ūüéĖLa Banque de France souffle un vent glacial sur l’assurance-vie

L'assurance-vie est-elle menac√©e par les temp√™tes boursi√®res qui ont secou√© les march√©s cette ann√©e ? Il faut lire entre les lignes du Bulletin de la Banque de France publi√© hier pour comprendre √† quel risque les portefeuilles d'assurance-vie pourraient √™tre expos√©s. Compte tenu de la sensibilit√© du sujet, la r√©daction de la Banque est prudente et alambiqu√©e. Mais en d√©cortiquant les chiffres et en les recoupant au calme, certaines phrases (au demeurant peu ambigu√ęs) prennent un sens particulier et font froid dans le dos. Voici une petite anatomie d'un document qui m√©riterait d'√™tre lu attentivement.

Il faut fouiller attentivement le document produit par la Banque de France pour comprendre la signification du sch√©ma ci-dessus. En soi, il est particuli√®rement explosif, dans la mesure o√Ļ il donne une photographie en survol de la valeur des portefeuilles financiers des assureurs-vie. Voici ce qu’il faut retenir du document de la Banque.¬†

L’assurance-vie est-elle en situation de moins-value latente ?

La question qui parcourt le document de la Banque de France est de savoir si les portefeuilles financiers des assureurs-vie sont en situation de plus-value ou de moins-value. Cette question n’est pas anodine, dans la mesure o√Ļ, en cas de rachats massifs des contrats, les assureurs devraient rembourser leurs assur√©s en tenant compte de la valeur r√©elle des actifs.¬†

Selon la Banque de France, la position des portefeuilles fin 2019 n’√©tait pas probl√©matique. Selon la Banque, le taux de plus-value latente √©tait √©lev√©, surtout au regard de l’√©rosion des valorisations que les taux bas ont produit.

La baisse des taux d‚Äôint√©r√™t accro√ģt la valeur des actifs des assureurs qui investissent majoritairement dans des obligations √† long terme. Ainsi, le taux de plus-value latente reste √©lev√© en 2019, √† un niveau d‚Äôenviron 17% pour l‚Äôensemble des placements, en augmentation de trois points de pourcentage par rapport √† 2018.

Cette plus-value de 17% est une belle prouesse, dans la mesure o√Ļ la moiti√© des investissements des assureurs sont plac√©s en obligations, et singuli√®rement en dettes souveraines, dont la rentabilit√© est √† peu pr√®s an√©antie par les quantitative easing du monde entier. Gr√Ęce aux performances du CAC 40, les assureurs-vie ont pu sauver la mise en 2019.

Mais qu’en est-il au juste de l’ann√©e 2020 ? Sur ce point, la Banque de France produit une phrase alambiqu√©e qui en dit long sur la g√™ne du r√©gulateur face aux risques de march√© :

La crise sanitaire g√©n√®re toutefois de fortes incertitudes concernant l‚Äô√©volution des taux d‚Äôint√©r√™t et des plusvalues latentes des diff√©rentes classes d‚Äôactifs. La baisse de la valeur des actifs d√©but 2020 affecte directement le niveau de plus-values latentes des assureurs. M√™me s‚Äôil existe des techniques de couverture, cette baisse pourrait se traduire par une r√©duction de la marge de manŇďuvre des entreprises d‚Äôassurance qui r√©alisent en effet r√©guli√®rement des gains en vendant certains de leurs actifs porteurs de plus-values.

Qu’en termes choisis ces choses-l√† sont dites ! On retiendra donc de cette phrase plusieurs points essentiels :

  • la chute de la bourse d√©but 2020 a mordu sur les plus-values latentes des portefeuilles d’assurance-vie, mais la Banque de France n’indique pas exactement dans quelle proportion,
  • le graphique que nous produisons en exorde de cet article montre que la baisse de valorisation trimestrielle a d√©pass√© les 131 milliards, soit √† peu pr√®s autant que la plus-value totale de 2019
  • les assureurs sont en partie assur√©s sur le risque de moins-value, notamment gr√Ęce √† des produits d√©riv√©s
  • mais cette assurance ne couvre pas la totalit√© du risque et la “marge de manoeuvre” des assureurs s’est r√©duite du fait de ces moins-values latentes.¬†

Rappelons que l’assurance-vie consiste largement √† “jongler” sur la duration du risque, en indemnisant au jour le jour les assur√©s avec les profits accumul√©s dans la dur√©e. Si ces profits se r√©duisent, les marges pour “indemniser”, notamment en cas de sortie de contrat, deviennent tr√®s t√©nues.

Entre les lignes, on comprend donc que la Banque de France tire une sacr√©e sonnette d’alarme. M√™me si la gravit√© du geste est temp√©r√©e par le rappel du montant des liquidit√©s dont les assureurs disposent : 55 milliards, on retiendra en tout cas que l’√©rosion des taux d’int√©r√™t et le chaos boursier constituent une menace r√©elle dans la dur√©e pour le m√©canisme de l’assurance-vie.¬†

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