La stratégie Koutouzov: Sergueï Choïgou ordonne au Général Sourovikine de se retirer des territoires tenus sur la rive droite du Dniepr

Le Ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a ordonné au commandant en chef des troupes russe, le général Sourovikine de se retirer de Kherson et des territoires tenus au nord du Dniepr. Contrairement à ce qu'affirment de nombreux commentateurs, ce n'est pas le résultat d'une offensive ukrainienne victorieuse. C'est un retrait préparé depuis plusieurs semaines par le nouveau commandant en chef, qui sait que tout l'effort militaire OTANo-ukrainien porterait sur cette excroissance de la ligne de front, alors que le Dniepr représente une ligne naturelle de défense, d'où lancer de nouvelles offensives quand l'ennemi se sera épuisé. Il ne faut jamais oublier la constance de la stratégie russe à travers les générations: la doctrine Koutouzov. Il faut toujours se méfier quand l'armée russe se retire de manière ordonnée d'un territoire que l'adversaire pense trop vite "avoir conquis". Autant, le départ d'Izioum puis de Liman, il y a quelques semaines, semblait décidé sous la pression, autant on peut invoquer les constantes de la stratégie russe dans le cas de Kherson, puisque le général Sourovikine avait annoncé dès son arrivée qu'une "décision difficile" serait prise concernant Kherson. On l'a vu se déployer: l'évacuation des civils a précédé le retrait des troupes.

Nous reviendrons en détail, dans notre prochain bulletin, sur ce que les médias occidentaux appellent déjà la “défaite de Kherson”. La carte et les commentaires de Jacques Frère, sur son compte twitter, permettent de comprendre ce qui est en jeu. 

Les Russes sont en terrain plat et découvert, exposé à une offensive massive ukrainienne – si l’armée kiévienne en était encore capable. L’alternative pour eux est de faire sauter les ponts, voire le barrage hydroélectrique de Khakovka, comme nous en parlions hier. 

Plutôt que de s’épuiser à défendre ce terrain exposé, le commandement russe préfère se retirer de l’autre côté du Dniepr, selon une ligne de défense naturelle. 

En attendant, bien entendu, de pouvoir passer à l’offensive, puisque nous sommes en territoire russe, désormais! 

Il s’agit d’éviter de créer une cible pour l’armée ukrainienne, qui a tendance à rassembler toutes ses forces de ce côté, pour obtenir -éventuellement une victoire spectaculaire. (On remarquera que la victoire en question attendue avant les mid-terms, n’est pas venue car les Russes ont repoussé toutes les tentatives d’offensives). Cet autre tweet de Jacques Frère fait bien comprendre les difficultés ukrainiennes:  

La stratégie Koutouzov

A quoi bon, du point de vue russe, dépenser des forces disproportionnées à défendre un territoire exposé quand on peut, à la Koutouzov, abandonnant temporairement Moscou à Napoléon, battre en retraite pour mieux revenir ensuite. 

Cela fait plusieurs semaines que les Russes ont organisés l’évacuation des habitants de Kherson (80 000 personnes ont quitté leurs habitations). De la sorte il ne se reproduira pas ce qui s’est passé dans la région de Kiev ou dans la région de Kharkov: les exactions de l’armée ukrainienne contre les “Ukrainiens collaborateurs”. En même temps, à quoi servira, pour les Ukrainiens, une région privée de ses habitants? Sinon à s’exposer bien visiblement aux frappes russes. Ajoutons que les Russes, qui pensent à l’après, préfèrent ne pas avoir à détruire le territoire – par une inondation massive par exemple. 

En fait, la stratégie russe est constante, depuis deux siècles. Mais j’observe que non seulement les experts occidentaux mais aussi de nombreux experts russes ou russophones, parlent de défaite terrible, d’humiliation pour la Russie etc….

Rappelons-nous que tout abandon apparent “de Moscou” à l’adversaire est gros d’un incendie dévastateur pour ce dernier. Et attendons de voir la suite des événements. 

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44 commentaires
  1. Bien sûr retraite préparée…
    Comme à Kiev, Kharkiv, Izium, Lyman….
    Quand ils verront le panneau Moscou faudrait-il parler de retrait ?

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  2. L’armée russe crée une nouvelle fois la surprise en reculant de manière concertée et en bon ordre. Difficile de l’accuser de destructions et de massacres. Félicitations à l’état major. 👏👏👏

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        1. Oui, sans doute. On le chasse par la porte et il revient par la fenêtre. Il disparaîtra définitivement quand il ne restera plus rien de l’armée ukrainienne et de ses sponsors en Ukraine. Ce sera mille fois plus efficace que n’importe quel bannissement.

          1. Je ne comprends pas ce que vous dites.
            Je me pose juste la question de pourquoi féliciter l’Etat major pour avoir fait la surprise d’une retraite ?

      1. Ceux qui sont au courant (1-stratégie militaire : un repli n’est ni une retraite ni une défaite, 2-réalité du terrain : la rive occidentale du Dniepr est une steppe, 3- saison : début de l’hiver, 4-situation : barrage en amont pouvant être détruit inondant la steppe et provoquant des pertes civiles & militaires incommensurables, 5-logistique : l’approvisionnement en matériel militaire et en vivre est problématique depuis la destruction des ponts enjambant les deux rives) et sont sensés (un général doit préserver ses soldats, c’est un devoir – cf Sun Tzu- et l’une des conditions du moral de ses soldats, de son autorité et de sa victoire) comprennent ce que signifie le repli de la Russie sur la rive orientale de l’oblast de Kherson ; ceux qui ne le savent pas ne le comprendront que dans les semaines et les mois à venir. La guerre est implacable : toute action imprudente, irréfléchie, obscursit par l’idéologie, la propagande ou un hubris démesuré conduit au désastre.

  3. C’est une défaite cuisante. Les ukrainiens sont partout à l’offensive. Les russes ne font qu’accumulés des défaites que les pro russes qualifient de retrait tactique.
    Avons nous assisté à une attaque russe depuis des mois ? La réponse est non.
    Soit ils capitulent soit il utilise le nucléaire tactique, le reste n’est que du blabla.

    1. Vous racontez des sornettes… visiblement, vous ne comprenez rien à la stratégie ni à ce qui se passe là-bas… Les russes n’ont subi aucune défaite cuisante même s’ils ont ici ou là cédé du terrain! Ce sont les ukro-nazi qui ont perdu des dizaines de milliers de soldats qui ont subi une défaite malgré les apparences!

  4. Quoiqu’en pensent certains, on est plus proche de Kiev que de Moscou. Les russes sont beaucoup plus économent en vie que les ukrainiens qui ont toujours été de piètres soldats. Relisez leurs exploits en tant que supplétifs du Reich. La pomme ne tombe pas loin du pommier.

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  5. depuis le début, la façon de faire des russes déroute les occidentaux.

    En générale, ne pas chercher à défendre coûte que coûte une position intenable est plutôt une marque de sagesse.

    1. Une ville surtout une grande est plus facile à défendre normalement.
      Alors c’est très suprêmement pour les russes d’abandonné Kherson alors que les ukrainiens sont juste dans les environs de la ville.
      La logique serait de se replier dans la ville.

      Après ça peut être une ruse de faire croire à une évacuation mais les ukrainiens s’y attendent ils sont prudents à ce niveau là.

      1. Quand vous écrivez ukrainiens, vous voulez dire les polonais, les roumains, les géorgiens, les anglais, des américains ? Parce que de l’armée ukrainienne il ne reste plus grand chose, forcément de victoire en victoire, les morts et les estropiés définitifs s’accumulent, sans parler des 200.000 ukrainiens victorieux mais dont les familles ne trouvent pas trace des cadavres. Ça fait beaucoup de gagnants, trop peut-être.
        Peut-être notre macron a l’intention de lancer une grande mobilisation pour remplacer ces troupes victorieuses ?

      2. S’enfermer dans une ville conquise érigée en symbole, sans tenir compte des capacités à y approvisionner depuis l’arrière ceux qui la tiennent, cela porte un nom: Stalingrad. Les Russes seraient bien stupides de tomber dans le même piège qu’ils ont refermé sur la VIe Armée allemande.

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    2. Absolument! Il faut mettre cela en parallèle avec ce qu’ils ont fait en Syrie… et ne pas oublier qu’ils ont su tirer des leçons de la seconde guerre mondiale où ils ont perdu des millions de soldats…

  6. Sauf que Koutouzof faisait face à Napoléon, qui avait conquis toute l’Europe. Ici, l’armée russe recule devant des mercenaires et des brigands.

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    1. Comparaison n’est pas raison. Le nombre de soldats russes de l’opération spéciale n’était que de 150 000. En ce moment ils sont peut-être 250 000, c’est toujours bien inférieur à l’effectif de l’armée ukrainienne (autour de 400 000 hommes).

  7. Ce retrait peut paraître frustrant selon la position idéologique dans laquelle on se trouve, cependant on peut y voir quelques avantages :
    – Les Russes se replient derrière la barrière naturelle de la rivière du Dnepr, plutôt que de rester dans un endroit difficile à défendre.
    – Les Ukrainiens bombardent depuis plusieurs semaines le barrage de Kakhovskaya, ce qui pouvait avoir des conséquences désastreuses pour les troupes russes et les civils de la région de Kherson, cette menace est maintenant écartée, et 115 000 civils ont pu être mis à l’abri.
    – durant leur retrait et la période qui l’a précédé les Russes ont infligé des pertes importantes à l’armée ukrainienne : plus de 9000 morts et blessés, 200 chars et 600 blindés détruits, ainsi qu’une cinquantaine de pièces d’artillerie.
    Attendons la suite plutôt que de de voir les choses de manière enfantine comme les médias de grand chemin ou certains propagandistes occidentaux qui surréagissent dans des réflexes pavloviens et simplistes.

  8. Je signale que Kadyrov d’une part, et Prighozin (le chef de Wagner) d’autre part, qui avaient tous les deux vertement critiqué l’abandon de Krasni Liman, ont tous les deux approuvé la décision de retrait de Kherson.
    La différence tient essentiellement au fait que Kherson est beaucoup plus difficile à ravitailler que Krasni Liman, Izium, etc… En effet le ravitaillement doit traverser le Dniepr, sur lequel il n’y a plus de ponts, et le réseau routier est très exposé. Les troupes de Kherson couraient un très gros risque d’être à court de munitions, et de toutes façons il fallait s’attendre à beaucoup de pertes dans la logistique.
    Le renforcement de Kherson aurait aussi été très coûteux, du fait de la traversée du Dniepr…

    Maintenant en remontant au plan stratégique, il est évident qu’avec la mobilisation Poutine s’est donné les moyens de gagner. La montée en puissance de l’armée russe va se faire progressivement, et la victoire ne peut lui échapper.

    1. Poutine n’aurait pas dû engager cette guerre sans avoir les moyens de la gagner. En général, on mobilise avant la guerre, et non pas pendant, après s’être aperçu que les effectifs engagés sont insuffisants. Tout cela respire l’incompétence. Kherson est difficile à défendre ? Mais alors, pourquoi y être allé ? Comment ce fait-il que les habitants de Donetsk soient encore aujourd’hui sous le feu direct de l’ennemi ?

      1. Mais qui vous dit qu’il ne les a pas? Au vu de ce qui a déjà été fait, il les a sans aucun doute! Mais il a fait des calculs sur le moyen et le long terme parce qu’il savait que les ricains allaient intervenir… c’est pour ça qu’ils n’ont pas envoyé leurs matériels les plus performants dès le départ ni en première ligne… ils s’économisent et surtout attendent les réactions de l’ennemi…

    2. Tiens donc? Les voies d’approvisionnement russes sont perturbées et donc ils reculent?
      Pendant ce temps, les troupes ukrainiennes soit disant en manque d’hommes, de materiel, de moral continuent, eux de recevoir par routes et train du materiel d pologne sans aucun bombardement des voies de passage par les russes.
      Depuis 6 mois, les russes font erreur sur erreur, reculent sans cesse, buttent sur 3 maisons dans le donbass ne contournent pas ces obstacles. Et le fait qu’on xommence a securiser marioupol montre que la débandade n’en est qu’au debut.
      Il y’a a peine quelques semaines, on nous parlait d’une offensive a venir sur Odessa et que la russie avait le temps, que l’hiver arrivait. Resultat: les troupes reculent et abandonnent (selon les dernières infos) le materiel sur place.

  9. Septembre 1939/Mai 1940 – Février 2022/Novembre 2022: de « la drôle de guerre » à une « drôle » de guerre (qui peine a dire son nom) ?

    Dans le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (publié en 1852), Marx reprend Hegel en soulignant que si ce dernier avait écrit que « “tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […]”, il avait omis de préciser que la première fois est toujours une tragédie, et la seconde fois, une farce. »

    Je propose d’inverser, dans la situation présente, les termes de la formulation de Marx: « la première fois est toujours une farce, et la seconde fois, une tragédie. »

    Depuis le 22 février 2014 (coup d’Etat des Etats Unis à Kiev) les Etats Unis ont toujours conservé l’initiative, en imposant à la Russie UNE SEULE ALTERNATIVE: choisir ENTRE LE PIRE (ne pas intervenir et abandonner le peuple russe du Donbass à la barbarie nazie du régime de Kiev et laisser l’Ukraine devenir une puissance nucléaire absorbée par l’OTAN, aux portes de la Russie) ET LE PIRE (intervenir et entrer dans une aventure incertaine dont la Russie ne serait probablement pas le héros).

    Pendant huit ans, la Russie a, désespérément tergiversé et différé le moment fatal du choix (en entretenant, sans y croire, la sinistre illusion de Minsk 1 et Minsk 2, et en s’assurent le contrôle (facile) de l’enjeu stratégique de la Crimée).

    Le 24 février 2022, confrontée à une offensive otanonaziekievienne (sic) massive et meurtrière imminente, dont l’objectif était d’imposer la solution finale au peuple russe du Donbass, la Russie ne pouvait nécessairement choisir qu’entre le pire et le pire.

    La Russie a donc, en toute logique, et en freinant des deux pieds, choisi le pire…

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  10. A lire tous ces commentaires remplis de certitudes pour certains, nous verrons bien qui a raison à la fin
    Moi je ne sais pas
    En tous les cas certains seront ici contraints de se taire à jamais car a priori tout le monde ne pourra pas avoir raison
    Affirmer des choses ainsi c’est tout de même assez gonflé, vous devriez proposer vos services d’ânes à listes aux services secrets français ou de l’OTAN

  11. Koutouzov a laissé prendre Moscou et a perdu 85% de son armée (voir mon texte sur Ségur).
    Les antisystèmes se montent le bourrichon et ils se gourent, c’est tout : sur la victoire russe comme sur la résistance français ou la victoire républicaine. Le salut sera individuel et pas collectif. La masse est nécrosée et le système très fort.
    https://nicolasbonnal.wordpress.com/2022/11/10/retraite-russe-continue-les-commentateurs-prorusses-se-ridiculisent-et-perdent-des-lecteurs-le-colonel-goya-le-soi-disant-gamelin-a-triple-son-nombre-de-commentaires-plus-de-deux-mille-par/

    1. En effet la guerre de Napoleon contre la Russie c’est la France qui l’a gagnée militairement.
      On a de lourdes pertes et l’Autriche en profite immédiatement pour nous envahir d’où le retour urgent de Napoleon en France et qui fait qu’on n’a pas profité de la victoire.
      Mais on avait pris Moscou et l’armée russe était anéanti.

  12. Je m’étonne du titre de cet article car sur nombre de sites alternatifs il est prétendu que c’est Sourovikine qui serait â l’origine de la décision de se retirer de Kherson , décision acceptée par Choïgou et qui vaudrait à Sourovikine beaucoup d’éloges notamment de la part de Kadyrov et de Prigozhin

    1. En fait dans un sens ou dans l’autre je ne crois pas qu’une telle décision peut être prise sans l’accord de Poutine.
      En fait je note que les américains lancent des messages depuis quelques jours aux ukrainiens pour qu’ils négocient avec les russes.
      Je ne crois pas que ce revirement américain soit du hasard.
      Moi ce que je pense c’est que les russes ont négociés directement avec les américains.
      Et les américains ont répondu faites un geste et libérez Kherson et en retour on demande aux ukrainiens de négocier.

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  13. Hmm, attention avec Koutousov et les comparaisons douteuses: il était le chef d’une armée organisée, déterminée, qui défendait le sol de la patrie face à l’envahisseur… précisément l’inverse de l’armée russe de 2022 en Ukraine, où c’est elle l’envahisseur et où c’est l’armée ukrainienne qui défend son propre sol.

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