L’obligation vaccinale pour les soignants va donner le coup de grâce à notre système de santé

Par Ali Ben Othman - L'obligation vaccinale pour les soignants pourrait bien porter le coup de grâce à un système de santé déjà très ébranlé par les suppressions de lits, d'effectifs et les dix-huit premiers mois de la crise sanitaire. Emmanuel Macron a fabriqué une bombe à retardement. La question est de savoir quand elle va exploser.

Le 12 juillet dernier, les annonces d’Emmanuel Macron ont provoqué un ensemble de réactions, certaines voulues, d’autres inattendues ou en tous cas dont la portée a probablement été sous-évaluée. Je vais tenter ici de démontrer pourquoi les inconvénients de l’obligation vaccinale faite aux professions concernées dépassent largement les bénéfices éventuels de cette mesure.

Les mauvaises raisons de l'obligation vaccinale

Commençons tout d’abord par examiner les raisons avancées pour justifier l’obligation vaccinale.
Comme pour la vaccination de façon générale, 2 raisons sont avancées pour justifier l’obligation vaccinale:
–  l’argument altruiste qui affirme que « le vaccin permet de protéger des autres »
– la protection individuelle

L’ argument altruiste invalidé par le “consensus scientifique”

L’argument avancé par Emmanuel Macron pour justifier l’obligation vaccinale est celui de la protection des autres. Dans son allocution, il s’est pour cela appuyé sur une modélisation de l’Institut Pasteur qui concluait que les personnes vaccinées transmettaient 12 fois moins le virus que les non vaccinés. Cette modélisation, déjà invalidée par les données réelles du terrain en Israël à l’époque, a depuis été largement contredite par les autorités les plus officielles. Ainsi, le Dr. Fauci du CDC américain affirmait en juillet dernier lors d’une interview que les vaccinés transmettaient tout autant le virus que les non vaccinés. Le Pr. Delfraissy affirmait dernièrement, quant à lui, que le vaccin ne réduisait que de 50% environ le risque de transmission du virus. Une donnée confirmée par l’Institut Pasteur lui-même qui se désavoue au passage.

Il est donc désormais établi que le vaccin ne permet pas de réduire le risque de contamination. Autrement dit, un soignant vacciné peut transmettre le virus à un patient ou à un collègue. Peut être légèrement moins (à 50% selon les autorités françaises) qu’un soignant non vacciné mais tout de même de façon significative pour que cela ne permette pas la levée des gestes barrières. Avec les gestes barrières et le port du masque, il est très probable que la différence de transmission du virus entre un soignant vacciné et un soignant non vacciné soit marginale. On voit donc bien que l’argument altruiste ne permet pas de justifier l’obligation vaccinale.

L’argument de la protection individuelle

Un argument parfois avancé pour justifier l’obligation vaccinale est que les soignants étant exposés au risque de Covid 19, et exerçant par ailleurs une activité essentielle pour l’Etat, on ne peut pas se permettre qu’une vague épidémique touche les soignants de façon massive et rende une partie critique d’entre eux hors d’état de travailler. Il est bon à ce titre de rappeler que la Covid 19 est une maladie bénigne pour la grande majorité des patients et que seule une infime partie d’entre eux, le plus souvent âgée ou présentant des comorbidités importantes, nécessite une hospitalisation ou décède. Il est donc absurde d’obliger un nombre important de soignants à se vacciner alors qu’ils ne risquent pas ou très peu de présenter une forme grave de la maladie. Pourquoi ne pas alors leur interdire de prendre leur voiture, de sortir tard le soir ou de fumer ? Après tout, ces comportements entrainent également des risques individuels, peut-être même plus important qu’une infection au Covid.

Imaginons toutefois que l’obligation vaccinale permette effectivement à un grand nombre de soignants d’éviter de tomber gravement malade. Il est important de comparer dans ce cas le nombre de soignants que l’on sauve d’un Covid grave au nombre de soignants que l’on perd (par démission, suspension ou autre) par l’obligation vaccinale. Si ce rapport est négatif, alors l’obligation vaccinale n’a pas de sens du point de vue du bon fonctionnement de l’Etat.

Les conséquences négatives de l'obligation vaccinale

Ceci nous amène à examiner les conséquences négatives de l’obligation vaccinale.

En effet, j’ai dit en introduction que les annonces de Macron, si elles ont poussé un nombre important de soignants à se vacciner, ont également eu des conséquences dont la portée semble avoir été sous-estimée. Ces conséquences sont les suivantes:
– un nombre important de démissions et de changements de carrière
– un arrêt effectif de l’activité pour un nombre important de soignants
– un effet épouvantail sur le recrutement qui persistera pendant des années
– une rancœur chez de nombreux soignants vaccinés sous la contrainte
– une surcharge de travail délétère chez les autres

Je me propose d’examiner ici les effets de l’obligation vaccinale pour les quatre grandes catégories de soignants que j’ai arbitrairement divisé ainsi :


1) les réfractaires irréductibles qui ne se vaccineront pas, quoiqu’il en coute

2) les soignants vaccinés par obligation, c’est à dire ceux qui se sont vaccinés exclusivement du fait de la menace de perte de revenus

3) les soignants vaccinés de plein gré, par conviction ou pour convenance personnelle (pour accéder aux voyages, aux restaurants etc.)

4) les futurs soignants (soignants déjà en formation ou les personnes souhaitant le devenir)

Les réfractaires irréductibles


Les annonces de Macron ont provoqué ou vont provoquer un nombre important de démissions de soignants. Il est probable qu’une partie non négligeable de ces soignants avaient déjà prévu de changer de voie avant les annonces présidentielles. Celles-ci n’ont fait que précipiter leurs décisions. Toutefois, au lieu que ces démissions s’étalent sur plusieurs années, elles ont ou auront lieu dans l’espace de 2 mois ce qui rend leur tamponnement par le recrutement impossible.
Il est également probable qu’une partie de ces soignants , si ils n’avaient pas prévu de changer de voie, refusent fermement la vaccination contre le Covid et ,sous la colère ont démissionné ou vont le faire prochainement.

Ces soignants qui démissionnent ou vont démissionner, le système de santé français ne les rattrapera probablement jamais. “Qu’ils s’en aillent !” disaient certaines personnalités sur les plateaux Tv. C’est ce qu’ils ont fait.


Enfin, une partie des irréductibles attend la suspension, soit afin d’affirmer politiquement leur opposition à l’obligation vaccinale, soit en espérant que, confronté au principe de réalité, le gouvernement revienne sur cette folie. Ainsi, les chiffres récents révèlent que 7% des soignants libéraux ne sont pas vaccinés, 12% du personnel en Ehpad et 13% dans le milieu hospitalier. Soit 50 000 soignants libéraux et 300 000 dans les Ehpad et hôpitaux. Il semble qu’on s’approche là d’un plafond puisque, au 7 septembre, ces chiffres n’avaient pas progressé depuis une semaine.

Il est à noter que ces soignants ont choisi de rester dans le système…pour l’instant. Si l’obligation vaccinale se prolonge et avec elle, la suspension pour les salariés et l’interdiction d’exercer pour les libéraux, il est possible qu’une partie de ces soignants jette l’éponge et se vaccine en désespoir de cause mais il est vraisemblable qu’une partie non négligeable décide de couper définitivement les ponts et de changer de pays où d’activité. C’est la durée de l’obligation vaccinale qui fera que le système de santé perdra ces soignants ou pas. Intuitivement, je crois qu’au-delà d’un mois de perte de revenus, une part importante de ces soignants cessera d’attendre et ira voir ailleurs.

Les vaccinés par obligation sont en colère


Un nombre important de soignants s’est vaccinés suite aux annonces présidentielles. De ce point de vue, Macron a gagné. Toutefois, je fais le pari qu’il s’agit en fait d’une victoire à la Pyrrhus. En effet, ces soignants ne souhaitaient pas se faire vacciner. Ils l’ont fait sous la menace. Beaucoup en ont développé de la rancœur et un dégoût pour leur institution. Il est possible qu’une partie d’entre eux change de voie dans les mois qui viennent. Pour nombre de ceux qui resteront, leur travail a cessé d’être une vocation. Beaucoup feront des burn-out dans les semaines, mois et années à venir.



Les vaccinés volontairement se retrouveront surchargés de travail


Nous avons ainsi vu qu’une partie substantielle des soignants a ou va cesser de travailler dans les semaines qui viennent. Or, c’est un secret pour personne que le système de santé français est déjà en sous-effectif.  A titre d’illustration, avant les annonces de Macron, donc avant les démissions et les suspensions liées à l’obligation vaccinale, il y avait déjà 3500 postes de soignants vacants rien qu’en Ile-de-France. Et on ne voie pas pourquoi la demande de soins diminuerait. Bien sûr, les hôpitaux essaieront de tamponner l’activité en retardant les interventions, consultations ou examens “non urgents”. Toutefois tout n’est pas reportable. Il est donc à anticiper que la charge de travail augmente pour les soignants qui resteront à l’hôpital.

Une augmentation de la charge de travail et de la pénibilité qui a de bonnes chances d’être mal supportée. Déjà en 2020, 10 000 soignants avaient décidé de quitter le système de santé, qu’il s’agisse de démissions, de départs anticipés en retraite ou de reconversions, en raison de la dégradation des conditions de travail en rapport avec la crise sanitaire. Si on ajoute à une nouvelle augmentation de la charge de travail, l’ambiance délétère qui ne manquera pas de s’installer au vu du traitement brutal de leurs collègues non vaccinés, on ne risque pas grand-chose à parier sur une vague de burn out et de départs, y compris chez les soignants vaccinés volontairement. Un phénomène de cercle vicieux pourrait s’en suivre, un manque de moyen humain débouchant en une aggravation des conditions de travail, elle-même provoquant une nouvelle vague de départs et ainsi de suite. Au final, c’est bien un effondrement du système de santé qui pourrait se produire.

Une baisse substantielle du recrutement semble certaine


Bien sûr les départs de soignants ont été anticipés par les directions des établissements de soin. Pour y remédier, elles comptent certainement sur le recrutement. Malheureusement, là encore, les annonces macroniennes ont eu un effet délétère. Il y a déjà les 15% de réfractaires à la vaccination dans la population générale qui n’embrasseront pas les métiers visés par la vaccination obligatoire. Mais il y a pire. En effet, de nombreuses personnes ont réalisé ce jour-là que les métiers de soignants, militaires, pompiers et gendarmes présentaient en réalité une grande vulnérabilité aux changements d’humeur et aux impulsions du pouvoir. Je ne me rappelle pas avoir vu de traitement aussi brutal d’une catégorie professionnelle en France que ce qui a été fait aux soignants et aux catégories concernées par l’obligation vaccinale. Car il ne s’agit pas d’un licenciement avec des indemnités et des droits au chômage mais bien d’une perte sèche et non compensée des revenus dont on menace les soignants. Beaucoup de recrues potentielles ayant vu cela, ont décidé qu’elles ne souhaitaient pas finalement embrasser ces corps de métiers. Qui voudrait se mettre au service d’un employeur aussi capricieux qui n’hésite pas à employer les méthodes de management les plus brutales ?

Cette baisse de recrutement n’en rendra que plus indispensable les soignants réfractaires qui s’en sont allé ou risquent de le faire dans les jours et semaines qui viennent.

Il est à attendre que ce dernier effet se voie sur le long terme. Ainsi dans les années qui viennent, on peut s’attendre à une diminution des recrues chez les soignants, les gendarmes, les pompiers, les militaires mais possiblement aussi chez les policiers et les enseignants qui ont frôlé l’obligation vaccinale. Tout cela ne peut qu’induire à long terme un délitement de l’Etat.

Un effondrement du système de santé est à craindre

Pour résumer, l’obligation vaccinale ne sert pas d’objectif sanitaire mais offre au mieux une protection individuelle pour les métiers concernés. En revanche, elle va provoquer une déplétion brutale des effectifs et une baisse à long terme du recrutement dans des secteurs déjà marqués par un manque de moyens humains. Il est important de noter qu’une partie importante de ces effets délétères est d’ores et déjà irréversible (notamment les démissions et les difficultés à venir du recrutement). Plus le gouvernement persistera dans cette voie, moins les effets délétères de cette politique pourront être corrigées. Il est donc urgent de sortir de cette impasse.

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7 commentaires
  1. Tout ça se tient correctement et logiquement, et à l’heure où les Australiens enregistrent trois fois plus de décès avec la piquouze jaune infernale par rapport aux décès directement attribués au covid ( V. https://www.francesoir.fr/societe-sante/australie-trois-fois-plus-de-deces-rapportes-vaccins-vs-covid ), il serait temps que les trous de cuir revoient leur copie.
     
    Malheureusement, comme l’a déjà décrit le taulier, ils sont en mode petit vélo depuis déjà un certain temps et ça ne va vraisemblablement pas s’arranger, c’est le lot des pays qui ont un gamin à la tête de leur état, qui plus est quand l’impétrant est aussi un malade mental.
     
    Le souci, c’est que s’il n’y a pas une (grosse) soupape de sûreté prompte à s’ouvrir et que, comme c’est prévisible, la comédie continue et s’enfonce, ce qu’elle vient de faire avec les gamins de 12 ans et 2 mois (tous ceux qui se sont déjà heurtés frontalement avec une quelconque administration ou juridiction apprécieront le côté 2 mois à sa juste valeur), alors les choses vont devenir beaucoup plus sérieuses, pour ne pas dire plus grâves…
     
    Maintenant, cette soupape peut également être un gros piège à con, on attend jusqu’au dernier moment, celui où les gens commencent à vraiment ruer pour casser les brancards, puis on leur donne un nonos pour qu’ils se jettent dessus en comptant qu’ils oublient le reste – c’est possiblement ce qui se passe actuellement avec l’inculpation de la mère Bouzyn ; reste qu’on verra, parce qu’il serait étonnant qu’elle accepte de porter le chapeau pour tous les autres, à moins bien sûr, qu’on lui propose une somme suffisamment conséquente pour qu’elle finisse par accepter. Sa moralité étant déjà plus que douteuse, ça n’est pas un scénario de science-fiction.

    1. Sans rajouter quoi que ce soit à cette magnifique analyse et à l’ajout confirmé de Jiff, par exemple cette aberration australienne qui avait commencé par les arrestations brutales des non porteurs de masques en 2020, va survenir une complication supplémentaire de la troisième branche hospitalière de la fonction publique ; elle va décourager les soignants sans faire de même avec sa bureaucratie. Après cette saignée prévisible des soignants, il est envisageable de voir les bureaucrates représenter 50% des effectifs des hôpitaux. Alors qu’ils étaient déjà à l’étiage surnuméraire de 30% début 2020. C’était déjà un scandale !

      Bien entendu, après et si l’analyse se confirme, les patients seront mieux pris en charge.
      J’ai renoncé à me faire soigner en France.
      Je ne sais pas encore où aller et je cherche vers les pays de l’Est.

      Laissons conclure Vladimir Boukovski comme il le fit en 2004 dans sa vidéo devenue virale « L’Union Européenne, une nouvelle URSS ? » : « J’ai vécu dans votre avenir, ça n’a pas marché ! »

      Quand au gamin dont parle Jiff, cela fait longtemps, 4 ans, que mon opinion est arrêtée : la camisole de force.

  2. Simplement merci pour cet article, qui met en mots tout ce qui se dessinait dans mon esprit mais qui restait somme toute confus. C’est clair et net

  3. “Qu’ils s’en aillent”

    J’espère que vous aurez un gros problème médical et que le personnel soignant refusera de vous prendre en charge parce que débordés.

  4. À l’attention de François Serveniere

    Je fais partie des irréductibles qui ne se vaccineront pas mais aussi de ce que vous appelez la bureaucratie comme des secrétaires, agent d’accueil ou d’admission divers. Tous ces personnels non soignants des hôpitaux seront suspendus le 15.. De nombreux problèmes d’organisation vont compliquer la tâche des différents services.. Pour votre information, mon CHU comme tant d’autres connaît de nombreux départs en temps ordinaire, l’obligation vaccinale causera de gros problèmes de recrutement supplémentaires.. Ne croyez pas que les membres de la bureaucratie ne quittent pas le navire, bien au contraire !

  5. Merci pour votre analyse qui montre bien les effets délétères de cette loi et les retentissements préjudiciables sur les personnes. Pour rappel, on omet souvent de mentionner que les psychologues sont également dans les catégories victimes de l’obligation vaccinale.

  6. Des sociétés sont déjà en train de fabriquer “en masse” des robots sociaux (pour tenir compagnie/aider les personnes âgées et pour effectuer des soins médicaux).

    Tout est déjà prêt : le Business Plan se poursuit.

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