22 octobre 2020

Le courrier des stratèges

Prenez de l'avance sur l'actualité

Strohl : « Ce que le confinement change dans nos comportements… »

Hélèné Strohl revient pour nous, dans un passionnant post, sur le confinement et les changements qu’il induit, subrepticement, dans nos comportements et nos perceptions du monde. Petite phénoménologie du confinement ! 

Hélène Strohl, inspectrice générale des affaires sociales, retraitée, directrice des Cahiers européens de l’imaginaire a publié L’Etat social ne fonctionne plus, Albin Michel, 2008 et la postface à l’ouvrage Etre postmoderne, Le Cerf, 2018 de Michel Maffesoli, Emmanuel Macron, icône ou fake de la postmodernité.

Nombre de confinés, notamment ceux confinés seuls ou à deux, ont décidé de tenir un journal du confinement. Nous espérons une grande publication des productions de ces recentrés.

Plus modestement, je voudrais réfléchir à quelques conséquences sur nos modes de vie de cet intermède. Et notamment parce qu’il semblerait que, au fur et à mesure que le confinement se prolonge, notre perception change. Ce qui était une mesure de retrait, plus ou moins imposée est en train d’acquérir une signification propre, est en train d’imprimer nos comportements, ce qui ne sera pas sans conséquence sur l’après confinement.

Une temporalité floue

Un autre mode de vie s’est instauré, dont la temporalité floue (personne ne savait, jusqu’à l’allocution du PR quand il finirait, et personne ne sait d’ailleurs précisément pour qui et comment il finira) a renforcé l’aspect initiatique.

Nous sommes un peu comme des nouveaux adeptes d’une religion qui participent à des cérémonies dont ils ne connaissent pas bien le déroulé, les rites voire les dogmes.  

La temporalité dans la période de confinement est floue, sans cadre et contrainte extérieure. Certes les personnes qui télétravaillent ont continué à suivre des horaires, à satisfaire à des impératifs de date, de rendus. Mais il n’y avait plus toujours de rythme imposé.

Pour le dire vite, les emplois d’exécutants dans les entrepôts, les services de livraisons, les grandes surfaces, la distribution sont apparus tout à coup non plus seulement comme des travaux subalternes voire serviles, mais comme des fonctions indispensables à la vie en société.

Bien sûr, les conseils n’ont pas manqué, visant à faire adopter par le plus grand nombre et notamment les enfants et jeunes une discipline horaire, l’habitus vestimentaire normal etc. Mais très clairement chacun a construit, seul ou en lien avec d’autres en ligne, des rites divers ponctuant le temps.

La temporalité longue du confinement s’apparente à une sorte de cocon cotonneux, on pourrait la comparer à celle d’un vol long courrier, quand on sait que rien ni personne de l’extérieur ne pourra vous déranger. Et ce bien sûr sans pouvoir se projeter dans le temps d’après, puisqu’on n’en connaît pas la date.

Dans de nombreux cas ce confinement va se révéler comme opportunité, une remise en cause des règles et des rythmes imposés que l’on croyait incontournables et qui se dissolvent dans cette aventure à la fois individuelle et collective.

Fin de l’impératif présentiel dans le travail

Si beaucoup de personnes, retraités, personnes en chômage technique ne travaillent pas, ceux qui peuvent travailler, notamment en télétravail, mais pas seulement, travaillent d’ores et déjà autrement et il n’est pas certain que cela n’ait pas des effets sur l’après confinement.

S’agissant du travail en ligne, télétravail, le changement essentiel est la fin de l’impératif présentiel ; certes beaucoup de télétravailleurs vont s’installer devant leur ordinateur à l’heure d’embauche normale au bureau et l’éteindre en fin de journée, il n’empêche, ce qui fera foi de leur travail sera leur production et non pas leur présence. Présence qui peut être entrecoupée des temps dédiés aux enfants présents dans le même espace, voire aux tâches domestiques qui s’exercent en même temps : le sifflement de la cocotte minute ou de la cafetière, les rires ou cris des enfants, la musique que l’on a le droit d’écouter tout en travaillant, voilà autant de phénomènes qui enrichissent la présence et la relativisent en quelque sorte. Le seul critère réel d’évaluation étant la tâche accomplie. De même les réunions en visio-conférence ne peuvent plus s’éterniser dans de vains bavardages et requièrent des relevés de décisions brefs et clairs.

Pour les personnes qui continuent à travailler dans les mêmes endroits qu’avant, elles  y travaillent autrement : c’est le sens du travail qui prédomine et non plus la contrainte horaire. Ainsi qu’on l’avait déjà vu lors d’épisodes de solidarité importants, tels la canicule ou encore l’accueil en urgence de réfugiés, l’implication et l’entraide déterminent le temps de travail. Alors que les questions d’horaires de travail sont ordinairement dans les établissements de soins et médico-sociaux une pomme de discorde constante entre les syndicats et les directions, l’engagement de tous dans cette lutte est spontané et évident. On ne regarde plus sa montre pour savoir quand on partira, on part quand l’équipe suivante peut vous remplacer. De même les répartitions de tâches, notamment dans le milieu hospitalier, organisé depuis tant d’années en silos corporatistes, sont bouleversées par l’impératif du travail en équipe : quand il s’agit de tourner un malade plongé dans un coma artificiel sur le ventre, peu importe quel est votre statut, il faut 5 à 6 personnes pour le faire ensemble ! Voilà qui change de l’antienne trop souvent entendue : ce n’est pas dans mes compétences ! que d’aider une vieille personne à s’habiller, lui couper les ongles, mettre du collyre dans les yeux d’un malade etc. Tous sont, au moins dans l’imaginaire collectif sinon dans la réalité, des soignants confrontés aux mêmes risques et aux mêmes enjeux ! pourra–t-on rétablir dans l’après Covid-19 la stricte hiérarchie hospitalière, l’affectation des personnes au mépris des équipes, le management productiviste ?

Dans le petit village où je suis confinée, on rigole en se disant qu’à la sortie du confinement, on verra beaucoup de têtes blanches et de cheveux longs ! Reste que les commerces du village appartiennent, sauf le bar, à la catégorie « essentiel » : épicerie vendant, au fur et à mesure de l’avancée du confinement de plus en plus de produits alimentaires divers, et développant le circuit court pour les œufs, les volailles, la viande, les légumes et fruits, les laitages. Tabac-presse et dépôt de pain. Pharmacie.

Les changements dans le travail ne sont pas seulement factuels. Il s’agit bien plus d’un changement dans l’idée même qu’on se fait et que se fait la société de certaines tâches. Pour le dire vite, les emplois d’exécutants dans les entrepôts, les services de livraisons, les grandes surfaces, la distribution sont apparus tout à coup non plus seulement comme des travaux subalternes voire serviles, mais comme des fonctions indispensables à la vie en société. C’est souvent la contrainte matérielle qui a poussé ces personnes à continuer leur travail au risque sinon de mourir de faim, mais le regard social et leur propre regard sur ces tâches a changé. 

La vie familiale elle-même a changé.  Certes pour un grand nombre, les familles habitant dans des appartements exigus, sans espace extérieur, la difficulté du vivre-ensemble s’est accentuée. On pense par exemple à toutes ces familles entassées dans quelques pièces et dont les enfants passaient la majorité de leur temps au bas des immeubles, devant les écoles et collèges, bref en dehors de chez eux et maintenant obligées de se supporter, bruits, odeurs, touchers, dans une promiscuité 24h sur 24 ! Mais il y a aussi celles qui ont pu trouver (et il y en a beaucoup) un mode de proximité sans trop de heurts, de nouvelles manières d’être ensemble, un quotidien réinventé. De même au-delà des violences intra-familiales, des femmes et des enfants victimes de coups, d’injures, de violences graves, il y a les familles, nombreuses aussi, où de nouvelles manières de faire ensemble, d’assumer les tâches domestiques, de s’occuper des enfants ont été inventées. De nombreux foyers où ce qui était fait dans l’urgence et la presse, conduire et chercher les enfants, les préparer le matin, les coucher le soir, faire la cuisine, nettoyer et ranger la maison etc. tout ceci se fait autrement, sur un autre rythme. Non plus comme une corvée à partager, mais comme quelque chose qu’on peut faire ensemble. Plutôt qu’une organisation strictement comptable du temps de chacun, une collaboration affinitaire.

Qu’est-ce que l’essentiel ?

Le confinement de chacun chez soi et la fermeture de tous les commerces autres que ceux vendant des produits essentiels conduit à s’interroger sur ce qui est essentiel.

Dans le petit village où je suis confinée, on rigole en se disant qu’à la sortie du confinement, on verra beaucoup de têtes blanches et de cheveux longs ! Reste que les commerces du village appartiennent, sauf le bar, à la catégorie « essentiel » : épicerie vendant, au fur et à mesure de l’avancée du confinement de plus en plus de produits alimentaires divers, et développant le circuit court pour les œufs, les volailles, la viande, les légumes et fruits, les laitages. Tabac-presse et dépôt de pain. Pharmacie. Finalement nous disposions des commerces essentiels et peut-être que l’épisode confinement aura fini de persuader chaque habitant d’y recourir préférentiellement.

Le commerce en ligne surfe sur les « besoins » subjectivement essentiels (livres, fournitures informatiques, voire jeux et activités de loisirs) mais divers commerçants développent des stratégies de livraison ou d’ouverture en drive ou de recours à des entraides locales qui battent en brèche les modes de consommation qu’on s’était habitués à privilégier.

Pour sauver la librairie du bourg voisin, condamné à ne vendre que son stock par drive, une association de promotion de la lecture locale (Lectures vagabondes)  a contacté tous ses clients pour appliquer la « stratégie du moulin de maître Cornille (Alphonse Daudet) », c’est-à-dire que chacun commande dès maintenant un, deux ou trois livres à récupérer à la réouverture de la librairie. De façon à permettre à la librairie de ne pas mettre la clef sous la porte.

De la même façon que Didier Raoult constatait que des pays pauvres allaient peut-être mieux se soigner parce qu’ils recourraient à de vieux médicaments bien connus plutôt que d’attendre les miraculeux et scientifiques essais cliniques randomisés, les ruraux affrontent ce confinement avec beaucoup d’atouts : la faible densité des villages permet des rencontres distanciés, mais réelles avec ses amis, ses voisins, ses connaissances ; la proximité de la nature et de la production agricole protège du risque de pénurie, et l’entraide s’y développe plus facilement.

 

L’essentiel n’est plus seulement le besoin d’un bien essentiel, mais aussi le lien social dont le lien commercial est partie prenante.

De même se nourrir prend un sens différent. Au lieu de penser « plat », plat acheté tout prêt ou mangé au restaurant, plat d’un livre de recettes pour lequel on fait une liste de courses, on fait la cuisine avec ce que l’on a. On réintroduit ainsi une forme de contrainte archaïque dans la cuisine, une simplification (moins de produits différents), mais aussi une création d’assemblages personnels.

Il y a bien sûr une différence très forte entre les ruraux et les urbains et parmi ces derniers entre les habitants d’appartements, (à fortiori d’appartements exigus) et ceux de maisons.

La succession de la crise des gilets jaunes suivie par celle du confinement, a inversé la polarité : les pauvres ruraux qui ne bénéficiaient d’aucun des services urbains, animations, commerces, établissements culturels, sportifs, médicaux etc. des villes sont maintenant les privilégiés qui sortent dans leurs jardins voire dans leur campagne, qui caressent le rêve d’une vie en autarcie, qui échangent plantes, bestiaux et conseils.

De la même façon que Didier Raoult constatait que des pays pauvres allaient peut-être mieux se soigner parce qu’ils recourraient à de vieux médicaments bien connus plutôt que d’attendre les miraculeux et scientifiques essais cliniques randomisés, les ruraux affrontent ce confinement avec beaucoup d’atouts : la faible densité des villages permet des rencontres distanciés, mais réelles avec ses amis, ses voisins, ses connaissances ; la proximité de la nature et de la production agricole protège du risque de pénurie, et l’entraide s’y développe plus facilement.

On pourrait le dire plus cyniquement : ceux qui par nécessité ont l’habitude de consommer peu sont moins touchés par la baisse de consommation de tous ces produits superflus. Et si les supermarchés continuent à attirer des clients, ils ont perdu une part de leur attrait distrayant, dès lors qu’il n’est pas possible d’y rencontrer des connaissances ni d’ailleurs d’y faire ses courses en couple ou en famille.

Ne pas reprendre la vie d’avant

Le confinement est imposé, c’est même, tel qu’il a été organisé en France, une assignation répressive à résidence. On pourrait donc penser que l’élan pour en sortir va être formidable. Tout le monde attendait l’allocution du président, quand allait-on « enfin » pouvoir sortir, quand le travail reprendrait-il, quand serait-on débarrassé des enfants par l’école etc.

Curieusement les réactions ne sont pas celles attendues : alors que les enseignants s’inquiétaient de l’interruption des cours, ils s’inquiètent maintenant ainsi que les parents de la reprise. Bien sûr la peur de la contagion. Mais tout le monde sait que la maladie comporte peu de risques de gravité pour les enfants et les personnes de moins de 60 ans (non malades par ailleurs).

Si on avait dit, dès le début qu’on pourrait reprendre quand on aurait assez de masques pour protéger efficacement les personnes à risques, assez de test de dépistage pour mettre en quarantaine immédiatement les personnes infectées, assez de médecins pouvant traiter avec des thérapeutiques efficaces dès le début de la maladie les personnes, peut-être que cette sortie du confinement se serait faite sans autant d’appréhension.

Il n’en reste pas moins que la peur de la contagion n’explique pas à elle seule les réticences énoncées par beaucoup quant à la reprise du travail. Les enseignants n’apprécient sûrement pas que l’école soit considérée comme une simple garderie ! les nombreuses familles qui pour la première fois de leur vie ont vécu le quotidien ensemble (hors les vacances) ont peut-être commencé à y goûter. Les couples et les familles qui au contraire se sont délitées pendant cet entre-soi forcé, se retrouvent devant des choix de vie effrayants.

Le confinement finalement aura renversé nombre de nos valeurs, nous aura appris l’humilité, l’attention aux leçons des pauvres, des bizarres, de tous ceux qui ne vivent pas comme l’imposent les règles du développement et de la croissance. 

Ce n’est plus de la maladie, mais d’un rythme de vie effréné, celui de la consommation à outrance, de l’animation commerciale bruyante et bariolée, de la coupure avec les règnes végétal et animal naturels,  qu’on a peur.

Pendant le confinement le temps a paru à nombre d’entre nous long, mais à d’autres ou aux mêmes , le monde hors confinement est trop rapide ?

On parle en psychiatrie depuis quelques années des « hikikomori », ces adolescents japonais qui vivent reclus chez eux, confinés devant leur ordinateur, s’isolant même de toute vie familiale. En France le phénomène n’est pas mineur et nombre de « décrochages scolaires » se font sur ce mode. Or curieusement, de ce que l’on entend dire, de divers endroits, ces « expérimentateurs du confinement », ces pionniers en quelque sorte d’une expérience de vie, choisie et spécifique ont des réactions tout à fait collectives et solidaires dès lors qu’ils sont projetés avec leurs familles dans un confinement collectif imposé. Comme si le monde extérieur, tout à coup, ne leur semblait plus si effrayant, réduit à la maison ou l’appartement et à la socialité familiale. Peut être aussi peuvent-ils enfin faire état de ce que leur a apporté cette expérience qui n’était pas qu’un symptôme pathologique, mais une réaction construite à un monde adulte dans lequel ils refusaient d’entrer. Auquel ils ne voulaient pas se conformer.

Le confinement finalement aura renversé nombre de nos valeurs, nous aura appris l’humilité, l’attention aux leçons des pauvres, des bizarres, de tous ceux qui ne vivent pas comme l’imposent les règles du développement et de la croissance. 

Et alors, que se passera-t-il ensuite ?

Sans doute le monde reprendra-t-il comme avant, plongé brutalement dans la lutte sans merci pour sauvegarder le système économique et social. Oui sûrement !

La petite flamme remettant en cause de manière peut-être inconsciente le matérialisme, la surconsommation, l’exploitation à outrance de la nature et des pays pauvres et pendant le confinement le recours sans trop de vergogne à une armée de sans grade, livreurs, caissiers, ouvriers et manœuvres divers s’éteindra sans vrais bouleversements.

On fera le compte des morts, plus ou moins honnête. On se dira que finalement on n’a pas dépassé le taux de mortalité de 1957 ou de 1967 ou autres épidémies. Certains s’en réjouiront et justifieront a posteriori la conduite de l’épidémie. D’autres considéreront qu’on « paye » trop cher la protection contre une épidémie pas si grave finalement.

On réclamera plus de moyens, pour les EHPAD, pour les hôpitaux, pour la prévention.

Et puis tout recommencera comme avant.

On devrait quand même se demander pourquoi nos médecins de ville n’ont pas pu participer plus et plus rapidement au dépistage et au traitement précoce des personnes infectées et si l’imposition toujours plus rigoureuse de protocoles de soins ne les a pas empêchés de soigner les personnes précocément, avec ce dont on disposait. En tout cas, un certain nombre d’entre eux l’ont fait, inventant des chemins thérapeutiques innovants, montrant qu’ils ne sont pas uniquement des exécutants dociles des directives édictées depuis les centres de recherche et les bureaux des autorités administratives et sociales.

On devra se demander si la taylorisation et le productivisme selon lesquels on a organisé et managé nos hôpitaux depuis les années 80 n’ont pas fait leur temps.

Les entreprises et établissements qui ont découvert le télétravail feront peut-être plus confiance à leurs salariés et l’appréciation du travail se fera plus à la production qu’à la présence.

On devra surtout se demander si cette crise ne devrait pas induire un changement profond de perspective pour tous nos établissements et services pour personnes âgées. Non pas qu’il faille rendre responsable quiconque et sûrement pas les professionnels du taux élevé de contamination et de mortalité. Un EHPAD est un lieu de confinement collectif par nature de personnes à faible immunité, proie rêvée d’un virus très contagieux et nouveau ; protéger les personnes âgées de toute contagion signifie les isoler totalement, ne plus leur parler qu’au travers de masque, ne plus les toucher, encore moins les embrasser et sans doute à terme faire délivrer les soins par l’entremise de robots.

Ce n’est pas tant le nombre de décès qu’il faut déplorer, mais la manière dont les personnes âgées sont mortes, isolées, abandonnées.

Dans sa brutalité ce jeune virus est venu rappeler que la vie sur cette terre n’est pas éternelle, que la mort est un moment essentiel de notre vie.

Comme le disait le Maître Cantor, Bestelle dein Haus, denn du wirst sterben ! (prépare ta maison, car tu vas mourir, Cantate Actus tragicus, Jean-Sébastien Bach).