[PAYANT] L’implosion de l’euro et comment s’y préparer (épisode 2), par Dimitri de Vismes

Dans une première partie nous avons vu en quoi l’euro était voué à disparaitre dans un avenir plus ou moins proche. Dans cette partie nous traiterons de solutions concrètes à mettre en œuvre pour protéger votre patrimoine du désastre à venir dans un contexte de récession en zone euro.

Alors que le sujet de l’inflation enflamme les débats, l’euro poursuit inexorablement sa chute dans l’indifférence totale des politiques et des citoyens abreuvés par la soupe médiatique d’une presse subventionnée. Le spectre d’une pénurie de gaz l’hiver prochain se rapproche, et avec elle celui d’une crise économique sans précèdent. Celle-ci pourrait bien être fatale a la zone euro.

Aux Etats-Unis la récession est déjà là (le PIB Américain a reculé pour la deuxième fois consécutive au premier semestre 2022) mais les marchés financiers semblent croire à un retour à la normale rassurés par la diminution relative des prix de l’énergie et les bons résultats publiés par les entreprises.

Pourtant les indicateurs économiques virent au rouge les uns après les autres. L’indice manufacturier Américain PMI est au plus bas depuis Juillet 2020 (52.2 en Juillet 2022) et celui des services a plongé sous la barre fatidique des 50 (47 en Juillet 2022), qui marque une contraction de l’activité.

La récession à venir

Dans un papier publié début Juin 2022, Didier Darcet, économiste chez Gavekal-IS alertait sur une forte probabilité de krach boursier car cinq conditions majeures d’instabilité financière mondiale étaient exceptionnellement réunies.

Parmi celles-ci : la contraction de la liquidité en dollars US (notamment à cause de l’action des Banques Centrales sur les taux) et l’augmentation des prix de l’énergie que nous avons tous pu constater. Un autre indicateur cité est la valeur anormalement basse du transportation index qui mesure l’état du commerce international. Lorsque cet indice se dégrade fortement (comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous) on constate historiquement une chute consécutive des marchés financiers, mesurée ici par le rendement annuel de l’indice Américain Dow Jones.

En ajoutant à ces éléments un contexte international très incertain (problèmes d’approvisionnement depuis la Chine, conflit en Ukraine, conflit potentiel à Taiwan et situation politique incertaine aux Etats-Unis) un niveau d’inflation élevé et un rehaussement des taux, tous les ingrédients sont réunis pour une chute historique des marchés.

Il y a toutefois quelques facteurs d’optimisme, notamment:

  • La reprise progressive de l’économie Chinoise
  • Les réserves monétaires accumulées par les ménages et par les entreprises pendant la crise sanitaire, qui peuvent toujours ralentir l’inflation
  • Les taux d’intérêt réels qui restent négatifs (malgré la brusque remontée des taux nominaux) et qui devraient conserver l’intérêt des investisseurs pour le marché des actions

Il n’a échappé à personne que le cout de la vie a drastiquement augmenté alors même que quasiment tous les actifs commencent à voir leurs prix baisser (énergie, matières premières, métaux précieux, obligations, actions et même l’immobilier aux USA). On assiste à une forte inflation des prix à la consommation couplée à une déflation d’actifs. C’est la pire situation qui puisse exister pour un épargnant.

Depuis le début du mois de Juin, on constate un fléchissement de l’indice CRB (Commodity Research Bureau Index) qui pourrait marquer le début d’une tendance baissière. L’indice CRB reflète l’évolution des prix de principales matières agricoles (41% de l’indice), ressources énergétiques (39% de l’indice) et métaux industriels et précieux. Ce fléchissement intervient alors même que les prix de l’énergie restent très élevés (guerre en Ukraine) et que les indices boursiers sont en baisse depuis le début de l’année 2022. L’indice CRB a par ailleurs cru de façon exceptionnelle depuis Avril 2020.

La dernière fois que nous avons observé une configuration similaire était pendant l’année 2008, ou l’indice CRB se retourna à la baisse quelques mois avant que le Dow Jones perdit 50% (en l’espace de 10 mois). Cette situation doit donc fortement inciter à la prudence quant aux investissements sur les marchés financiers car il y a tout lieu de penser que nous ne serions qu’au début d’une forte baisse des indices boursiers. Le rebond technique des indices observé depuis quelques semaines constitue peut-être la dernière chance pour l’investisseur d’alléger fortement ses positions afin de libérer des liquidités (viser 75% du portefeuille en liquidités).

Aux Etats-Unis, l’état des conditions d’achat de biens durables et de voitures tels que publiés par l’université du Michigan donne des signaux d’alerte préoccupants sur l’ampleur de la récession à venir. Historiquement, une forte dégradation de ces indicateurs est systématiquement associée à une récession (hachures grises sur les graphiques ci–dessous).

La configuration actuelle ne présage rien de bon.

En zone euro, le PMI composite qui traduit la tendance de l’industrie manufacturière et des services est passé sous la barre des 50 en Juillet 2022 (qui marque la limite entre contraction et expansion de l’activité). Le taux d’inflation annualisé atteint désormais 8.9%.

Dans ce contexte – comme en 2008 – il est probable que l’euro poursuive sa dévaluation face au dollar US en première partie de récession. D’autant plus que, comme nous l’avons expliqué dans l’article précédent, la zone euro se trouve dans un état de fragilité extrême, amplifié par les sanctions occidentales vis-à-vis de la Russie.

Quels risques pour votre épargne ?

Avant d’examiner les risques liés à une récession économique en zone euro, il faut rappeler que la gravité d’un risque dépend de deux facteurs : sa probabilité d’occurrence et son impact. Un risque n’a pas nécessairement vocation à se réaliser.

Le premier risque pour l’épargnant est lié à la dévaluation de l’euro (qui est déjà bien avancée). La conséquence d’une dévaluation de l’euro est une forte augmentation des prix de l’énergie qui sont libellés en dollars. De la même façon, les produits importés vont couter plus cher. Tout ceci devrait aggraver l’inflation.

A moyen terme, on peut s’attendre à une augmentation du chômage. A plus long terme l’immobilier et l’appareil industriel européens pourraient être rachetés à vil prix par des fonds d’investissement étrangers. Ceci ne peut assurément pas être une bonne nouvelle pour les peuples européens.

Deuxième risque : un contrôle strict des capitaux destiné à empêcher la fuite de ceux-ci vers des économies plus prospères et mieux gérées. Concrètement il s’agira pour les gouvernements d’empêcher les investisseurs de placer leur argent là où il sera mieux rémunéré (aux Etats-Unis dans un premier temps, peut-être en Asie dans un second). Ceux qui n’auront pas pris leurs précautions se retrouveront avec une épargne bloquée dans une devise faible – l’euro – qui signera la destruction de leur pouvoir d’achat. Bien entendu, cette épargne sera taxable a merci par des gouvernements Européens trop heureux d’appliquer à la lettre une économie de guerre qu’ils s’échinent tant à anticiper.

Le contrôle des capitaux peut prendre la forme d’une nouvelle législation qui interdirait les retraits au-delà d’un certain montant ou bien la clôture de placements financiers investis dans la dette d’Etat (comme par exemple les assurances vie). Dans ce dernier scenario, l’épargnant pourrait voir la totalité de son placement réduit à néant (dans le cas d’un krach obligataire ou bien d’un défaut de l’Etat sur sa dette).

Troisième risque : une faillite des banques. Si l’épisode de 2008 nous a montré que les Etats européens étaient prêts à tout pour éviter les faillites bancaires, ce scenario n’est pas complètement à exclure. L’épargnant devra dans la mesure du possible s’assurer de la solidité de son établissement bancaire.

Le quatrième risque serait une résultante des trois autres. Il s’agit de l’implosion de l’euro. Nul ne sait quand ce risque pourrait se matérialiser (peut-être dans 10 ans ?). Mais sa probabilité d’occurrence est très élevée a moyen-long terme. Les conséquences sont difficiles à prévoir : effacement des dettes ? introduction d’une monnaie numérique ? retour aux monnaies nationales ? Une chose est sure : l’impact sera immense.

Résumons donc : destruction du pouvoir d’achat via un euro faible et une augmentation des prix à la consommation, contrôle de l’épargne, faillite des banques et implosion de l’euro vont déterminer notre stratégie défensive. 

Quelles mesures à prendre ?

Il n’existe malheureusement pas de recette miracle pour faire face à une situation combinant à la fois inflation des prix à la consommation et déflation d’actifs. On peut seulement chercher à « limiter la casse » en appliquant quelques mesures pour l’épargne.

On doit d’abord distinguer deux phases de la récession. Une première phase que l’on pourra définir comme « le cœur » de la récession. Elle sera marquée par une chute importante des marchés financiers (peut-être -60% ?) et du prix des actifs. Dans une seconde phase, les actifs pourraient voir leurs prix repartir fortement à la hausse. Dans le même temps il est probable que les Etats fassent tourner la planche à billets à plein régime. Il faudra agir différemment suivant que l’on se trouve dans la phase 1 ou la phase 2 : éviter soigneusement certains actifs en phase 1 pour les acheter en phase 2 après que leurs prix aient chuté. On s’intéresse ici à la première phase.

Pour cette phase, le premier conseil stratégique est de privilégier le cash (et dans une moindre mesure les métaux précieux comme l’or, pour lequel le Courrier a déjà produit une multitude de conseils), ou a minima de ne pas investir toutes ses liquidités. La raison est simple : on veut éviter de placer son argent dans des actifs qui pourraient voir leurs prix chuter fortement. On se souvient aussi que le mois de Septembre est historiquement propice aux krachs boursiers… On préférera perdre 9% avec l’inflation plutôt que 60% avec des actifs mal choisis.

Cependant, une partie du cash devra entre placé dans une devise forte. Pour du court terme, la meilleure option reste le dollar US. C’est une devise qui devrait profiter de la chute des marchés. Le dollar est toujours – qu’on le veuille ou non – la réserve de valeur mondiale et l’étalon de valeur des matières premières. La situation devrait changer au cours des prochaines années avec le nouvel axe Sino-Russe mais cela ne se fera pas en un claquement de doigts. Il suffit de mesurer la part des échanges mondiaux toujours réalisés en dollars pour comprendre que la devise Américaine a toujours un rôle majeur à jouer. Depuis fin Mai l’euro a perdu 17% par rapport à dollar et il n’y a pas de raison fondamentale pour que la tendance s’inverse dans les prochaines semaines. Rappelons qu’une perte de 17% de l’euro par rapport au dollar signifie une perte de 17% du pouvoir d’achat pour l’épargnant européen. C’est énorme (deux fois plus que l’inflation !). Nous renvoyons ici nos lecteurs à l’article consacré à la parité de pouvoir d’achat et au dollar US pour de plus amples explications.

A cote du dollar US on peut acheter du Franc Suisse ou du dollar Singapourien. Ces mesures devraient offrir une protection efficace contre les effets de notre premier risque identifié (la dévaluation de l’euro).

Le second conseil stratégique que nous pourrions donner ici est d’acheter des protections baissières pour faire face à une forte chute des marchés et protéger son portefeuille (pour ceux qui seraient toujours partiellement investis). Il faut donc avoir quelques liquidités en réserve. L’idée est la suivante : l’environnement macro-économique étant particulièrement dégradé, on cherche à « miser » sur la baisse globale des actifs plutôt que sur leur hausse a court-moyen terme. On achète alors des ETFs qui vont monter quand le marché baisse et qui permettront de compenser les pertes essuyées sur les autres actifs, voire de faire des gains. Ça marche un peu comme une assurance. Attention, l’inverse s’applique aussi (on peut perdre si le marché monte). Il faudra donc investir dans des proportions raisonnables pour ne pas prendre de risques inconsidérés si la direction du marché venait à nous donner tort.

Cette stratégie d’achat de protections baissières n’est pas incompatible avec une stratégie d’investissement ciblée. Certaines matières premières, certaines actions ne seront pas (ou peu) impactées par la récession et pourraient même voir leurs prix augmenter fortement.

La difficulté avec les protections baissières est d’estimer le bon timing d’achat, afin de ne pas se faire piéger par des rebonds techniques (comme celui qui a lieu actuellement). Nous publierons un papier sur les modalités d’achat lorsque le timing nous semblera opportun.

Maintenant que nous avons vu comment limiter les risques liés à une dévaluation de l’euro dans un contexte de récession, que faire par rapport au contrôle de l’épargne ?

Ici, le bon sens commande de se diversifier : en plaçant son épargne dans plusieurs institutions bancaires idéalement situées dans différentes zones géographiques et si possible hors zone euro. Cette mesure s’applique aussi pour l’achat d’or (Bullion Star offre un service d’achat et de stockage à Singapour).

L’autre chose à faire est de sortir des placements investis dans la dette d’Etat : en particulier l’assurance vie. Plusieurs conseils ont déjà été publiés par le Courrier à ce sujet.

Si possible, on cherchera à se prémunir d’une possible faillite bancaire en choisissant des banques présentant un faible leverage ratio, c’est-à-dire une banque présentant un ratio [total actifs / capitaux propres] le plus petit possible. Un faible leverage ratio garantit que la banque sera en mesure de couvrir ses pertes potentielles par ses capitaux propres.

Quels moyens à disposition ?

Pour convertir ses liquidités en devises étrangères, il est possible d’ouvrir un compte devises dans sa banque commerciale. On doit simplement vérifier que les frais de conversion pratiqués ne soient pas excessifs. Pour du court terme, on peut aussi utiliser des plateformes multi devises en ligne telles que Wise ou Revolut. Elles sont simples d’utilisation et adéquates pour placer des petits montants. L’inconvénient est l’absence totale de rémunération des liquidités.

Deuxième option (pour l’achat de dollars US): les SICAV monétaires libellés en USD. Contrairement aux comptes multidevises, cette option permet à l’épargnant de bénéficier d’une rémunération faible mais non nulle (autour de 2%), depuis que la FED a relevé ses taux directeurs. Exemple ici (fonds Boursorama) : SG Monétaire Dollar EC – USD – FR0010320440 – Cours OPCVM – Boursorama

Troisième option (pour l’achat de dollars US) : les trackers haussier sur le dollar qui vont répliquer la performance de la devise Américaine par rapport à un panier de devises ou bien par rapport à l’euro seul. Le niveau de risque est un peu plus élevé que pour les deux autres options car il peut y avoir un effet de levier. En effet, un investisseur misant en euros sur un tracker haussier libellé en dollars bénéficiera d’un double effet de hausse: la hausse du tracker (puisque l’on fait l’hypothèse que le dollar US va monter par rapport à l’euro) et celle du dollar par rapport à l’euro qui va augmenter d’autant l’investissement initial en euros. Exemple : le tracker Wisdom Tree short euro long dollar (code : JE00B68GSM94). On peut sinon choisir un tracker sans effet de levier (moins risqué) comme par exemple celui-ci : JE00B3RNTN80, coté en Italie avec une devise de référence cette fois en euros.

En ce qui concerne l’achat de protections baissières (ETFs) les détails seront communiqués dans un papier ultérieur.

Pour les banques à faible leverage ratio, il n’est pas toujours facile d’obtenir des données actualisées car elles ne sont pas toutes cotées en bourse donc ne publient pas toutes leurs bilans. En France, Boursorama banque avait un ratio de 7 en 2014 (à comparer à une moyenne entre 20 et 40 pour les grandes banques européennes). Il est peu probable que ce ratio ait considérablement changé. La banque présente aussi une plus faible exposition aux risques liés aux prêts car son activité est majoritairement centrée sur l’épargne.

Une autre stratégie possible consiste à miser sur des banques dont l’Etat est l’actionnaire principal en se disant que ces banques ne pourront pas faire faillite car elles seront renflouées en cas de problème. La Banque Postale est un bon exemple.

A l’étranger, la banque OCBC à Singapour ou la banque Américaine Citigroup présentent de faibles leverage ratios (inferieurs a 15).

Au niveau des zones géographiques, la Suisse, Singapour et la Norvège sont des Etats bien gérés donc potentiellement attractifs pour ouvrir un compte bancaire. Pour l’investissement, Swissquote est une banque Suisse à considérer.

En conclusion, le futur n’est jamais certain et la diversification est la clé de la résilience pour l’épargnant. Les mesures exposées ci-dessus devraient – en complément des autres conseils prodigués par le Courrier – permettre à l’épargnant de mieux se préparer à un choc économique et monétaire en zone euro.

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