Le sommet du G20 en Indonésie a tracé les contours d’un nouvel ordre mondial, par Anna Sedova

Le 16 novembre, les pays du G20, après de longues discussions, se sont mis d'accord sur le texte de la déclaration finale du sommet tenu à Bali. Une déclaration qui convenait à tous les participants. Bien que la majorité des pays participants « aient fermement condamné » les actions militaires en Ukraine, notant que les hostilités « causent de grandes souffrances humaines » et ont également un impact négatif sur l'économie mondiale, le document indique qu'il existe une autre opinion concernant la « situation et sanctions ». De manière générale, le G20 a souligné que la réunion de Bali n'est pas une plate-forme « pour résoudre les problèmes de sécurité ». Mais ces problèmes sont lourds de conséquences.

Cet article initialement publié en russe sur svpressa.ru (par Anna Sedova) n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

Les pays du G20 ont soutenu l’extension de l’accord sur les céréales, se sont opposés aux restrictions qui entravent l’exportation d’engrais et de nourriture, ont appelé à l’aide aux pays les plus touchés par la crise alimentaire et ont souligné la nécessité de soustraire les activités humanitaires aux sanctions. Le G20 a également déclaré le caractère inadmissible de l’utilisation des armes nucléaires, soulignant que « l’ère actuelle ne devrait pas être une ère de guerre ». Les États ont appelé au règlement pacifique de tous les conflits. Enfin, les participants se sont dit préoccupés par le manque d’énergies sur le marché ainsi que la volatilité de leurs prix. Ils ont également réaffirmé l’intention d’atteindre la neutralité carbone d’ici le milieu du siècle et ont promis d’accélérer la transition vers des sources d’énergie alternatives.

La position du G7 a cessé d’être dominante au sein du G20

Il faut noter que le sommet et la déclaration finale ne se sont pas transformés en un événement totalement « anti russe », ainsi que le souhaitaient les pays occidentaux. L’attaché de presse du président de la Fédération de Russie, Dmitri Peskov, a jugé que la déclaration pouvait être considérée comme équilibrée, y compris dans la partie qui concerne la question ukrainienne pour laquelle les experts et représentants russes ont mené beaucoup d’efforts. 

La sherpa de la délégation russe, Svetlana Lukash, a même noté que le document démontrait clairement que la position du G7 avait cessé d’être dominante au sein du G20. Selon elle, les pays occidentaux ont fait preuve d’hypocrisie lors du sommet, mais le G20 a réussi à équilibrer complètement le texte dans l’intérêt des économies en développement. Selon elle, la Russie, avec ses partenaires des BRICS et d’autres « pays amis », a réussi à « équilibrer la balance sur tous les sujets, que ce soit la sécurité alimentaire, le climat, ou les questions de transformation numérique ou d’énergie ». Elle a observé que « petit à petit, lentement, le rapport de force est en train de changer. Peut-être serait-il possible d’une manière ou d’une autre de mener plus rapidement cette affaire. Mais au moins, ce qui s’est produit est déjà bien ».

Le politologue Yuri Svetov estime que le processus de réduction du rôle du G7 dans le monde a vraiment commencé. Cependant, les véritables pays en développement ne pourront résister aux « Sept » que lorsqu’ils parviendront à l’égalité dans l’économie. 

Le sommet en Indonésie a montré une tendance qui se développe progressivement sur la scène internationale

On observe ce mouvement sur les derniers mois. Après le vote des 150 États condamnant la Russie lors de l’Assemblée générale des Nations unies, la dernière résolution, qui appelle à s’approprier les actifs financiers russes et à les utiliser pour d’autres pays, n’a pas rencontré la même adhésion : 94 pays étaient pour, 14 étaient contre et 73 se sont abstenus. Toutefois, ce n’est pas un total de 181 États qu’il faut prendre en compte dans ce vote, mais plus de 200 membres de l’ONU. Car certains pays ne sont tout simplement pas venus voter.

Ensuite, il y a eu une réunion au Cambodge, à laquelle ont participé non seulement des pays asiatiques, mais aussi les États-Unis et leurs alliés. Or, il n’a pas été possible, lors de cette rencontre, d’adopter une résolution condamnant la Russie. Comme on peut le voir, il y a donc un réel changement.

Pourquoi le sommet de Bali est-il si important ? 

Le G20 regroupe les vingt premières économies mondiales en termes d’indicateurs. Il est clairement divisé en deux parties. D’une part, il y a dix pays, constitués par les « Sept », plus la Corée du Sud, l’Australie et l’Union européenne, en tant qu’association. D’autre part, l’on en trouve dix autres regroupant les États « BRICS » (Russie, Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud) et cinq autres pays : Mexique, Argentine, Indonésie en tant qu’hôte, Turquie et Arabie saoudite. 

La principale pression de l’Occident s’est exercée sur ces pays, qui n’ont pas adhéré aux sanctions contre la Russie. Il y avait ainsi une forte pression des « Tens » sur ce « Five ». Mais il n’a pas été possible de les faire bouger. En conséquence, et pour la première fois, la résolution comporte l’expression de ceux qui condamnent la Russie, et de ceux qui ont un point de vue différent. C’est une étape très importante.

A cet égard, le vote de l’ONU sur le projet d’appropriation des actifs russes a certainement joué un rôle énorme. Certains pays ont considéré que leur argent se trouvait aussi en Occident, et qu’ils pouvaient donc être spoliés de la même manière. Les Américains ont montré que, lorsqu’on leur donne de l’argent, on devient vulnérable. Vous aidez l’économie américaine avec votre argent, mais votre argent fait de vous un otage. Il peut être bloqué à tout moment. Les politiciens américains et européens ne parviennent pas à comprendre quelles sont les conséquences de cette décision. Car ils sont si arrogants à l’égard du monde qui les entoure qu’ils supposent que tout le monde est heureux de leur donner leur argent. Sur ce point précis, le sommet du G20 a été très révélateur. Aucun résultat particulier n’y a été obtenu et la résolution adoptée n’aura probablement pas d’impact sérieux sur quoi que ce soit. Mais le fait que les Américains n’aient pas réussi à tordre les bras de tous les pays et à les forcer à voter comme ils l’entendent est très important. 

C’est d’ailleurs l’avis du politologue Yuri Svetov interrogé par Svpressa.

« SP » (svpressa.ru) : Ce processus de changement va -il encore se développer ?

Bien sûr. Prenez l’expansion des BRICS ainsi que la volonté de l’Arabie Saoudite d’y adhérer. Je note qu’au G20, il n’y a pas de pays tel que l’Iran qui, malgré toutes les sanctions, s’est développé économiquement assez efficacement ces dernières années. Il n’y a pas le Vietnam, mais c’est un pays qui a été « détruit par les Américains jusqu’au sol ». Les Américains ont dit qu’ils le « bombarderaient » pour le ramener à l’âge de pierre. Mais le Vietnam s’est relevé et devient un État très fort. Il n’y a pas d’États Africains. Ils ne sympathisent peut-être pas avec la Russie, ils n’aiment peut-être pas notre « opération spéciale » en Ukraine, mais ils constatent que la Russie se bat contre ceux qui leur tordent les bras et leur dictent leurs conditions. Ils ne sympathisent peut-être pas avec la Russie, mais à cet égard, ils nous soutiennent. Lors de la réunion de coopération en Asie de l’Est au Cambodge, Joe Biden a été symboliquement conduit à sa résidence le long de l’avenue principale de Phnom Penh qui s’appelle « Russia Avenue ». Ce n’est pas un hasard… C’est un signe de gratitude pour remercier la Russie d’avoir soutenu le Cambodge durant de longues années, y compris lorsque les États-Unis sont intervenus dans des opérations militaire et ont déversé sur le pays « l’agent orange » …

« SP » : A quel moment le reste des pays du G20 pourra-t-il résister totalement aux « Sept » ?

Le contrepoids se produira lorsque ces pays seront économiquement égaux au G7. La Chine vise à devenir la première économie mondiale d’ici 2030. Mais nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur la Chine. Le leader du développement économique dans le monde est l’Inde, un pays, soit dit en passant, qui a un grand besoin d’approvisionnements énergétiques stables, et la Russie l’y aide. Ensuite une plus grande influence des BRICS viendra lorsque la Russie deviendra économiquement plus forte. Les Américains introduisent à partir du 5 décembre un prix plafond pour notre pétrole. Mais sur quoi comptent-ils ? Sur le fait qu’ils ont entre leurs mains la couverture assurantielle de l’expédition, la logistique et bien d’autres choses. Dès que les BRICS créeront progressivement leurs propres compagnies d’assurance et chaînes d’approvisionnement, l’Occident n’aura plus aucune influence sur nous. Malgré tout, Vladimir Poutine leur a dit : « Introduisez des limites de prix, et vous vous retrouverez sans pétrole ; si vous ne voulez pas payer en roubles, vous n’aurez pas de gaz russe ». Cependant, cela nous pose des problèmes. Car en ne fournissant pas de gaz et de pétrole à ces pays, nous n’en tirerons pas d’argent. Cela signifie qu’il est nécessaire de créer des structures qui nous permettront d’ignorer leurs sanctions, notamment d’assurer, d’affréter des pétroliers d’autres compagnies. Cela va se faire progressivement. Par exemple, Rosneft construit ses propres pétroliers depuis 2017. Lorsque l’Occident veut bloquer notre transport par mer vers d’autres pays, nous avons déjà une réponse avec nos propres pétroliers. Certes, il n’y en a pas beaucoup, mais il y en aura d’autres. A l’heure actuelle, tous ces processus sont déterminés par ce qui se passe en Ukraine. Mais lorsque nos forces armées gagneront, les jeux seront complètement différents.

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4 commentaires
  1. Facile à dire : c’est surtout le prison numérique GLOBALE pour les peuples qui a été promise aux peuples. Le reste de la géostratégie est un jeu pour amateurs. Pas de Russie au G20…

    https://nicolasbonnal.wordpress.com/2022/11/18/le-g20-satanique-va-donc-imposer-les-passeports-vaccinaux-pour-tous-les-futurs-voyages-internationaux-zerohedge-com-le-ministre-indonesien-de-la-sante-budi-gunadi-sadikin-a-appele-a-la-creat/

    1. En effet…
      Voir le point 23 du communiqué final du G20 : « nous reconnaissons l’importance des normes techniques et des méthodes de vérification partagées dans le cadre du RSI (*). Pour faciliter des voyages internationaux fluides, l’interopérabilité et la reconnaissance des solutions numériques et des solutions non numériques, y compris la preuve des vaccinations, nous soutenons la poursuite du dialogue international et la collaboration sur la mise en place de réseaux mondiaux de confiance en matière de santé numérique, dans le cadre des efforts visant à renforcer la prévention et la réponse aux futures pandémies, qui devraient s’appuyer sur le succès des normes existantes et des certificats numériques Covid-19. »
      Il s’agit donc de la généralisation mondiale et permanente des certificats Covid, décidée par un petit nombre de pays sous l’autorité – qu’ils reconnaissent, bien qu’elle soit non légitime – des organisations mondialistes.
      Faute de mieux pour le moment, seuls les voyages internationaux seront concernés. Mais avec, en parallèle la création de passes carbone, on devine la suite. C’est, ni plus ni moins, un projet de mise sous contrôle numérique de toute la population mondiale, sous prétexte de sécurité sanitaire.
      (*) Le Règlement Sanitaire International de l’OMS est ce qui a permis d’aligner la plupart des pays du monde sur une stratégie prétendant lutter contre une pseudo pandémie, mais visant en réalité à créer les bases d’un gouvernement mondial dont les Etats ne seraient que les courroies de transmission. Ce RSI, doit évoluer prochainement vers davantage de coercition, bien que de nombreux pays non appartenant au G20 s’y soient déjà opposés.

      1. Complément indispensable de l’article 23, l’article 24 prétend “lutter contre la désinformation”.
        Il commence ainsi : « La pandémie de COVID-19 a accéléré la transformation de l’écosystème numérique et de l’économie numérique. » (opportunité?…)
        Et débouche ensuite sur la déclaration suivante, plus loin dans l’article : « Nous reconnaissons l’importance de contrer les campagnes de désinformation, les cybermenaces, les abus en ligne et de garantir la sécurité des infrastructures de connectivité. »
        Reste à savoir qui se sent menacé…
        En tout cas, les propos du premier ministre néo-zélandais, Jacinda Ardern, illustrent la mise en place d’un véritable ministère de la Vérité au niveau mondial: « Si vous ne l’entendez pas de notre bouche, ce n’est pas la vérité. Oubliez tout le reste. Nous continuerons à être votre unique source de vérité. »
        Orwell a livré la méthode: « Si tous les autres acceptent le mensonge que le Parti impose, si tous les documents racontent la même histoire, alors le mensonge devient vérité. » (1984)

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