[PAYANT] Le “ni droite ni gauche” c’est fini ! Zemmour oblige les candidats de droite à renoncer au “en même temps” macronien!

Les droites de Husson n°18: Quand Marine Le Pen avoue sa panique de perdre pied dans la course électorale - Le coup de communication manqué de Valérie Pécresse - Eric Zemmour et les aléas d'une fausse campagne "à la Trump" - Michel Barnier vient jouer les trouble-fêtes dans le match Bertrand-Pécresse

Marine Le Pen perd son sang-froid et prend pour elle les propos de Marion Maréchal

Il y a de la fébrilité chez Marine Le Pen, c’est le moins qu’on puisse dire.  Marion Maréchal, qui se trouvait jeudi 23 et vendredi 24 à Budapest pour le sommet sur la démographie, a répondu à quelques questions des journalistes qui étaient là. Interrogée sur la campagne présidentielle, elle a déclaré: “Tout peut arriver dans une campagne présidentielle. Tous les scénarios qui sont toujours annoncés peuvent être parfois remis en cause. Ce qui est sûr, c’est que je ne m’aventurerais pas à dire que le scénario du deuxième tour est joué”.  En bonne logique, cela veut dire que le deuxième tour pourrait ne pas voir s’affronter Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Parmi les possibilités, il y a un second tour sans Emmanuel Macron ! Mais Marine Le Pen entend que sa nièce a voulu dire qu’Eric Zemmour pourrait être au second tour à sa place. Et elle réagit de manière très agressive comme vous pourrez le constater dans l’extrait vidéo ci-dessus. Regardez ces images, elles sont terribles, le langage corporel de Marine Le Pen trahit la panique qui l’habite. Elle aurait pu répondre avec humour qu’elle imaginait bien un second tour sans Emmanuel Macron et elle aurait mis les rieurs de son côté. Au lieu de cela, elle attaque Marion Maréchal en lui reprochant d’avoir perdu le contact avec le terrain. Et l’entourage de Marine Le Pen se dit assuré que Marion Maréchal va commettre l’erreur de soutenir Eric Zemmour. On peut difficilement imaginer plus maladroit! En fait, même si, Marine Le Pen et son entourage propre assurent qu’il n’y a aucune raison de changer de cap, la candidate à l’élection présidentielle ne s’est pas remise de son incapacité à mobiliser l’électorat du rassemblement National lors des élections régionales de juin dernier.  Si Marion Maréchal a refusé de dire, hier, pour qui elle voterait et trouvé des idées proches des siennes chez Eric Zemmour autant que chez Marine Le Pen, cette dernière devrait prendre le temps de réembobiner la pellicule des dernières années et prendre le temps de regarder le film d’un énorme gâchis.  De la mise à l’écart constante de sa nièce dans les débats internes du Front National en 2015-2016, au moment où s’élaborait la stratégie présidentielle de 2017,  à la conférence de presse angoissée du vendredi 24 décembre 2021, Marine Le Pen illustre la célèbre formule d’Héraclite: “Le caractère, c’est le destin”. A force d’exclure, on se retrouve seul. 

Gérard Darmanin ne voit pas ce qui sépare Valérie Pécresse de la majorité gouvernementale

Gérard Darmanin porte-t-il malheur aux candidats de droite qu’il affronte pour faire place nette à Emmanuel Macron?  On se rappelle qu’il avait déclaré durant son débat avec Marine Le Pen: “Madame Le Pen, dans sa stratégie de dédiabolisation, en vient quasiment à être dans la mollesse je trouve… Il vous faut prendre des vitamines, je ne vous trouve pas assez dure là“.  Au fond, c’était assez bien vu et c’est ainsi qu’on réagi les électeurs lors des élections régionales, en n’allant pas voter pour un Rassemblement National qui s’est banalisé à force de vouloir paraître “convenable”. 

Avec Valérie Pécresse, Gérard Darmanin a eu cette formule: “On n’a pas beaucoup de différences, elles sont caricaturées pour le besoin de la campagne“. Et il y est revenu plusieurs fois au cours de leur débat. Le Ministre de l’Intérieur n’a-t-il pas mis le doigt là où ça fait mal? Rien dans l’émission dans laquelle était encastré leur débat n’a permis à la candidate de vraiment se démarquer.  Et Gérald Darmanin a réussi assez habilement à enfermer la candidate dans un débat technique sur l’immigration. 

Valérie Pécresse était l’invitée d’ “Elysée 2022”, l’émission politique de France 2 en vue de l’élection présidentielle. Notre chimère préférée “deux tiers Merkel, un tiers Thatcher”,  a explicité sa formule de fabrication: deux tiers de concertation (Merkel) et un tiers de fermeté (Thatcher).  C’est sans doute abstrait pour les Français. Quand elle revient à la politique française, Valérie Pécresse dit être opposée à la fois à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen. Est-ce bien raisonnable quand on aura besoin des voix du Rassemblement National si l’on est au second tour, pour battre Emmanuel Macron? Ne vaudrait-il pas mieux dire que l’on veut arriver au même résultat que la droite nationale mais qu’on en prend les moyens au lieu de rester dans l’incantation? Mais, comme me l’a confié un observateur perspicace de la droite: “Valérie Pécresse n’a pas les réflexes de celle qui saurait parler au peuple de droite”.  Et quand on lui demande si Eric Zemmour n’est pas le vrai candidat de la droite, Valérie Pécresse répond par une incantation très sarkozyste au lieu de traiter le fond: en répétant que c’est elle qui sera au second tour.  D’une manière générale, la candidate a oscillé entre l’affirmation de sa personnalité et des passages très technocratiques. Elle a manqué l’occasion de se faire remarquer par des formules martelées et choc, qui auraient fait parler de l’émission.. 

Moment cocasse, ensuite, quand la candidate n’identifie pas une chanson de Gims, qu’elle est fière, par ailleurs, d’afficher comme un soutien.  Cela pourrait faire sourire mais n’est-ce pas très représentatif d’une manière de faire de la politique dont les Français ne veulent plus? Se faire soutenir par Gims, n’est-ce pas très macronien? 

En tout cas, si l’on reste dans un univers macronien, se pose la question du succès de com. Et de ce point de vue, Valérie Pécresse a raté son pari, puisque l’audimat de l’émission a été très faible: 1  million de téléspectateurs quand, parallèlement, le débat entre Mélenchon et Zemmour en attirait près de quatre fois plus. 

Eric Zemmour: les aléas d'une fausse campagne "à la Trump"

Evidemment, il suffisait de quitter France 2 pour se rendre sur BFM TV et l’on passait dans un autre univers. Autant dire que l’on ne s’est pas ennuyé durant un peu plus de deux heures à écouter débattre Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon. Le débat fut de mon point de vue de bonne tenue si on le prend comme l’affrontement entre deux visions de la France. Deux bons orateurs, deux hommes cultivés, aux points de vue inconciliables. Il est sans aucun doute utile qu’aient été exprimées aussi franchement un point de vue de droite et un point de vue de gauche. C’est excellent pour la démocratie. Et l’on comprend la grande utilité d’Eric Zemmour  dans cette campagne présidentielle: il va empêcher qu’un débat entre la droite et la gauche soit escamoté. Au fond, Jean-Luc Mélenchon a une pensée très macronienne: rejet de la “culture française”, omniprésence du danger climatique, évolution vers le revenu universel, vision irénique de l’Islam; il ne faut jamais oublier que Jean-Luc Mélenchon a été trotskiste puis socialiste. Et il est au fond porteur du consensus mitterrandien des années 1980 avec, comme seule originalité, une rhétorique pseudo-révolutionnaire. Eric Zemmour – qui a remarquablement abordé les sujets économiques et environnementaux sur lesquels on ne l’attendait pas – est l’empêcheur de tourner en rond. Il remet en cause l’immigration sans contrôle, le mépris de la nation, la perte de l’assimilation, la complaisance vis-à-vis de l’Islam; il refuse de faire de la vulgate climatique le centre factice des débats. Lorsque Jean-Luc Mélenchon essaie de faire revenir le pas-encore-candidat à des questions sociales, on arrive à un vrai débat puisqu’ Eric Zemmour , au fond, parle avec réalisme de la question sociale tandis que Jean-Luc Mélenchon se fait le porte-parole d’une impossible conciliation entre préoccupations sociales et environnementales. 

Ce faisant, Eric Zemmour s’installe dans un rôle qui peut lui permettre de faire un score inattendu au premier tour.  Sans être en mesure, tant il aura clivé, de rassembler au second tour. 

C’est tout le paradoxe de sa campagne – dont Zemmour dit qu’il veut la mener “à la Trump”. Mais Trump avait quelques propositions pratiques (comme le mur à la frontière avec Mexique ou les barrières commerciales avec la Chine) pour arriver au gouvernement à la tête d’un grand parti de droite revigoré. Eric Zemmour, lui, sur la question identitaire, est essentiellement dans le débat d’idées. Il a peu de propositions pratiques. Et il n’est pas en mesure de rassembler toutes les forces de droite dispersées. 

Il est vrai que la campagne, malgré tout, a pris un tour “trumpien” avec les scandaleuses révélations  de Paris Match sur la vie privée d’Eric Zemmour.  

Michel Barnier vient jouer les trouble-fêtes dans le match Bertrand-Pécresse

Dans le feuilleton des fausses primaires de la droite, nous avons eu, cette semaine, la publication de l’enquête d’opinion sur les différents candidats à la candidature

A première vue, Xavier Bertrand est en tête sur quasiment toutes les questions, notamment sur «la connaissance de la réalité des territoires», ou sa «proximité avec les préoccupations des Français». La grande surprise du sondage, cependant, c’est la percée de Michel Barnier. En revanche, sur «la capacité à bien représenter la France à l’étranger», Michel Barnier à 66% devance Xavier Bertrand de 8 points ( devant Valérie Pécresse à 54%). Sur «la capacité à rassembler autour des valeurs de la droite et du centre» Michel Barnier et Xavier Bertrand sont à égalité à 59%, devant Valérie Pécresse à 56%.

Interrogés pour savoir qui a la stature d’un président de la République, les sondés placent Xavier Bertrand (55%) à un point seulement devant Michel Barnier (54%). Valérie Pécresse est à 48%. Sur la capacité à qualifier la droite et le centre pour le second tour de l’élection présidentielle, Xavier Bertrand devance ses concurrents seulement de peu (58% contre Valérie Pécresse et Michel Barnier ex aequo à 52%). 

Le double enseignement de cette enquête, c’est l’absence d’efficacité de Xavier Bertrand, parti en campagne dès le printemps et, par comparaison, le rattrapage de Michel Barnier malgré son manque de notoriété relatif et son départ officiel en campagne fin août. Ajoutons que l’enquête a été menée avant la polémique médiatisée sur le “bouclier constitutionnel”  de Michel Barnier. Je continue à penser que Michel Barnier – dont on lira avec profit l’entretien dans Le Point du 23 septembre –  peut gagner la procédure de sélection du candidat.  

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2 commentaires
  1. Je ne pense pas que la position d’Eric Zemmour repolarise le clivage droite-gauche. Il va effectivement obliger les militants et les sympathisants de LR à se positionner par rapport à Emmanuel Macron, c’est à dire par rapport au mondialisme ou au maintien des Etats-nation, à commencer par le nôtre. Eric Zemmour fait un choix tactique en ciblant le problème l’immigration, lui-même consubstanciel à la mondialisation rampante.

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