Général pût à nouveau gouverner la France pendant dix ans. Mais à peine était-il parti que les petites affaires, les soumissions, les compromis reprenaient.

      1. Merci pour votre réponse.
        Je suis d’accord avec vous au sujet de Roosevelt (et Giscard aussi je suppose).

        Sur le retour de De Gaulle Il y aurait tant à dire. Les témoignages de Camus, de Debré, le départ précoce de ce dernier, la duperie des accords d’Évian… De Gaulle a tout lâché. Aurait-il voulu que, par le sang de tous ces Français trahis (ces “gens pas très intéressants”, les Pieds Noirs) ces tragédies créent une coupure sans retour
        ? et protégent ainsi a France du spectre de Colombey-les-deux-mosquées ? en plus de nous débarrasser sans délai du boulet financier colonial. Vraiment ? Mais alors quid de l’application des accords d’Évian ? Et le privilège migratoire laissé aux Algériens ? Dinguerie !

        Sur les années 39/45 je serais curieux de lire quelque part une recension des livres écrits ces dernières années par Jacques Boncompain (qui s’est plongé dans ce sujet suite à sa lecture en fonds d’archives des dossiers d’épuration des gens de lettres (c’est un grand spécialiste du droit d’auteur)). Je ne sais pas si ses livres sur Pétain et De Gaulle apportent ou non des éléments nouveaux (ou a minima une reprise et remise en perspective stimulantes de sources déjà connues mais désormais négligées, voire occultées désormais). En tout cas je trouve que le silence qui a entouré la publication de ces livres est anormal. Les faire publier a déjà été extrêmement difficile dit-il.
        Quoiqu’il en soit je ne trouverais pas sain pour le pays que De Gaulle devint un Totem politique et mémoriel (on est je crois fortement engagés sur cette pente) ni non plus que Pétain fut figé en son opposé, un Tabou politique et mémoriel.
        Et je crois par exemple qu’il faut interroger la responsabilité historique de De Gaulle dans la division présente du pays.

  3. Nico69 a raison de rappeler “la mise au pas impitoyable” de Moscou, laquelle s’inscrit dans le type d’équilibre propre au modèle politico-religieux séculaire de ce pays. Ce modèle admet plusieurs communautés religieuses, mais impose une centralité ferme du pouvoir russe et orthodoxe, réaffirmée aussi avec la reconstruction de la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou. C’est un système qui remonte au règne d’Ivan III. L’autocratie associée à l’Eglise orthodoxe s’y accompagne d’un principe de subsidiarité à la romaine. L’Etat russe est en fait historiquement un Etat moscovite, le pouvoir d’une cité qui domine les communautés du territoire russe sans les absorber dans une entité politique indivisible. Le centralisme russe procède ainsi d’une autre logique que le centralisme jacobin français. Il faut le rappeller, les relations de pouvoir en Russie doivent beaucoup à la géographie (immensité du territoire) et au fait que ce pays apparut d’abord dans l’histoire comme une “terre de cités” dépourvue de centre, une constellation de cités fortifiées indépendantes. Il y a un peuple russe, mais pas vraiment de nation russe. Si l’on peut dire qu’aujourd’hui, la “démocratie parlementaire” ne s’acclimate en Russie que d’une manière formelle, à la surface en quelque sorte, une autre forme de démocratie, imperceptible à nos yeux occidentaux, existe en profondeur et permet cette coexistence relative des communautés religieuses. Il me semble évident qu’une telle coexistence ne soit pas transposable en France, pays où l’essor de l’Etat-nation au XVIIe siècle est allé de pair avec la décision d’interdire les communautés protestantes (Révocation de l’édit de Nantes).

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