Comment les fact-checkers nous désinforment

Par ENZO L. - Le spectaculaire et médiatisé épisode épidémique qui a touché l’Inde au printemps 2021, et sa quasi disparition quelques semaines après que le Ministère indien de la Santé a intégré l’ivermectine dans ses recommandations de traitement précoce du Covid, ont donné lieu à des interprétations divergentes. Divers fact–checkers et vulgarisateurs scientifiques, dans les grand médias ou sur les réseaux sociaux, sont intervenus pour trancher dans le débat. En multipliant les erreurs factuelles, apportant finalement davantage d’obscurité que d’éclaircissements. L'exemple de l'Inde...

Rappelons en quelque mots ce qui s’est passé en Inde au printemps.

Peu de temps après le début de la campagne de vaccination, une forte vague épidémique a émergé dans le pays — ce qui a été largement médiatisé en France et ailleurs.

Alors que la situation épidémique empirait, le Ministère de la Santé du gouvernement central de l’Inde a modifié ses recommandations de prise en charge du Covid, préconisant l’utilisation précoce d’ivermectine et d’inhalations de budesonide.

Hormis quelques-uns des 36 états qui forment l’Inde (nous avons abordé ces disparités ici), le pays a rapidement vu l’épidémie refluer, et en quelques semaines, la situation était redevenue normale presque partout.

Aujourd’hui, la situation perdure : la grande majorité des états indiens vit quasiment sans épidémie depuis plusieurs mois, à l’exception, là encore, de quelques états, comme nous le verrons plus loin.

Les enseignements de cet épisode du Covid en Inde sont encore loin d’avoir été tirés, et font l’objet de désaccords radicaux. Depuis cet épisode épidémique, à plusieurs reprises, des informations contradictoires ont émergé sur les réseaux sociaux et dans les médias, nourrissant telle ou telle hypothèse. C’est parmi ces informations contradictoires que l’on va chercher à y voir clair.

Divers analystes peu médiatisés, tels Juan Chamie ou le Dr Maudrux, ont vu dans le recul rapide de l’épidémie en Inde une confirmation de l’efficacité du traitement à base d’ivermectine. Ils soulignent que le reflux de l’épidémie a suivi de près la recommandation de l’ivermectine et du budesonide en traitement précoce, que les états qui ont été le plus actifs dans l’adoption de ces recommandations (Uttar Pradesh, Uttarakhand, Maharashtra…) ont connu les meilleurs résultats, tandis que ceux qui ont choisi de ne pas s’y conformer (Tamil Nadu, Kerala…) ont connu une vague épidémique plus longue et plus meurtrière, et pointent que l’Inde n’a pas connu de résurgence de l’épidémie depuis le printemps 2021.

D’autres commentateurs, au contraire, ont cherché à démontrer que l’ivermectine ne pouvait pas avoir eu le rôle bénéfique qu’on lui prêtait, de façon un peu trop simpliste.

Plusieurs arguments définitifs ont été employés :

« L’ivermectine a été introduite en Inde alors que le recul de l’épidémie était déjà en cours » FAUX !

C’est ce que dit CheckNews, la rubrique de fact-checking de Libération : « De fait, cette décision – et a fortiori son déploiement sur le terrain – sont postérieures au pic des infections. »

Comment cette affirmation est-elle étayée ? Par deux observations faites par ChekNews :

– le pic du nombre de tests positifs est atteint en Inde le 6 mai, ce qui conduit les auteurs à calculer que « du fait des périodes d’incubation et présymptomatique, le pic des infections est situé entre 10 et 15 jours avant cette date (soit entre le 21 et le 26 avril). »

– un document du Ministère indien de la Santé, qui mentionne l’ivermectine en traitement précoce, est daté du 28 avril. Et comme le 28 avril est postérieur à la période du 21 au 26, dans lequel le pic des contaminations est censé se trouver d’après Libération, si l’épidémie a baissé, ça n’a rien à voir avec l’ivermectine.

Premier problème dans ce raisonnement : ce n’est pas le 28 avril que l’Inde a introduit l’ivermectine dans ses recommandations de traitement précoce, mais le 22 avril, avec une mise en ligne le 23 avril sur le site officiel du Ministère de la Santé. Et la préparation de ces recommandations par l’un des services du Ministères (l’Institut des Sciences Médicales de Toute l’Inde, AIIMS) remonte au moins au 7 avril (voir le document).

On peut, grâce aux Archives du Web, retrouver l’apparence et le contenu que présentait le site officiel du Ministère indien de la Santé le 29 avril 2021.

Si on ouvre ce dernier lien, on constate que deux documents ont été mis en ligne le 29 avril — si on clique sur celui de gauche, on peut en prendre connaissance et reconnaître celui qu’a repéré CheckNews — et qu’un autre, à droite, mis en ligne le 23 avril, peut également être téléchargé : daté du 22 avril, il mentionne l’ivermectine, l’hydroxychloroquine et le budesonide comme traitements précoces possibles contre le Covid-19.

Aperçu du site du Ministère indien de la Santé tel qu’il s’affichait le 29/04/2021

Les titres des documents sont clairs : le premier (à droite) est un « guide clinique pour la prise en charge du Covid-19 chez l’adulte », et celui qui le suit 6 jours plus tard est un « guide pour l’isolation à domicile des patients atteints de Covid-19 léger ou asymptomatique ». Les deux recommandent l’ivermectine en traitement précoce des formes modérées et asymptomatiques.

Ainsi, le document daté du 22 avril et mis en ligne le 23 recommandait officiellement l’ivermectine en traitement précoce.

En donnant une fausse date d’adoption de l’ivermectine en Inde avant de bâtir sur cette fausse date une théorie disqualifiant l’ivermectine, CheckNews produit donc une première « fake news ».

Cela dit, personne ne pense que, magiquement, le fait d’introduire des recommandations, même pour un traitement très efficace, n’aura un impact automatique et immédiat sur la courbe d’une épidémie — c’est-à-dire sur la transmission du virus.

Ce qui est soutenu par les tenants de l’efficacité de l’ivermectine, c’est que son administration précoce peut d’une part réduire très nettement le risque d’être hospitalisé et de décéder si on est traité précocement (ce qui devrait se traduire par une baisse accélérée de la mortalité), mais aussi, en rendant les malades contagieux moins longtemps, de réduire le nombre de contagions par une personne malade (le fameux « R0 » de certaines modélisations), et donc, indirectement, de freiner l’épidémie.

Pour autant, le temps, l’ampleur et donc l’efficacité de la mise en œuvre concrète du traitement chez de nouveaux malades après qu’une recommandation officielle a été émise peut dépendre de divers facteurs : l’efficacité de la diffusion de l’information officielle, la disponibilité et l’accessibilité des médicaments, l’attitude favorable ou défavorable des médecins et des patients face au traitement, etc.

Mais sans entrer dans l’analyse impossible de ces divers facteurs, on peut tout de même remarquer que « le pic de l’Inde » ne correspond à aucune réalité : l’Inde est un sous-continent peuplé d’1,4 milliards d’habitants, composé de 36 états (ou entités), qui ont chacun leur politique sanitaire et qui ont chacun une courbe épidémique distincte*.

Ainsi, par exemple, le 22 avril, l’état du Gujarat avait déjà intégré l’ivermectine (ainsi que le Favipiravir) dans son protocole de prise en charge du Covid-19.

Et, sans attendre les recommandations du gouvernement central, l’Uttar Pradesh avait intégré ivermectine, azithromycine et doxycyline dans ses propres recommandations dès le 1er avril 2021. (Voir le document).

La résultante de toutes ces politiques disparates et des courbes qui en découlent donne certes l’impression que l’Inde a connu un pic du nombre de cas le 6 mai (la courbe pointillée), mais les états ont en fait des pics à différentes dates.

Deuxième problème

Tel qu’il est estimé par CheckNews, le délai moyen entre la contamination et la détection par un test positif semble démesuré : entre 10 et 15 jours, indiquent-ils. Or, la période d’incubation moyenne du variant Delta (c’est-à-dire précisément le variant indien) a été estimée à 4 jours : entre la contamination et les premiers symptômes il s’écoule 4 jours en moyenne. Certes il faut y ajouter le délai entre les symptômes et le moment où on se fait tester, mais celui-ci il n’est vraisemblablement pas de 6 à 11 jours en moyenne…

Ainsi, contrairement aux allégations de CheckNews qui cumule deux erreurs dans le même sens, les dates n’apportent aucune preuve que l’ivermectine n’a pas contribué à réduire la mortalité et les contaminations. La publication d’une recommandation de l’ivermectine le 23 avril et un pic des diagnostics le 6 mai sont parfaitement compatibles avec l’hypothèse d’un rôle de l’ivermectine dans la baisse de la mortalité, de la durée de contagiosité des personnes traitées précocement, et donc de l’affaiblissement de l’épidémie elle-même.

Le raisonnement de CheckNews ne permet donc pas de conclure : il est fondé sur un mauvais calcul, à partir d’une date de recommandation placée à tort au 28 avril.

La fausse date du 28 avril est pourtant également donnée par le Figaro, par la RTBF, par AFP-Factuel, et par divers influenceurs sur les réseaux sociaux, tels Odile Fillod (qui reprend tout le raisonnement de CheckNews dans le récent commentaire d’un de ses posts sur Facebook)

« L’Inde a retiré l’ivermectine de ses recommandations au bout de 40 jours » FAUX !

CheckNews, la RTBF, AFP-Factuel, qui se citent les uns les autres, affirment également que l’Inde a abandonné l’ivermectine après 40 jours. Ils s’appuient pour cela sur des articles de la presse ou de médias audiovisuels indiens qui l’affirment, mais ils ne sont pas allés vérifier sur le site web du ministère indien de la Santé. Or, comme on l’a déjà abordé, il semble que des dissensions entre différents services du Ministère aient conduit l’un d’eux, la Direction Générale des Services de Santé (DGHS) à rédiger début juin des « contre-recommandations » excluant l’ivermectine et tout traitement précoce.

Cette initiative a été aussitôt saluée par une responsable de l’OMS et par divers médias, n’a pas été approuvée par les autres services et n’a jamais été publiée par le Ministère de la Santé.

Par exemple, le 23 juin, l’AIIMS publiait un webinaire incluant les recommandations du 22 avril, et la seule version du « guide clinique pour la prise en charge du Covid-19 chez l’adulte » présente sur le site du Ministère de la Santé à l’heure où nous rédigeons ce billet est la version mise à jour le 19 mai et publiée sous deux déclinaisons les 19 et 24 mai 2021.

Aperçu du site du Ministère Indien de la Santé au 23/12/2021

Ainsi, l’Inde n’a pas « abandonné » l’ivermectine au bout de 40 jours, et CheckNews, la RTBF, AFP-Factuel ou France Info, comme de nombreux autres, produisent une deuxième fake news.

[Dernière minute : le Ministère indien de la Santé a publiéle 24/12/2021 de nouvelles recommandations, où l’ivermectine ne figure plus.]

On notera que CheckNews (repris par la RTBF et AFP-Factuel qui ne cherchent pas à vérifier les allégations de leur confrère), donne comme seule explication de la rapide décrue de l’épidémie en Inde la politique de restrictions de circulation et de « confinement le week end » et de couvre-feu mise en place par certains états…

Certes, sans confinement, l’Uttar Pradesh, état le plus dense et le plus peuplé d’Inde, ayant commencé à traiter très tôt, menant une politique volontariste consistant à envoyer des milliers d’équipes médicales dans les villages reculés afin de tester tout le monde et de traiter les malades, a des courbes de « cas » et de mortalité parmi les plus basses de l’Inde, avec un pic atteint plus tôt que la plupart des autres états, mais cela ne semble pas atteindre la confiance de CheckNews dans son explication.

« Le Kerala a souffert malgré l’ivermectine » FAUX !

D’autres fact-checkers, se présentant comme vulgarisateurs scientifiques et se targuant de donner l’exemple d’une rigueur scientifique, multiplient également les approximations et les contre-vérités.

Ainsi, Dur à Avaler a publié de nombreux billets sur l’ivermectine, et a abordé plusieurs fois le cas de l’Inde (iciici ou  par exemple). Dans ce billet du 11 octobre 2021, il part de courbes qui circulent sur le net pour les critiquer et tenter d’invalider leur message favorable à l’ivermectine. Ce faisant, il accumulent plusieurs erreurs importantes :

– Selon Dur à Avaler, le mauvais bilan du Kerala face au Covid-19 — alors que l’ivermectine y était recommandée au printemps comme ailleurs en Inde — doit faire douter de l’efficacité du traitement. Ce que Dur à Avaler n’a pas vu, c’est que les recommandations du Kerala restreignaient nettement l’usage de l’ivermectine par rapport à la plupart des autres états. En effet, alors que le Ministère indien de la Santé la recommandaient pour tous les cas de Covid-19 léger ou même asymptomatiques, le Kerala, dans la version 3 de ses guidelines publiées le 24 avril 2021, ne la préconise que pour les malades à risque ou atteints de symptômes sévères (la « catégorie B » de patients, précisément décrite dans les guidelines du 25 avril.)

Pour les patients ayant des symptômes légers ou asymptomatiques, aucun traitement n’était préconisé. Le « pari » de la réduction de la charge virale chez les patients asymptomatiques ou légers, et de son impact bénéfique sur la circulation du virus n’a donc pas été fait au Kerala.

Dans la version 4 de ses guidelines, publiée le 5 août, l’ivermectine est purement abandonnée, contrairement aux anticorps monoclonaux, au Remdesivir et au Tocilizumab, traitements chers et dont l’efficacité n’a pas été démontrée de façon éclatante…

L’utilisation d’ivermectine au printemps a donc été plus limitée au Kerala que dans la plupart des états, qui avaient repris les recommandations du Ministère central. A l’opposé du Kerala ou du Tamil Nadu, certains états comme l’Uttarakhand ou l’Uttar Pradesh sont allés jusqu’à recommander le traitement prophylactique (préventif) par ivermectine de l’entourage des personnes infectées par le Covid-19.

Ainsi, avec le Kerala, Dur à Avaler prend un exemple biaisé pour juger de l’efficacité de l’ivermectine.

« L’Uttar Pradesh a subi une terrible vague malgré l’ivermectine » FAUX !

Dur à Avaler remarque à juste titre que l’Uttar Pradesh avait une longue pratique de l’ivermectine : en effet, dès le 6 août 2020, des recommandations pour un usage précoce et prophylactique de l’ivermectine avaient été émises par les autorités de l’état.

Mais il affirme que cela n’a pas empêché l’état de connaître au printemps « une terrible vague ». Sans doute Dur à Avaler a-t-il oublié de regarder l’échelle des quelques courbes qu’il voulait critiquer. S’il l’avait fait, ou s’il avait cherché à tracer les courbes des différents états, grâce par exemple aux données disponibles ici (dont la mise à jour à cessé depuis le 31 octobre), il aurait pu observer que les courbes de l’Uttar Pradesh, qu’il s’agisse de mortalité, de nombre de « cas » détectés ou de « cas en cours », sont restées parmi les plus basses de l’Inde. Le graphique* ci-dessous montre l’évolution du nombre des « cas en cours » par million d’habitants de chaque état, c’est-à-dire des personnes ni guéries ni décédées. (A la différence de la France, ces données, ainsi que le nombre de patients guéris, sont publiés en Inde.)

Bien sûr on peut douter de la fiabilité des chiffres. Mais dans le cas de l’Uttar Pradesh, un reportage a été publié par l’OMS, saluant l’efficacité de sa politique sanitaire (sans toutefois révéler le contenu des kits de traitement précoce distribués dans l’état.) Et le taux de positivité des tests y est inférieur à 0,1 % depuis juin : le 14 novembre, cet article indiquait 12 résultats positifs sur plus de 158 000 tests effectués sur les dernières 24 heures.

Dur à Avaler s’appuie également sur l’exemple de l’état de Goa, avec le même argument : malgré l’ivermectine il a connu une terrible vague. Il est exact que le taux de mortalité à Goa a été l’un des plus élevés de l’Inde au printemps — avec environ 2300 décès entre le 1er mars et le 1er juillet.

Ce très petit état peuplé d’un million et demi d’habitant a payé un lourd tribut. Mais Dur à Avaler fait quelques confusions, pour aboutir à l’idée que la courbe épidémique à Goa était montée malgré l’ivermectine ou — au choix — était descendue bien avant que l’ivermectine soit distribuée.

Il confond par exemple le traitement précoce — sur lequel il n’est pas aisé de trouver une information officielle concernant la politique suivie à Goa (qui a totalement retiré l’ivermectine de ses recommandations le 9 juin 2021) — et un projet de traitement préventif généralisé de la population adulte par ivermectine, projet annoncé le 10 mai puis le 17 mai, mais qui n’a jamais été mis en œuvre, comme on l’a déjà relaté.)

« Puisque les chiffres de l’Inde sont sous-estimés, on ne peut rien en tirer » FAUX !

Comme beaucoup de commentateurs, Dur à Avaler évoque la sous-estimation du nombre de décès en Inde. Souvent reprise pour entretenir le doute (« on ne peut rien savoir sur l’Inde, et encore moins en tirer un enseignement ») ou pour sauver la face de la France et des ses courbes de mortalité bien plus élevées, une hypothèse scientifiquement étayée situe aux alentours de 3 à 4 millions de décès le bilan réel de l’Inde, plutôt que les 450 000 décès officiellement annoncés.

Ces chiffres sont impressionnants, et nous ne chercherons pas à les discuter, mais même s’ils sont plus proches de la réalité que le décompte officiel, cela n’empêche pas de suivre l’évolution de l’épidémie dans chaque état. Par exemple ce site fournit — du moins jusqu’au 31 octobre 2021 — diverses données, notamment le taux de positivité des tests état par état et district par district ; or, en général, le taux de positivité des tests suit relativement fidèlement la situation épidémique, plus fidèlement en tout cas que le nombre de « cas détectés », qui dépend des variations du nombre de tests effectués. Et la sous-estimation des décès n’a pas d’impact sur les résultats des tests. On peut donc voir que depuis mi-juin, sur les dizaines ou centaines de milliers de tests qui sont effectués chaque jour en Uttar Pradesh, le taux de positivité n’est jamais passé au-dessus de 0,1% entre mi-juin et la fin de des mises à jour du site. Cet article de la mi-novembre, indique qu’en 24 heures, sur 158 000 tests effectués en Uttar Pradesh, 12 se sont révélés positifs. Le Punjab, le Bihar, Delhi etc. ont suivi le même chemin, tandis que le Kerala ou le Mizoram gardaient des taux de positivité proches de 10%.

Pendant l’épidémie de printemps, comme https://blogs.mediapart.fr/enzo-lolo/blog/060721/covid-19-berceau-du-variant-delta-quest-linde-devenue on l’a constaté, plusieurs états affichaient chaque jour le nombre de « lits Covid » disponibles dans les hôpitaux, et qu’on a pu voir baisser le taux d’occupation de ces lits de jour en jour aux mois de mai et juin.Enfin, il faut noter que plusieurs états ont décidé de distribuer une aide financière aux familles ayant perdu un membre à cause du Covid-19. (Par exemple, en octobre, l’Uttar Pradesh a annoncé une indemnité de de 50 000 roupies aux héritiers de chaque personne décédée du Covid, et a récemment précisé les conditions et les démarches à suivre.) Dans certains cas, cela a conduit à des déclarations tardives de décès de la part des familles, et à des rattrapage des chiffres officiels de mortalité.

Sur le graphique précédent, où les données sont représentées en moyenne sur 7 jours, les « marches » trapézoïdales qui apparaissent de-ci de-là correspondent à de tels rattrapages de données.

Si on représente la mortalité jour par jour, on voit apparaître ces rattrapages sous forme de pics :

Les sites covid19india.org et data.covid19india.org ayant cessé leurs mises à jour, pour les données postérieures au 31 octobre 2021, on s’appuie sur les chiffres publiés quotidiennement dans la section « COVID-19 Statewise Status » du site du Ministère de la Santé.

La véritable victoire de l’ivermectine ?

Comme cette source indique le détail des rattrapages de données effectués par les états, il est possible de les faire disparaître pour obtenir l’allure plus réelle des courbes. (On sait que ces corrections s’appliquent au passé,sans doute de façon à peu près uniforme, mais on ne sait pas quand.) Il se trouve que depuis plusieurs semaines, le Kerala procède chaque jour à d’importants rattrapages de données de mortalité.

Exemple : on peu lire au bas du tableau publié par le MoHFW que le 24 décembre 2021, le Kerala a déclaré 31 décès pour les 24 dernières heures et 311 décès plus anciens. Ainsi, le bilan officiel du Kerala pour le 23 décembre n’est pas de 342 mais de 11 décès, et celui de l’Inde n’est pas de 387 décès mais de 76 décès pour la journée du 23 décembre.

Les courbes brutes*, qui incluent ces rattrapages à la date où ils sont déclarés, ressemblent à ceci :

Mais le niveau de mortalité actuelle du Kerala est nettement surestimé par ces courbes. Si on retire les principaux rattrapages et qu’on ne conserve que les états de plus 10 millions d’habitants, voici* ce que l’on obtient :

Ainsi, à l’exception du Kerala, qui n’a jamais adopté la politique de traitement précoce par l’ivermectine que la plupart des autres états ont mise en œuvre, le Covid-19 ne fait quasiment plus de décès en Inde depuis 5 ou 6 mois.

On peut faire le bilan des différents états* en affichant le cumul de mortalité dans chaque état jusqu’aujourd’hui (rattrapages de données compris, puisqu’ils doivent être pris en compte dans le cumul.)

La mortalité cumulée s’échelonne de 50 décès par million au Telangana à 2284 à Goa. A force de rattrapages de données et en raison d’une mortalité qui perdure, le Kerala s’approche de Delhi et de Puducherry et de leurs 1340 décès par million.

Les fact-checkers et autres vulgarisateurs s’évertuent à démontrer que l’ivermectine ne peut pas avoir provoqué la chute de l’épidémie au printemps, mais est-ce vraiment la question ? Quand bien même l’épidémie aurait commencé à refluer avant que les traitements à base d’ivermectine et d’autres médicaments soient mis en œuvre, cela prouverait-il que l’ivermectine est inefficace ?

Aujourd’hui, le phénomène maquant en Inde, qui a indéniablement souffert lors de l’explosion épidémique du printemps, n’est-il pas qu’elle vive depuis 4 mois sans Covid-19 ?

Les deux exceptions, le Kerala et le Mizoram, qui n’incluent pas l’ivermectine dans leur guidelines, mais optent pour le Tocilizumab ou les anticorps monoclonaux, peuvent-elles offrir un enseignement ?

Les fact-checkers ne devraient-ils pas s’intéresser aux faits, plutôt que de propager des fake news ?

 

*Pour tous les graphiques représentant des courbes pour ce billet, on a écarté trois états atypiques : Andaman&Nicobar, Dadra&Nagar Haveli&Damman&Diu, et Lakshadweep (Laquedives). En effet, ces états sont morcelés et peu peuplés, et leurs courbes, sensibles à de faibles variations des données, brouillent la lecture des graphiques..

Article publié initialement sur le site covid-factuel.fr et reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.
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9 commentaires
  1. Je ne sais pas si c’est une si bonne chose que ça de publiciser ces résultats, parce que ces tordus ont déjà interdit l’hydroxychloroquine et tout dernièrement, les C3 – manquerait plus qu’ils interdisent l’ivermectine et le tableau serait complet (tableau de chasse pour eux, s’entend:(
     
    Un jour ou l’autre et où qu’ils se trouvent, il faudra qu’ils répondent de leurs crimes contre l’humanité et subissent les cons-équences de leurs actes monstrueux.

  2. Il est aussi possible d’évoquer le Japon qui utilise l’ivermectine depuis septembre… et plus d’épidémie.
    On parle quand même du Japon : 3ème puissance économique mondiale, puissance spatiale

  3. Il me semble qu’on disait dès 2017 que le principal producteur de fake news en Europe était l’Elysée… Cela s’est confirmé avec sa Pravda aux ordres, mainstream qui viennent de recevoir 500 millions d’€ fin décembre pour assurer la continuité du service après vente des fake news élyséennes jusqu’aux élections d’avril 2022.

    Qu’a-ton à envier à l’URSS et à la Chine ?
    Le Goulag et le Laogai. Mais jusqu’à quand ?

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