LR et Bellamy: l’étrange décalque du programme En Marche

Malgré de nombreux efforts à droite (notamment au sein de la rédaction du Figaro qui a multiplié les titres tapageurs et encourageants), François-Xavier Bellamy tarde à dépasser la barre des 15% d’intentions de vote. Peut-être ne s’agit-il pas là seulement d’une question de personnes ou de communication, mais tout simplement de projet! Dans la pratique, la proposition républicaine pour les européennes manque singulièrement de souffle et ressemble (parfois dans les termes même) à s’y méprendre à la proposition des marcheurs. A moins que ce ne soit l’inverse…

La lecture du projet des Républicains, très ancrée sur les valeurs, réserve quelques surprises quand on la lit de près. En particulier, on s’aperçoit, sur les grands sujets, de sa proximité avec le projet macronien.

Marché unique: le retour du protectionnisme

Sur la question du marché unique, la proposition LR reprend de près la logique du projet En Marche et même, mot pour mot, des propositions émises un temps par Emmanuel Macron. Par exemple, sur le travail détaché, la proposition républicaine consiste à faire payer les cotisations du salarié dans le pays où il travaille – idée émise par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. Cette idée, facile en apparence, est en réalité un désastre social pour les salariés français qui travaillent en Europe et pour la sécurité sociale elle-même.

Mais on lira surtout cette idée qui se retrouve mot pour mot dans le projet En Marche:

Transformer radicalement la politique européenne de concurrence. Cette politique doit cesser d’être un frein à la constitution de champions européens mais s’adapter aux priorités industrielles de l’Union

La libre concurrence, voilà l’ennemi!

Au demeurant, le programme est parsemé de considérations ouvrant la voie à un retour du protectionnisme.

Politique monétaire: le décalque d’En Marche

S’agissant de l’euro, les propositions des Républicains ressemblent là encore comme deux gouttes d’eau aux propositions de la macronie. On retrouvera en particulier cette idée dont le verbatim est pour ainsi dire celui d’En Marche:

Être conquérants, c’est affirmer le rôle international de l’euro comme alternative au dollar. L’euro est la 2e monnaie mondiale, constituant 20% des réserves de banques centrales et utilisée dans près de 40% des échanges internationaux.

Cette proposition implique de préserver un euro fort, dont une doctrine économique et une pratique monétaire orthodoxes.

Institutions: renforcer le rôle du Parlement

Comme dans le projet des marcheurs (et du Rassemblement National), les Républicains proposent de renforcer le rôle du Parlement européen en lui accordant l’initiative des lois. Si LR prend soin d’annoncer que Strasbourg sera le siège unique du Parlement, pour le reste, la proposition s’approche de ce qui est mentionné dans le programme En Marche.

Pour le reste, le programme des Républicains ne comporte guère d’innovation majeure.

Immigration: le décalque d’En Marche

Sur les questions d’immigration, le programme des Républicains fait là aussi œuvre de forte ressemblance avec celui d’En Marche. On y retrouve une sorte de base de proposition sans surprise:

Doter l’Europe d’un véritable Corps de garde-côtes et garde-frontières chargé d’empêcher les entrées illégales en Europe, et en tripler le budget pour systématiser les contrôles aux frontières extérieures de l’Union, en faisant monter en puissance les forces de contrôle naval et aérien de la Méditerranée.

Ramener systématiquement les bateaux de migrants sur les côtes africaines pour sauver des vies et stopper les filières mafieuses d’immigration illégale, en travaillant précisément, avec les pays d’origine, à la neutralisation de ces bateaux de passeurs, notamment dès les ports de départ.

LR fait en revanche un pas de côté vers le Rassemblement National en proposant ceci:

Mettre fin à l’accès automatique aux prestations sociales pour les étrangers extra-européens (minima sociaux, accès aux logements sociaux et allocations familiales) s’il n’y a pas eu au moins trois années de cotisations préalables.

Quelques projets européens à signaler

La différence entre les deux programmes tient d’abord et avant tout au “marketing” des produits. En Marche en fait beaucoup sur l’ambition et l’énergie européenne, notamment dans le domaine écologique. Le programme des Républicains est loin de déserter le sujet, mais ne l’emballe pas dans un amour immodéré de l’Europe.

Sur le fond, rien de systémique ne distingue les deux programmes.

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