Guerre d’Ukraine – Jour 9 – 4 mars 2022 – Point de milieu de journée

Guerre d’Ukraine – Jour 9 – 4 mars 2022 – Point de milieu de journée


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Désormais le Courrier des Stratèges publie à midi et à minuit un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade

Nach Atomkraftwerk-Angriff – Merz schließt Nato-Verwicklung nicht mehr aus https://t.co/wWs7rAoTPJ

— BILD (@BILD) March 4, 2022

Il y a dans une partie des élites occidentales une très nette tendance suicidaire !

 

08h00: Où sont passés les Jaurès, les Lyautey, les Romain Rolland? Ajoutons qu’on a vu le pape François être plus loquace qu’il n’est actuellement – sans vouloir lui dénier des interventions diplomatiques utiles. Mais le monde court un grand danger parce qu’une partie du monde dirigeant occidental a décollé du réel. Et les voix pour contrebalancer sont trop peu nombreuses.

Le monde est plongé dans une crise de Cuba au ralenti. Et les rôles sont inversés: c’est le monde occidental qui est dans la position agressive, celle de l’URSS en 1962. Il existe aujourd’hui un réel danger de guerre nucléaire et une partie de la classe politique, des médias, des décideurs financiers occidentaux jettent de l’huile sur le feu au lieu de chercher à éteindre l’incendie! 

L’épisode de la centrale nucléaire de Zaporojie illustre malheureusement cette tendance. Cela faisait deux jours que les troupes russes s’en rapprochaient. Mais ils ne voulaient pas brusquer des groupes d’habitants qui leur barraient la passage. Ils ont fini par les disperser et commencer à occuper le terrain de la centrale, pour la protéger. Des éléments ukrainiens ont alors déclenché une opération de pure propagande politique: ils ont mis le feu à un bâtiment annexe et utilisé les réseaux sociaux et médiatiques occidentaux pour répandre la rumeur que des tirs russes avaient déclenché cet incendie. Par irresponsabilité des Russes, le monde serait à la veille d’un nouveau Tchernobyl

L’incendie réel a été vite maîtrisé.

Mais non l’incendie médiatique occidental. Cela fait plusieurs semaines que nous parlons du risque d’un « Tchernobyl stratégique » occidental.  Non seulement la question de la nucléarisation de l’Ukraine – agitée par Zelensky avec l’accord tacite des Américains –  est au centre de l’intervention russe. Mais une partie du groupe dirigeant occidental est fasciné par la catastrophe. Il existe une véritable pulsion de mort dans une partie des élites des pays de l’OTAN et de l’UE. 

09h00: une dépêche de Reuters datée d’hier rapporte que le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salman dit « se moquer » des injonctions de Joe Biden quand il n’est pas d’accord avec la politique saoudienne. L’Occident est en train de perdre pied dans une partie du monde. Cela rend la situation d’autant plus dangereuse ! 

09h30: Le sénateur américain Lindsey Graham (républicain, Caroline du Sud) dit souhaiter qu’un militaire russe assassine Poutine, en ayant plus de chance que le colonel Stauffenberg qui, en juillet 1944, avait organisé un attentat manqué contre Hitler.  Après la parenthèse Trump, le parti républicain américain retombe dans la paresse intellectuelle de la russophobie. 

10h30: La Bild Zeitung, journal le plus lu d’Allemagne rapporte (voir twwet ci-dessus) que le président de la CDU-CSU Friedrich Merz déclare à propos de l’incendie près de la centrale de Zaporojie: « Il peut y avoir une situation dans laquelle l’OTAN devra également prendre des décisions pour arrêter Poutine. (…) Dieu merci, on n’en est pas encore là« . 

On doit être au-delà de l’indignation et de la consternation, dans le constat froid, pour les intérêts de l’humanité – et de cette petite part d’humanité à préserver qui s’appelle la France. Olaf Scholz rompt avec la Russie et réarme l’Allemagne. Le chef du principal parti d’opposition, qui porte encore le nom – par antiphrase? – de chrétien-démocrate, voudrait, lui, que l’OTAN intervienne en Ukraine contre la Russie et endosse la manipulation grossière de la machine de propagande ukrainienne. Les dirigeants français devront rapidement en tirer les conséquences. Il est urgent de revenir à une politique d’indépendance nationale et d’équilibre européen fondé sur un accord de sécurité avec la Russie.  

Il faut au plus vite sortir d’une situation où nous cumulons les inconvénients:

  • un gouvernement américain qui au lieu de dire à Poutine à l’avance « Nous interviendrons si vous intervenez en Ukraine mais négocions, dans le respect de la souveraineté de l’Ukraine, un accord de sécurité plus solide que le Mémorandum de Budapest » annonce au contraire qu’il n’interviendra pas militairement et aura recours uniquement à des sanctions tout en continuant à jouer avec l’idée d’une entrée de l’Ukraine dans l’OTAN et en laissant Zelensky jouer avec le spectre d’une renucléarisation de l’Ukraine. 
  • un gouvernement allemand qui rompt avec le secret bismarckien de la paix européenne (l’entente germano-russe) et s’apprête à investir massivement dans son budget de la Défense pour faire définitivement de la « défense européenne » une défense transatlantique. 

L'évolution du front

11h00: Les pertes militaires ukrainiennes sont de 10 000 soldats morts ou hors de combat.  

Selon Actualités mondiales et françaises

  • « Les forces Russes ont le contrôle sur l’ensemble des grands axes routiers de tout le secteur Nikolaev-Voznesensk, Nikolaev-Novyi Buh et Nikolaev-Kherson. En dehors des axes principaux, l’intérieur de ce territoire reste peu contrôlé.
    Il n’a pas été encore possible de pénétrer dans la défense des Forces armées ukrainiennes près de Voznesensk.
    Les forces Russes ont perdu plusieurs véhicules DCA Tunguska lorsqu’ils soutenaient une attaque dans le secteur de Nikolaev. Mais jusqu’à présent, les forces armées Russes n’ont pas établi de positions fortes dans la région, elles sont à l’arrêt, sauf au Sud. Il n’y pas d’offensive, aucun développement sur Krivoï Rog, ni sur Odessa ».
  • . »A Odessa, certains habitants ont néanmoins vu ce qui se passait à Marioupol et Kharkov et cherchent à fuir la ville pour éviter de vivre un futur siège. »
  • Les troupes russes progressent en coordination avec celles des Républiques sécessionnistes
  • « Les forces Russes contrôlent toujours une partie de Bucha, banlieue nord-ouest de Kiev.
    – Les forces kiéviennes construisent des positions défensives dans les rues de Kiev« ,
  • On observe deux attitudes opposées chez les éléments radicaux ukrainiens (que vous les appeliez banderistes, fascistes ou azoviens): une partie commence à quitter le pays pour aller s’installer ailleurs en attendant des jours meilleurs; mais un noyau se radicalise, celui de Kharkov.) 

Au total, donc, un sentiment de pause, comme si l’armée russe était dans une phase de planification de la nouvelle étape de l’offensive. On rappellera cependant l’état du front pour faire mesurer le progrès des forces russes: 

Le bras de fer géostratégique mondial

12h00: Panique dans les bourses européennes. Paris chute de 3,25% et Francfort de 3,32% vers 10h25 (heure de Paris) ce 4 mars, tandis que Londres labandonne 2,72%, les investisseurs quittant le marché actions pour des actifs jugés plus sûrs comme les emprunts d’Etats ou l’or (+0,35%)

D’une manière générale, la « guerre économique » que les Américains ont déclenchée devrait plonger le monde – à commencer les pays occidentaux dans une crise sans précédent. Après les céréales, le gaz, le pétrole, c’est au tour du charbon d’augmenter drastiquement.

Les Occidentaux ont vraiment un problème de perception: alors que l’inflation est déjà là, les médias se demandent si elle va venir. En tout cas, l’or monte, comme valeur refuge – et faut-il rappeler que la Russie et la Chine ont constitué ces dernières années des réserves d’or en prévision d’une crise du dollar?

Est-ce que les Occidentaux passent à côté d’une partie de la réalité? Depuis des années, le journaliste Pepe Escobar raconte ce qu’il voir émerger en Eurasie: une poussée vers la dédollarisation du monde. Et il pense que cette tendance va s’accélérer avec les sanctions occidentales:

« Un certain nombre de banques russes sont déjà connectées au système chinois CIPS. Par exemple, si quelqu’un veut acheter du pétrole et du gaz russes avec le CIPS, le paiement doit être effectué dans la monnaie chinoise, le yuan. Le CIPS est indépendant de SWIFT.

En outre, Moscou a déjà relié son système de paiement SPFS non seulement à la Chine, mais aussi à l’Inde et aux pays membres de l’Union économique eurasienne (EAEU). Le PSSA est déjà relié à environ 400 banques.

Avec un plus grand nombre d’entreprises russes utilisant le SPFS et le CIPS, même avant leur fusion, et d’autres manœuvres pour contourner SWIFT, comme le troc – largement utilisé par l’Iran sous sanctions – et les banques agents, la Russie pourrait compenser au moins 50 % des pertes commerciales.

Le fait essentiel est que la fuite du système financier occidental dominé par les États-Unis est désormais irréversible dans toute l’Eurasie, et qu’elle se déroulera parallèlement à l’internationalisation du yuan. »

Nous sommes à la veille d’une remise en cause complète de l’organisation du monde construite aux lendemains de la Seconde Gerre mondiale et raménagées au service de la « mondialisation américaine » dans les années 1990.

A condition bien entendu que la présente « crise de Cuba au ralenti » n’ait pas dégénéré. Rien n’est plus inquiétant, finalement, que la perte de pouvoir à venir du groupe dirigeant occidental sur les affaires d’une grande partie du monde. Biden n’est pas Gorbatchev.


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