27 novembre 2020

Le courrier des stratèges

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La persistance de Trump, ou la fin du melting pot

La victoire de Trump n’est pas encore acquise, même si le Président sortant l’a déjà proclamée. La presse de gauche, New York Times en tête s’accroche à d’ultimes espoirs pour obtenir une victoire à l’arrachée de Joe Biden. Quelle que soit l’issue du scrutin (mais à l’heure où nous mettons sous presse, la victoire de Trump est la plus probable), une chose est sûre : l’homme d’affaires controversé n’a certainement pas été balayé par les Américains, comme les sondages et les démocrates l’annonçaient triomphalement. Bien au contraire, tout indique que la contestation virulente de l’héritage américain des cinquante dernières années par Donald Trump bénéficie d’un soutien majoritaire dans le pays. Les Américains fossoient peu à peu l’Amérique du melting pot. 

À l’heure où nous écrivons ces lignes, la bataille de communication fait rage entre Joe Biden et l’establishment américain tout entier dressés contre Donald Trump pour déterminer qui est vainqueur du scrutin présidentiel américain. Mais une chose est sûre : la vague bleue n’a pas eu lieu, prédite par moult sondages et acclamées avec impatience et gourmandise par tout ce que la France compte de bien-pensants défenseurs des Lumières contre l’obscurité. Bien au contraire, le graphique que nous publions ci-dessus, produit par Associated Press en début de matinée, montre que les Républicains ont remporté une majorité d’Etat et peuvent se targuer d’incarner l’Amérique profonde. 

Trump incarne une part profonde de l’Amérique

Si la presse française mainstream nous explique depuis plusieurs mois que Trump a été élu sur un malentendu et qu’on n’y reprendra plus les Américains, les résultats du scrutin qui tombent en ce moment, quels que soient leur issue, soulignent tout le mensonge qui était propagé. Au pire, Trump perdra dans un mouchoir de poche et ne sera en tout cas pas balayé par une vague qui manifesterait une opposition fondamentale des Américains à ses positions. 

La carte des Etats qui ont gardé leur confiance au Président en dit long sur ce que Donald Trump incarne. C’est l’Amérique profonde qui a voté pour lui, celle qui exècre la mondialisation et son idéologie du melting pot. D’une certaine façon, le ballottage de Trump montre que, dans l’esprit de cette Amérique là, il n’y a pas eu de malentendu sur ce qu’était Trump et son programme : retour à la souveraineté américaine par-delà les entraves du multilatéralisme, rejet du melting pot et choix d’un Etat minimal et d’une liberté maximale. Et cette option-là n’est pas portée par les plus riches, mais bien par les classes moyennes qui font la prospérité américaine au jour le jour. 

Au fond, Trump incarne la puissance de la deep nation au détriment de la start-up nation triomphante.

L’échec de 50 ans de melting pot

Du premier mandat de Donald Trump, on retiendra plusieurs moments forts, mais le principal tient probablement à cette forme d’indulgence que Donald Trump a eu pour les adversaires du melting-pot. Dans le débat séculaire sur la condition des Noirs aux Etats-Unis, mais aussi dans l’approche de l’immigration mexicaine et sud-américaine, Trump a cultivé l’ambiguïté sur ses relations avec l’affirmation blanche. Cette ambiguïté a fait hurler en France tout ce que notre pays compte de donneurs de leçons qui se sentent bien à Manhattan mais ne mettent jamais les pieds dans le Bronx. 

Après ces flous très symboliques et clivants, les Américains ont tranché : ils ne désavouent pas Trump, bien au contraire. Cette leçon-là doit être méditée : il n’existe pas de majorité claire et forte aux Etats-Unis pour défendre les cinq décennies de melting pot, de discrimination positive et de protection des minorités. Dans les États du Mid-west, le rejet du melting pot est même plébiscité par les électeurs. 

De fait, on peut constater que les résultats de la discrimination positive outre-Atlantique n’a guère produit de résultats plus probants que l’idéologie du Vivre Ensemble. 

Quand le réel s’impose à la propagande

On mesure intuitivement le problème culturel qui se pose aujourd’hui. 

D’un côté, une propagande largement financée par les milieux « progressistes » au sens large, incluant désormais les milliardaires écologistes, répète à l’envi que l’espèce humaine est un grand tout où chacun doit se faire des mamours et tout conjuguer dans une union des âmes et des corps. Ceux-là, qui défendent la diversité dans la nature mais pas dans les sociétés humaines où le mâle blanc est devenu un grand fauve de safari, répètent à l’envi que le métissage, c’est le bonheur et l’intelligence, et que les différences entre humaines sont construites. 

D’un autre côté, la réalité remet fortement en question cette propagande idéologique. En quoi cinquante ans de discrimination positive en Amérique du Nord ont-ils permis de réduire la pauvreté des Noirs ? En quoi ce Vivre Ensemble a-t-il réduit la violence dans les ghettos ? En quoi a-t-il éradiqué les ghettos ? Le doute est désormais jeté sur ce monde idéal en carton-pâte servi tous les jours par les grands médias. Et douter d’un discours, c’est déjà le rejeter. 

La France bientôt contaminée ?

Une question qui mérite d’être posée désormais est de savoir si la France peut longtemps rester à l’écart de ces interrogations qui semblent avoir saisi les Américains. Alors que le principe de la discrimination positive en faveur des minorités est régulièrement discuté en France, l’exemple donné par les Etats-Unis donne une orientation sérieuse à la réponse intelligente. Sachant que, depuis plusieurs décennies, la France a validé le principe du Vivre Ensemble, il n’est pas inutile de se demander si les discours sur la déracialisation et sur la décolonisation ne doivent pas désormais être combattus avec plus de virulence qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Au fond, la France a pratiqué le melting-pot à l’envers. Elle n’a pas encore réellement instauré la discrimination positive, mais elle a internalisé le discours sur le méchanceté du mâle blanc et sur sa nécessaire déconstruction. 

Sur tous ces points, les adversaires de ces discours restent circonspects et modérés dans leurs réponses. Peut-être le moment vient-il de se décomplexer et de dire les choses plus clairement. Car sommes-nous sûrs que nous ayons vraiment à rougir de notre héritage sur ces questions ?

Le reflux du Vivre Ensemble commence

Nous avons une conviction aujourd’hui : la victoire de Trump, ou son ballottage serré, aux élections présidentielles, montre que résister à l’idéologie du Vivre Ensemble rencontre désormais une minorité quasi-majoritaire de sympathisants. C’est un signal. C’est un signe. A méditer, et à suivre.

Nous avons encore de bonnes choses à défendre dans notre civilisation occidentale. En revanche, il faut le vouloir, l’assumer, et combattre pour se faire entendre.