De l’Union monétaire à l’URSS : la planification centrale européenne organisée par la BCE (1/2)

De l’Union monétaire à l’URSS : la planification centrale européenne organisée par la BCE (1/2)


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Dans son dernier discours, la présidente de la Banque centrale européenne dévoile le futur de l’Europe. Nous donnons ici une traduction intégrale et commentée des propos de Madame Lagarde afin que chacun puisse se préparer à ce qui nous attend. Il s’agit d’une planification centrale pour organiser une économie européenne « verte et numérique » correspondant à une vision technocratique de ce qui est bon pour 342 millions d’individus partageant une monnaie commune.

Dans ce qui suit, les commentaires sont en vert.

Financer une reprise verte et numérique

Discours de Christine Lagarde, présidente de la BCE au forum économique de Bruxelles

Francfort sur le Main, 29 juin 2021

L’économiste Rudi Dornbush a dit « en économie les choses mettent plus longtemps à arriver que ce qu’on aurait pensé puis elles s’enchaînent plus rapidement que ce qu’on aurait pensé ».

Citation d’un universitaire connu pour ses travaux sur les sur-réactions de marchés (notamment aux taux de change). Madame Lagarde aurait pu l’appliquer aux effets inflationniste de la création monétaire pour le moment restée cantonnée aux prix des actifs (actions, obligations, immobilier) sans avoir essaimé aux prix de ce qui se consomme (biens et services). Madame Lagarde choisit cependant de jardiner dans un tout autre champ : celui des bienfaits attendus de l’économie pilotée et planifiée. Back to USSR…

Ceci décrit très bien la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. La pandémie a accéléré des tendances préexistantes à un rythme que nous n’imaginions pas. Des possibilités économiques s’ouvrent en 2022 qui semblaient, en 2019,  éloignées à des décennies.

Notre planiste reconnaît son manque d’imagination, carence commune à tous ceux qui dédaignent le bouillonnement des initiatives privées. Cependant, comme nous allons le voir, cette humilité ne sera que de très courte durée. De quoi parle donc notre visionnaire ?

Les entreprises ont numérisé leurs activités 20 à 25 fois plus vite que ce qu’elles avaient cru possible. Un jour de travail sur cinq devrait s’effectuer en télétravail à la fin de la pandémie comparé à 1 sur 20 auparavant et l’aspiration à des modes de vie plus verts est intense. Après avoir accepté de dures restrictions pour combattre la pandémie, 70% des Européens se prononcent désormais en faveur de mesures gouvernementales plus strictes pour combattre le changement climatique.

Certes, les entreprises se sont organisées rapidement pour mettre en place le télétravail lorsque c’était possible. Dans le secteur privé, il est de règle que l’urgence accélère les changements. La deuxième phrase, relative au changement climatique, est sans aucun rapport avec la première. Les gens ont télétravaillé lorsqu’ils ont pu pour contourner les restrictions de déplacements et éviter les regroupements mais pas pour lutter contre le changement climatique. On trouve les traces d’un sondage des citoyens européens sur les mesures contre le changement climatique datant de 2019. Ce sondage a été commandité par la Commission européenne avant la pandémie. Bien entendu, on ne demande jamais aux gens ce qu’ils accepteraient de payer pour lutter contre le changement climatique.

Depuis longtemps, l’Europe veut s’orienter vers une économie plus durable, plus productive, et nous avons maintenant une véritable opportunité. Si nous capitalisons sur ce moment, la pandémie pourrait accélérer la croissance de la productivité du travail de 1% par an d’ici à 2024, plus du double du rythme atteint après la grande crise financière.

Madame Lagarde et moi-même ne vivons pas dans le même monde. En France, les gilets jaunes ont envahi les ronds-points pour protester contre une surtaxe sur le diesel. Les chalutiers luttent contre les plates-formes de forage des ancrages des éoliennes en mer en baie de Saint-Brieuc. Protestation dans la Somme, aussi. En Allemagne, le bilan du tournant énergétique est dénoncé comme désastreux. Dès qu’il s’agit de mettre la main au portefeuille les gadgets verts sont beaucoup moins populaires. Les chefs d’entreprise n’attendent pas des gains de productivité de l’écologie, sinon les éoliennes alimenteraient déjà tous les centres de production. Enfin, le mot « capitalisation » dans la bouche de la présidente de la BCE est indécent. Faut-il lui rappeler que par la manipulation de taux d’intérêt à la baisse la BCE détruit la capitalisation ? Mais madame Lagarde (par ailleurs à l’origine de la « croissance négative ») s’accroche à son mot de capitalisation.

Donc comment pouvons-nous capitaliser sur cette opportunité ?

Durant la pandémie, nous avons surtout agi pour préserver l’économie, ce qui était la chose nécessaire à faire. Les rémunérations ont baissé de 3,5% en 2020 par rapport à 2019 mais le revenu réel disponible des ménages n’a décliné que de 0,3%, principalement en raison des transferts des gouvernements.

Certes. Madame Lagarde s’attribue les mérites des dépenses sociales financées par des déficits publics, venant s’ajouter à des montagnes de dette existantes. Dettes que la BCE rachètent complaisamment pour faire croire que tout va bien.

Mais lorsque la pandémie passera notre tâche ne sera plus de préserver l’économie mais de la transformer. Ceci nécessitera que nous redirigions les dépenses des secteurs publics et privés vers les secteurs vert et numérique du futur. Spécifiquement, nous avons besoin de voir s’investir environ 330 Mds€ par année jusqu’en 2030 pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques européens et environ 125 Mds€ chaque année pour mener à bien la transformation numérique.

Voilà qui est désormais clair. La Banque centrale européenne pilote l’économie. Elle décide des secteurs d’avenir. Elle décide des investissements. Elle a des objectifs. Nous sommes dans la folie de la planification centralisée : des fonctionnaires omniscients sont plus aptes à juger des investissements d’avenir que des entrepreneurs opérant sur un marché concurrentiel. On connaît les faille de ce système. Les fonctionnaires omniscients ne se trompent jamais. Si rien ne se passe comme prévu c’est qu’on n’en a pas fait assez ce qu’il faut en faire plus. Les fonctionnaires omniscients ignorent la faillite qui sanctionnent les mauvais investissements. Peut-être quelqu’un pourrait-il rappeler à madame Lagarde que l’immense majorité des innovations qui ont transformé notre vie quotidienne des gens ne sont pas dues au planisme mais à des initiatives privées.

Le programme NGEU (NextGeneration EU) aidera à canaliser les investissements publics vers les secteurs porteurs de transformation. Mais il est moins clair que le secteur financier privé puisse en faire de même. Les fragmentations des marchés financiers nationaux en Europe pourrait restreindre notre capacité à financer les investissements futurs en volume suffisant.

C’est pourquoi, j’ai soutenu que nous devions ajouter un autre élément à notre plan de relance post-pandémie pour épauler la NGEU par une union des marchés de capitaux verts qui transcenderait les frontières nationales.

Là, Madame Lagarde évoque avec gourmandise une supra-nationalisation possible des secteurs financiers nationaux avec émission d’eurobonds finançant le vert et le numérique.

Dans la suite de cet article, nous allons voir comment seraient émis ces eurobonds écolos et numériques, qui pourrait être contraint d’y souscrire et comment l’UERSS nous sera imposée de gré ou de force.


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