Valérie Pécresse: la politique sans incarnation

Valérie Pécresse: la politique sans incarnation


Partager cet article

Il n'y a pas un commentateur pour sauver la réputation du meeting de Valérie Pécresse. Pourtant, personne ne prend le temps d'analyser ce qu'a révélé un discours apparemment décousu mais qui en dit en fait beaucoup sur la crise de nos élites politiques. Valérie Pécresse a beau dire sans cesse "ma France", elle est en fait représentative du désarroi de toute une partie de la classe politique qui ne sait plus ce qu'elle défend.

Bilan du meeting de #ValeriePecresse : un pot pourri indigeste et creux servi par une femme qui n’est pas taillée pour la tribune. L’ambiance, les militants et les cadres étaient là. Mais il n’y avait pas de candidate. On entendait une sous préfète qui inaugure une trésorerie. pic.twitter.com/w8sxprFEZM

— François de Voyer (@fdevoyer) February 13, 2022

Le commentaire, que nous reproduisons ci-dessus de François de Voyer, l’un des fondateurs de la chaîne YouTube Livre Noir est cruel mais réaliste. Il nous dit que Valérie Pécresse est concernée depuis longtemps par le principe de Peter.  Elle a atteint son niveau d’incompétence.

Je l’ai connue bon et combattif ministre de Nicolas Sarkozy, dans les gouvernements de François Fillon. Elle appliquait avec zèle et souvent inspiration une feuille de route hebdomadaire écrite à l’Elysée et mise en musique à Matignon. Je l’ai observée, en 2010, faire une désastreuse campagne pour la présidence de région en Ile-de-France. Toutes les erreurs qu’elle commet aujourd’hui, candidate à la présidentielle, on les voyait déjà dans la campagne de 2010, pour les élections régionales. Difficulté à assumer la ligne de droite de la présidence Sarkozy, incapacité à maîtriser les grands caciques du parti; et puis, son proche entourage lui faisait déjà donner des cours de théâtre….

En regardant le meeting de ce dimanche 13 février, j’ai d’abord pensé, comme l’excellent René Chiche:  

J’ai cessé d’écouter la pauvre Valérie Pécresse au bout de quatre minutes car je n’aime pas assister au spectacle de quelqu’un qui se ridiculise à ce point en public sans pouvoir lui venir en aide.#PecresseZenith

— René Chiche (@rene_chiche) February 13, 2022

C’est vrai que cela rend malade, surtout quand on a été son collaborateur pendant un an, comme c’est mon cas (j’eus l’honneur de l’aider à mettre en oeuvre la loi d’autonomie des universités en 2009-2010), de la voir soudain devenue une sorte de Florence Foster-Jenkins du discours politique. 

Ensuite, je l’ai vue, à l’automne 2009, se lancer contre l’avis de son directeur de cabinet – qui pensait que c’était de la dispersion au moment de la mise en oeuvre d’une réforme majeure – dans la campagne des régionales. J’ai vu une femme politique qui savait être très dure, capable de faire des coups pendables dignes des politiciens les plus roués tout en nous jouant le grand air de la femme qui avait deux fois plus d’obstacles à franchir qu’un homme. Au risque d’un cliché, on rappellera avec Héraclite, que « le caractère d’un être humain est son destin ».  

Les déboires de l'hyperindividualisme en politique

Valérie Pécresse: « C’était important que les Français sentent la sincérité qui est en moi » pic.twitter.com/9CPnjN7pqJ

— BFMTV (@BFMTV) February 13, 2022

C’est tellement symbolique de l’époque: un journaliste demandant au candidat s’il est content de son discours ! Et la réponse est celle d’une candidate qui affectionne l’utilisation du « je », qui n’a pas cessé de parler de « ma France » dans son discours; et qui clame « je suis sincère » quand justement beaucoup de Français qui ne la connaissent pas la jugent inauthentique. 

Cependant faut-il se fixer sur Valérie Pécresse? N’est-elle pas le symbole d’un mal plus profond chez nos dirigeants politiques?  Par sa façon d’être « à côté de ses pompes » ne révèle-t-elle pas ce qu’un Macron et tant d’autres personnalités arrivent le plus souvent à camoufler: le manque d’incarnation d’une classe politique qui a été déracinée par l’Europe et la mondialisation. 

Un décor aseptisé à la Macron

Regardez dès le début, cette candidate lointaine, seule sur un immense podium aseptisé. On remarque d’abord les trois couleurs du drapeau français arrangées de telle manière qu’on diraient un immense W – curieux pour une candidate qui combat le wokisme.

Et puis on regarde ce pupitre transparent: mais alors pourquoi avoir un pupitre? Il aurait mieux valu dans ce cas que la candidate fût sans pupitre se déplaçant comme l’orateur d’une conférenceTED. Tout d’un coup, on regarde les drapeaux européen et français ensemble et l’on se dit: je suis à l’Elysée, dans le même type de décor aseptisé que les salons refaits sous l’inspiration de Brigitte Macron. D’ailleurs Valérie Pécresse a commencé son discours par « mes chers compatriotes » – comme si elle était déjà présidente. Au lieu de s’adresser à ses amis, à ses compagnons, à sa famille politique. Elle dit en passant qu’elle sera « une présidente gaulliste à l’Elysée » au lieu d’évoquer devant les militants LR la longue épopée d’une force politique qui remonte aux années 1950. 

Des politiques incapables de raconter une histoire, de s’insérer dans l’Histoire de France

Cela mène au deuxième point frappant: nous avons face à nous une personnalité politique incapable de raconter une (belle) histoire.  Elle est arrivée, elle a commencé son discours. On n’a pas très bien compris de quoi elle parlait ni où elle voulait en venir. Et ce n’est pas seulement la voix mal posée, le ton emphatique ni les intonations à contretemps. Elle est comme çà, Valérie Pécresse. Elle est comme Emmanuel Macron: elle arrive là et parle sans s’arrêter, parle d’elle et de tout ce qui lui passe par la tête sans se préoccuper de l’auditoire.  Lui pose mieux sa voix – encore que….rappelons-nous les fins de meeting hystériques de la campagne de 2017

Curieuse, cette façon qu’a Pécresse de commencer à raconter son histoire personnelle à la fin. Elle aurait dû commencer par cela (elle l’avait fait à la Mutualité le 4 décembre 2021). Mais on comprend que ne sentant pas son auditoire (ce dimanche 13 février une salle enthousiaste qui vivait de sa propre vie), elle se rabatte sur elle-même, pour se rassurer.  Ce faisant, elle révèle qu’elle est en fait incapable de raconter une histoire. Elle ne sait pas, à la différence de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour et, même, Fabien Roussel, faire prendre conscience à ses auditeurs de leur histoire. Elle ne sait pas s’insérer dans l’Histoire de France. Pas plus que Macron ou que Jadot ou qu’Anne Hidalgo. 

Des politiques qui ne connaissent pas la France ni les Français

En fait, d’un bout à l’autre, la candidate a beau nous parler de « sa » France, on s’aperçoit qu’elle ne la connaît pas. Elle prétend « étreindre la France » mais elle fait plutôt penser au Macron du « grand débat » qui monologuait devant des auditoires choisis. Quand elle parle de la jeunesse, elle s’adresse à celle des classes moyennes supérieures. Quand elle parle de culture, d’économie, elle s’adresse à l’électorat LR ou macronien, ne sachant pas élargir sa base. 

Et puis, il y a cette phrase, la seule qui m’aurait mis en colère, si je n’étais pas résigné au naufrage définitif des Républicains: « Nous sommes le vrai convoi des libertés« . Ah non, Madame la Ministre, vous n’allez pas gâcher une fois de plus l’occasion qu’Emmanuel Macron vous offre sur un plateau en ayant fait matraquer, le 12 février,  par des unités de polices suréquipées des Français pacifiques ! 

Je cesse de m’indigner. Les Républicains ont ce qu’ils méritent. A force de mépriser le peuple (Chirac et le cordon sanitaire autour du Front National) ou de penser que ce dernier est tout juste bon à ce qu’on instrumentalise ses peurs (l’entourage de Sarkozy après 2007); à force de ne pas vouloir être une opposition (Laurent Wauquiez pendant la crise des Gilets Jaunes); à force de ne pas avoir d’instinct de survie (torpillage par Nicolas Sarkozy et Alain Juppé de François Fillon en 2017; organisation piteuse du Congrès en 2021),  on récolte ce qu’on mérite.

Marine Le Pen et, encore plus, Eric Zemmour, savent raconter une histoire, créer un lien fort avec un auditoire, parler au peuple de ses soucis. Au second tout de la présidentielle 2022, une vraie droite sera représentée face à Emmanuel Macron. Ce ne sera pas par Valérie Pécresse, qui a laissé passer sa chance. Mais pouvait-elle faire autrement, elle qui est le produit d’une classe politique de plus en plus désincarnée, loin des Français?  


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

Cinq femmes ont assigné jeudi l’État français devant le tribunal administratif, accusant le ministère de la Culture d’inaction face aux agissements de Christian Nègre, ancien DRH, mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les contraindre à uriner en sa présence. Leurs avocates réclament 90 000 à 180 000 euros d’indemnisation chacune. La rapporteure publique a recommandé une somme bien moindre autour de 10 000 euros par victime en qualifiant les faits de « faute personnelle » san


Rédaction

Rédaction

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Le rejet en commission de la proposition de loi autorisant l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer provoque une rupture entre les députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane et la gauche française. Les deux élus dénoncent une « bien-pensance » idéologique qui, selon eux, condamne la Guyane à la dépendance économique alors que ses voisins profitent pleinement du boom pétrolier régional. Les deux députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane (GDR) ont officialis


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Détournement de fonds : un élu macroniste rattrapé par la justice

Condamné à deux ans de prison avec sursis, 75.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, l’ancien député LREM Jean-Jacques Bridey rejoint la longue liste des élus sanctionnés pour détournement de fonds publics. Le motif : 230 000 euros de fonds publics détournés au fil de mandats cumulés. L’affaire illustre une nouvelle fois les dérives d’un système où le contrôle intervient souvent bien après les faits. Jean-Jacques Bridey, ancien pilier LREM et premier soutien d’Emmanuel Macron en 2016,


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

L'humeur de Veerle Daens : 38.000€ pour un lynx alsacien et ses 8 avocats

Compagnons d'absurdistan, retenez bien la jurisprudence du 20 mai : à Strasbourg, une retraitée de soixante-deux ans qui a défendu sa poule contre un lynx a écopé de trois mois de prison avec sursis et de plus de 34 000 euros de dommages et intérêts. La poule n'avait que sa propriétaire. Le lynx avait huit avocats. Reprenons la scène, car elle sort tout droit d'un tableau de chez nous — Brueghel aurait payé pour la peindre. Octobre 2024, Niederbronn-les-Bains, un enclos à poules dans le Bas-


CDS

CDS