🎖Macron arrivera-t-il vraiment Ă  faire payer l’Allemagne pour relancer l’Ă©conomie française ?

Relancer l’Ă©conomie française avec l’argent de l’Allemagne ? Tout le monde y croit en France, mais le pari est peut-ĂȘtre moins facilement gagnable que l’euphorie française ne le prĂ©voit. La preuve… la sous-ministre française des affaires europĂ©ennes entame une tournĂ©e des popottes pour convaincre ses partenaires avec des arguments Ă  l’emporte-piĂšce qui paraissent bien risquĂ©s…

Faire payer l’Allemagne pour continuer Ă  vivre au-dessus de nos moyens ! Quelle bonne idĂ©e portĂ©e par le macronisme jusqu’Ă  un genre nouveau de jouissance extatique. Au dĂ©but des annĂ©es 20, les radicaux-socialistes rĂ©pĂ©taient Ă  l’envi : l’Allemagne paiera ! cent ans plus tard, leurs hĂ©ritiers de la RĂ©publique En Marche Ăąnonnent dĂ©sormais : l’Allemagne garantira nos dettes. Mais tout indique que la rouĂ©e Merkel a plus d’un tour dans son sac pour ne pas payer, comme la RĂ©publique de Weimar parvint Ă  rouler le monde entier dans la farine en son temps.  

L’Allemagne veut boucler rapidement les nĂ©gociations europĂ©ennes

En France, Ă  ce stade, tout le monde part du principe que l’Allemagne paiera, et on ne parle plus des dĂ©tails. La prĂ©sentation de la rĂ©alitĂ© du cĂŽtĂ© allemand est un peu diffĂ©rente. 

Ainsi, personne n’a relayĂ© en France la volontĂ© d’Angela Merkel d’aboutir Ă  un accord avant l’Ă©tĂ© sur le budget europĂ©en et sur le plan de relance. Pour l’instant, la ChanceliĂšre n’a pas tranchĂ©, contrairement Ă  ce que nous entendons de ce cĂŽtĂ© du Rhin, ses positions dĂ©finitives sur diffĂ©rents dĂ©tails, comme le caractĂšre remboursable ou non des “subventions” qu’il est prĂ©vu de verser aux pays du sud. 

Selon toute vraisemblance, un Conseil europĂ©en par vidĂ©oconfĂ©rence se tiendra le 19 juin pour clarifier le “paquet financier” de l’UE. En creux, on comprend donc que les dĂ©tails sont loin, trĂšs loin d’ĂȘtre rĂ©glĂ©s. Petit problĂšme : c’est la rĂšgle de l’unanimitĂ© qui s’applique au dossier. 

Merkel veut régler les questions budgétaires avant sa présidence

Il est assez singulier qu’Angela Merkel marque un tel empressement pour rĂ©gler des problĂšmes budgĂ©taires sensibles. L’Allemagne prend en effet la prĂ©sidence de l’Union Ă  partir du 1er juillet, et Angela Merkel semble vouloir prĂ©parer une renĂ©gociation des traitĂ©s Ă  cette occasion. Nous avons dĂ©jĂ  indiquĂ© que cette renĂ©gociation devrait Ă©changer une plus grande intĂ©gration budgĂ©taire europĂ©enne contre des privilĂšges accordĂ©s Ă  l’industrie allemande. 

Si Merkel comptait annoncer de bonnes nouvelles budgĂ©taires Ă  la France et aux pays du club Med, on ne voit pas pourquoi elle ne rĂ©serverait pas leur annonce Ă  sa prĂ©sidence. Si elle met le turbo pour que la nĂ©gociation soit bouclĂ©e avant sa prise de poste, c’est bien qu’elle souhaite Ă©viter d’ĂȘtre entachĂ©e par les dĂ©bats sanglants qui vont s’ouvrir…

Ce petit dĂ©tail devrait Ă©veiller l’attention des Français.

Le soldat Montchalin se met en ordre de marche

Ce faisant, c’est-Ă -dire Merkel ordonnant le dĂ©part des Panzerdivisionen, le soldat Montchalin, sous-ministre français des Affaires EuropĂ©ennes, a dĂ©cidĂ© de se mettre en marche. Elle entame un pĂ©riple europĂ©en qui commence par l’Autriche, ainsi prĂ©sentĂ© par le ministĂšre lui-mĂȘme : “Les deux ministres chercheront Ă  rapprocher les positions de la France et de l’Autriche pour avancer vers un accord rapide qui permette un soutien europĂ©en d’ampleur en faveur des secteurs et rĂ©gions les plus touchĂ©s par la crise afin de relancer les Ă©conomies europĂ©ennes au bĂ©nĂ©fice de tous les États membres. S’agissant du budget 2021-2027, la secrĂ©taire d’État rappellera l’importance d’un budget ambitieux au service des programmes contribuant Ă  la souverainetĂ© europĂ©enne, comme la politique agricole commune, Ă©galement trĂšs importante pour l’Autriche, la dĂ©fense et la politique spatiale.”

Rappeler l’importance d’un budget ambitieux, rapprocher les positions. Oups ! VoilĂ  qui semble bien mal parti. 

Montchalin est-elle plus finaude que Loiseau ?

On se souvient de la nullitĂ© de Nathalie Loiseau en matiĂšre de nĂ©gociation, qui a fait des merveilles depuis le dĂ©but de la campagne Ă©lectorale des europĂ©ennes jusqu’Ă  l’Ă©lection des prĂ©sidents de commission au Parlement europĂ©en. AmĂ©lie de Montchalin est-elle plus finaude que sa prĂ©dĂ©cesseuse, Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre plus politique (Montchalin se serait fait tacler par Macron aprĂšs une sortie maladroite sur Bigard) ?

On le saura rapidement, mais ses premiers propos sur son attaque de nĂ©gociation font froid dans le dos. Manifestement, l’Ă©missaire française a entrepris d’expliquer qu’il n’existait pas d’alternative au plan français de mutualisation des dettes. Elle a par ailleurs multipliĂ© les phrases malheureuses pour une nĂ©gociatrice : “Notre relance française ne peut pas fonctionner si elle n’est pas liĂ©e Ă  une relance europĂ©enne”. Elle ne pouvait pas mieux dĂ©voiler la faiblesse de sa position. 

Elle a ajoutĂ© : “C’est pour ça qu’on a besoin de comprendre de quoi ils sont besoin. On ne veut pas dĂ©grader l’accord, on ne veut pas ĂȘtre moins ambitieux (…) mais surtout ce que je vois c’est que leurs entreprises, leurs salariĂ©s, leurs syndicats, ils voient la mĂȘme chose que nous (…) On est tous dĂ©pendants les uns des autres”. Une nĂ©gociatrice qui annonce qu’elle va rencontrer deux des quatre opposants seulement (elle n’a pas prĂ©vu de nĂ©gocier avec le Danemark, ni avec la Finlande) Ă  son projet, qui annonce qu’elle est pressĂ©e d’en finir et qu’il n’y a pas d’alternative Ă  sa proposition, dans un univers oĂč la rĂšgle de l’unanimitĂ© s’applique, personnellement, ça m’Ă©tonne…

La France en position de faiblesse pour négocier

Dans tous les cas, la nĂ©gociation sera Ă  haut risque pour la France puisque ceux qui n’avaient pas compris que nous avions absolument besoin de l’argent allemand pour relancer l’Ă©conomie française l’ont cette fois dĂ©finitivement compris. AmĂ©lie de Montchalin s’est chargĂ© de le leur expliquer. Autant de talents rĂ©unis dans une seule personnalitĂ©, c’est vraiment prometteur.

Il faut reconnaĂźtre qu’avant elle, Bruno Le Maire avait dĂ©clarĂ© : “J’appelle donc tous les Etats europĂ©ens sans exception, y compris les quatre frugaux, Ă  soutenir ce plan”. Face Ă  ces appels dĂ©sespĂ©rĂ©s Ă  l’unitĂ©, on peut imaginer que Bataves, Autrichiens, Finnois et Danois doivent se sentir en position de force pour nĂ©gocier. Si la France s’en tire bien dans cette affaire, elle le devra Ă  leur nullitĂ©, et certainement pas Ă  sa sagacitĂ© en matiĂšre de nĂ©gociation.

Wait and see. 

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