L’enquête contre le fils de Biden pourrait être fatale à Zelensky, par Polina Konoplyanko

Dans les jeux politiques américains, la « trace ukrainienne » compte aussi. Après avoir remporté la majorité à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat, les républicains ont annoncé leur intention d'enquêter sur les relations commerciales de Joe Biden et de son fils Hunter. En particulier, les liens de Biden avec la Chine et l'Ukraine seront examinés de près. La Maison Blanche a déjà déclaré que les enquêtes étaient essentiellement motivées par des buts politiques et que cela constituait une perte de temps. Mais il est peu probable que les conservateurs reculent. Et tout peut mal finir, pas seulement pour l'actuel président américain.

Cet article initialement publié en russe sur MK-ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

Selon le New York Post, deux républicains de haut rang à la Chambre des représentants ont déclaré qu’ils examineraient si « le président Biden représente une menace pour la sécurité et est compromis par des gouvernements étrangers » dans le cadre des accords commerciaux « louches » de son fils Hunter Biden à l’étranger. Les nouveaux présidents des comités judiciaires et de surveillance de la Chambre, les législateurs James Comer (R-Kentucky) et Jim Jordan (R-Ohio), ont déposé des accusations, annonçant que leur première affaire serait d’enquêter sur la famille Biden. « Je veux être clair. Il s’agit d’une enquête sur Joe Biden. C’est ce sur quoi le comité se concentrera lors du prochain Congrès », a déclaré Comer.

Ces menaces ne sont pas sorties de nulle part

Les initiateurs de la procédure ont noté que leur équipe s’était entretenue avec certains informateurs qui ont affirmé avoir été impliqués dans des stratagèmes impliquant la famille Biden. « L’attribut symbolique » de toutes les enquêtes sur la famille présidentielle a également été vérifié : il s’agit de l’ordinateur portable de Hunter, dans lequel « des transactions auparavant inconnues » ont été trouvées, écrit CNN.

Mais les démocrates ne sont pas d’accord avec de telles affirmations. La Maison Blanche appelle « théories du complot longtemps démystifiées » toutes les questions liées au fils pour le moins trouble de Joe Biden. De plus, si nous analysons les informations qui apparaissent dans les publications américaines, ces théories du complot auraient été créées par la Russie. 

Les motifs de telles considérations sont traditionnellement difficiles à comprendre. Mais Hunter s’est avéré en être la principale source. Répondant à des questions sur les découvertes curieuses dans son ordinateur portable, le fils du président a déclaré : « Cela pourrait être l’ordinateur portable qui m’a été volé. Peut-être que j’ai été piraté. Il est tout à fait possible qu’il s’agisse des renseignements russes ».

Quelles sont les réelles intentions des républicains ? 

L’explosion d’une nouvelle série d’enquêtes sur la fraude financière de la famille Biden est compréhensible, mais très suspecte en ce moment. Il y a déjà beaucoup d’interrogations quant à l’honnêteté des bonnes intentions des républicains (dire la vérité aux gens ?). 

Premièrement, les conservateurs ont profité de la bonne fortune électorale qu’ils venaient de recevoir. Dans le contexte des positions plutôt faibles du « bon vieux parti » lors des élections de mi-mandat, ils ont réussi à prendre le contrôle de la chambre basse du Congrès, bien qu’avec une majorité insignifiante. 

Deuxièmement, le terrain a déjà été préparé à l’avance par les précédents scandales autour de Hunter Biden. L’histoire est connue : le fils d’un politicien de haut rang (alors sur le point de devenir président des États-Unis) a emmené son ordinateur pour être réparé et l’a oublié là-bas, ce qui a fourni une occasion unique de profiter du contenu du disque dur et de tout montrer au grand public. 

Tout le monde conviendra que cette histoire n’a pas été oubliée. Cela a même laissé une empreinte sur la famille, et c’est devenu un prétexte pour faire chanter Joe Biden lui-même.  D’ailleurs, les preuves compromettantes ont été publiées exactement un mois avant l’élection présidentielle de 2020, dans le journal conservateur New York Post.

Mais ce n’est pas la seule affaire médiatisée… 

Dans le tabloïd britannique Daily Mail, un article est paru avec un certain informateur Tony Bobulinski, que le journal a présenté comme un ancien partenaire commercial de Hunter. Cet individu a déclaré sa volonté de témoigner avec des milliers de nouveaux enregistrements d’appels, SMS, photographies, e-mails et documents dans l’enquête du Congrès. Il est à noter que de telles révélations sont apparues bien avant la victoire des républicains à la Chambre des représentants et même un peu avant le début des élections de mi-mandat.

Bobulinski a noté que tous les documents mettront en évidence les liens de la famille Biden avec le gouvernement chinois. Parmi les nouveaux éléments reçus par le Daily Mail figure une discussion de groupe entre Bobulinski, le directeur général de la société privée chinoise CEFC, et le traducteur Henry Zhao sur l’application de messagerie chinoise WeChat. Le directeur aurait été une figure clé de l’accord CEFC de Biden et il entretient de nombreux liens avec le Parti communiste chinois, ce qui lui a permis de rendre compte de l’accord Biden à Xi Jinping lui-même.

Toujours sur des liens avec d’autres États, il faut aussi rappeler l’affaire très médiatisée avec la compagnie gazière privée ukrainienne, Burisma Holdings. La crise de Maïdan en 2014 avait frappé presque immédiatement le cœur des États-Unis. L’Amérique avait commencé à dire qu’elle était prête à aider l’Ukraine. Vers la même période, Hunter Biden faisait partie de Burisma : il dirigeait la division juridique de la holding et percevait une rémunération mensuelle de 50.000 $ ! À l’époque, le procureur général ukrainien, Viktor Shokin, avait soupçonné la direction de l’entreprise pour des activités de corruption. Comment Hunter avait-il pu gagner des millions de dollars tout en n’étant jamais venu à Kyiv pour des affaires ? Mais en ouvrant l’enquête, Shokin a perdu son poste. Joe Biden lui-même a parlé de cette situation de la manière suivante : « J’ai dit à Porochenko : vous ne recevez pas un milliard de dollars, et je pars dans six heures. Si votre procureur général Shokin n’est pas renvoyé d’ici là, vous ne recevrez pas d’argent. Et ce fils de pute s’est fait virer »… Mais il n’était pas possible de brouiller toutes les pistes. Ainsi, lorsque Volodymyr Zelensky est arrivé au pouvoir en Ukraine, les médias du monde entier ont reproduit les conversations du jeune président avec le républicain, déjà âgé, Donald Trump. Ce dernier avait forcé Zelensky à susprendre l’enquête contre Biden Jr. Cette initiative, bien sûr, est devenue un motif de destitution. Mais encore aujourd’hui, les républicains peuvent s’en souvenir. 

Ajoutez à cette série d’histoires celle des substances interdites, auxquelles Hunter est tellement accro. Selon certains rapports, des centaines de violations documentées des lois américaines par Biden Jr. ont été découvertes, notamment des crimes financiers, des scandales sexuels et des problèmes de drogue.

Les enquêtes du Congrès en vue d’une destitution du président américain

Tout cela, bien évidemment, constitue autant de raisons pour justifier les enquêtes du Congrès qui sera sous le contrôle du Parti républicain à partir de janvier. Mais la question est de savoir comment tout ce carrousel d’activités illégales affectera Joe Biden, et pourquoi est-ce maintenant que les républicains sont devenus si offensifs sur l’affaire ?

Pour Vladimir Vasilyev, docteur en économie, chercheur en chef à l’Institut d’études américaines et canadiennes de l’Académie russe des sciences, il s’agit du lancement d’un processus de destitution du président pour, par exemple, corruption. Cela peut recouvrir des opérations d’extorsion de fonds ou l’utilisation d’une position officielle pour obtenir des fonds dépensés, par exemple, pour une campagne politique. 

Compte tenu des spécificités de la vie politique américaine d’aujourd’hui, toujours selon Vasilyev, deux points doivent être pris en considération pour la conduite de l’enquête, il explique :

« Biden a fêté l’autre jour ses 80 ans (l’anniversaire du président des États-Unis est le 20 novembre). C’est un âge avancé, et son état laisse beaucoup à désirer. Apparemment, après la mort de son fils aîné Beau en 2015, Hunter est devenu l’une des personnes les plus proches de Joe Biden. Quelque part à la veille de la campagne du 8 novembre, il a en quelque sorte glissé un avertissement : « ne touchez pas à mon fils ou je vais vous montrer où hibernent les écrevisses ».  Biden est peut-être assez cynique sur les histoires avec Burisma, la promotion des laboratoires biologiques, les affaires chinoises… Mais ce n’est pas seulement une préoccupation concernant la situation financière de son fils, un peu prodigue, dont il s’agit. Dans le contexte américain, curieusement, cela peut être considéré comme de l’amour et de l’attention pour Hunter. « Papa l’appréciait vraiment, et lui souhaitait le meilleur dans la vie ». Cette situation d’Hunter est en tout cas un coup dur, vu qu’en 2015, Biden a perdu un de ses fils (Beau Biden est mort d’une tumeur au cerveau). Face à l’état de Hunter lui-même et de son addiction à la drogue, l’ensemble de la famille s’est donc mobilisée pour le défendre. Ce rappel pourrait être fait afin d’expliquer l’état moral et psychologique de Biden Sr.

Il y a des exemples auparavant, notamment celui de Richard Nixon. Lorsque le scandale du Watergate a commencé, il était vraiment brisé, psychologiquement et moralement. Nixon a en fait « démissionné » de ses fonctions. Oui, peut-être qu’aujourd’hui le soi-disant processus de destitution n’aura aucune signification juridique. Mais si les républicains atteignent l’objectif principal selon le scénario Nixon (c’est-à-dire que Biden « parte »), alors ils considéreront qu’ils ont atteint leur but. C’est très important pour une raison : les démocrates n’ont aujourd’hui pas de personnalités de rechange, et ceux qui sont appelés comme alternative à Biden doivent encore être promus, même s’il s’agit des personnalités du Parti démocrate. L’effondrement de Biden est donc un coup dur pour les perspectives des démocrates à l’élection présidentielle de 2024.

Pour les républicains maintenant, apparemment, l’essentiel est de gagner la Maison Blanche, et les intérêts du parti passent au second plan. Aujourd’hui c’est un jeu : initier l’impeachment, faire pression sur le président. Pour le Parti démocrate, c’est aussi un signal pour ne pas pousser Biden aux élections selon le scénario 2020. Mais d’un autre côté, c’est aussi une tentative de pression sur le parti, sur ses sponsors, pour que Biden démissionne plus tôt que prévu. Et c’est une très grave défaite pouvant créer de bonnes chances pour les républicains de remporter la Maison Blanche ».

Alors, en fait, Hunter est devenu un instrument du jeu politique des Républicains ?

« Oui. Mais il y a un deuxième point, sur lequel j’attire également votre attention et qui nous concerne. Ce ne sont pas seulement des problèmes avec Burisma. Zelensky et la direction des autorités actuelles de Kyiv en général, pourraient tomber sous le coup de boutoir de cette « locomotive » qu’est l’enquête. C’est une question qui n’est pas particulièrement cachée. Peut-être, le déroulement de ces enquêtes laissera découvrir la « trace de Kyiv ». Cela crée une situation dans laquelle l’administration Biden à un moment donné (peut-être en se sauvant, comme Nixon l’a fait), commencera à « jeter » quelqu’un en pâture. Il est beaucoup plus facile et préférable de larguer Zelensky dans cette situation que l’un de ses collègues membres du parti démocrate ou membres de l’administration. Ainsi, la « trace ukrainienne » compte également.

Bien sûr, tout cela s’est passé avant l’arrivée au pouvoir de Zelensky, et toutes les tentatives de l’administration Trump pour obtenir des informations compromettantes sur Hunter Biden n’ont abouti à rien. Mais c’est sous Zelensky que Kyiv a pris une position pro-démocrate, parce que Biden a vraiment supervisé l’Ukraine, l’a aidée, etc. Dans ce cas, l’enquête peut même arriver à la conclusion que Kyiv jouait ses propres jeux. En tout cas, on peut noter aujourd’hui le moment où tout cela peut rebondir sur la position des régimes de Zelensky et de Kyiv. 

Que cela soit réalisé ou non est la deuxième question. Mais il n’est pas exclu (étant donné que les Républicains commencent à tester les « renflouements » financiers) que cela puisse aller de manière cumulative. Le scandale de la corruption pourrait affecter Kyiv. C’est peut-être ce qu’on calcule aujourd’hui pour éviter les déclarations (on dit qu’aujourd’hui « on a aidé l’Ukraine dans sa lutte pour la liberté et l’indépendance, mais maintenant on n’aide plus »). Tout cela est une rhétorique pathétique. Du point de vue du discrédit, le régime de Kyiv est également embourbé dans la corruption, et il s’avère toujours que « la main se lave la main ». La composante corruption est le lien. Un tel développement peut donc aussi intervenir, et même émerger prochainement ».

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