Face à l’effondrement du prix du lavandin, le Parlement accorde 10 millions d’euros pour…détruire des pieds de lavance

Suite à la hausse de la production de lavande au cours de ces trois dernières années, la filière fait face à une crise de surproduction. La production a fortement augmenté alors que la demande a chuté. Les prix se sont vite effondrés. Pour faire face à cette crise que traversent les lavandiculteurs, le 4 août, le Parlement a voté pour la proposition d’une prime d’arrachage des pieds de lavande. A vrai dire, est-ce vraiment la seule solution? On connaît les vertus thérapeutiques de l'huile de lavande. Le législateur ne peut-il pas offrir d'autre perspective aux agriculteurs que l'arrachage de ce qu'ils viennent de planter? Il est vrai que l'huile de lavande, ça ne fait pas assez "Great Reset"...

Dans un passé encore récent, le cours de la lavande se négociait jusqu’à 34 euros le kilo. Face à ce succès, les agriculteurs ont alors planté et produit davantage. Les surfaces de lavande cultivées ont doublé. Malheureusement la consommation n’a pas augmenté aussi vite que la production. En ce moment, on assiste à une chute vertigineuse des prix qui frisent les 10 euros le kilo. Selon Alain Aubanel, président du syndicat national des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), également président de la filière Drôme-Ardèche, on assiste à d’autres problèmes, la sécheresse, l’augmentation du coût des énergies entraînant une hausse du coût de la distillerie à 70%. 

La culture de lavande, une filière victime de son succès

Pendant plus de 12 ans, les producteurs de lavandes ont connu une « très belle période » d’après le témoignage d’Alain Aubanel.

Emblème des paysages de Provence, cette plante millénaire est très bénéfique pour la santé. L’huile essentielle de lavande figure parmi les produits fréquemment utilisés en médecine naturelle à cause de ses nombreux bienfaits.

En effet, l’huile essentielle de Lavande est un antidouleur performant en raison de sa richesse en linalol, en terpinènes-1 et en acétate de linalyle. Selon une étude publiée dans la revue infirmière Critical Care Nurse  réalisée sur 60 patients d’un hôpital en Turquie atteints de maladies des artères vascularisant le cœur, l’huile essentielle de lavande est exceptionnelle grâce à sa forte teneur e, linalol,   une substance qui apaise le système nerveux central et qui agit comme sédatif pour le sommeil.

Ces principes actifs ont des propriétés antalgiques remarquables. L’huile essentielle de Lavande est également un antispasmodique performant. En outre, elle est bénéfique pour la peau. En effet, elle peut accélérer la cicatrisation des plaies, stimuler la régénérescence cutanée et traiter différents problèmes dermatologiques comme l’eczéma et la couperose.

En ajout à tout cela, son usage est recommandé en cas d’asthme, de laryngite, de toux spasmodique ou encore d’otite puisqu’elle possède des propriétés expectorantes et anti-catarrhales.

Un plan de soutien de 10 millions d’euros

Les remèdes naturels commencent à séduire de plus en plus de gens. De plus en plus de Français se tournent vers l’aromathérapie. Le recours à l’huile essentielle de lavande a augmenté. La demande a largement dépassé les offres. Du coup, les lavandes se vendaient au meilleur prix. Cela a rendu la filière lavandicole très attractive.

La production française d’huile essentielle de lavandin  en 2019 est d’environ 1470 tonnes, produites par environ 1500 producteurs. La surface agricole consacrée à la culture de la lavande a augmenté de 40% en seulement 3 ans. Sa culture a dépassé  les frontières traditionnelles de la Drôme, de l’Ardèche, du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence. Cela a évidemment engendré une hausse de la production.

Or avec les contraintes liées à la pandémie, la demande a chuté. Actuellement avec la sécheresse, l’augmentation des engrais et le coût grandissant des énergies … le marché de lavande connaît un ralentissement. Les prix ont beaucoup baissé et se situent désormais entre 10 et 15 € le kilo, contre 35 € auparavant. Pour Alain Aubanel, “Les plus pénalisés sont les lavandiculteurs qui se trouvent dans les régions traditionnelles qui ne peuvent pas pratiquer d’autres cultures”

Les producteurs sont – au moins momentanément – en grande difficulté. Mais le Parlement a proposé d’adopter une mesure importante dans le cadre de la loi de finances rectificative. Cet amendement déposé par le sénateur des Alpes-de-Haute-Provence Jean-Yves Roux, en faveur de la production lavandière consiste à attribuer une prime de 10 millions d’euros aux producteurs qui acceptent d’arracher des pieds de lavande et de lavandin.

La seule solution? 

A vrai dire, on est un peu étonné que le législateur ne propose pour seule perspective que l’arrachage. Certes ce ne serait pas la première fois que nos agriculteurs recevraient des subventions pour l’arrachage – selon l’absurde schéma d’évolution de la Politique Agricole Commune.  Cependant, on attendrait que le Parlement soit moins paresseux intellectuellement que le gouvernement. Ce que nous venons de décrire , ce sont les hauts et les bas du marché. Quand il s’agit d’un produit aussi emblématique d’une région française, aussi associé au goût croissant pour les remèdes naturels mais aussi à l’art de vivre français, n’est-il pas prioritaire de relancer la demande, d’aider les transformations du produit à l’exportation. Et ne dites pas que cela va contre la politique de la concurrence de Bruxelles. Croyez-vous vraiment que l’Allemagne ou l’Italie se gênent pour pousser leurs propres produits tout en respectant apparemment les règles de la concurrence bruxelloise? 

Limiter les surfaces agricoles consacrées aux lavandes

Le Parlement a opté pour l’attribution de cette prime à l’arrachage des pieds de lavande afin de lutter contre la surproduction. Selon les trois sénateurs du Vaucluse, de la Drôme et des Alpes-de-Haute-Provence, à l’initiative de la nouvelle mesure, il est primordial de réduire à 28.000 hectares la surface de plantations de lavande et de lavandin afin que les prix augmentent à nouveau. Actuellement, elle atteint les 33.000 hectares. Une Indication géographique protégée (IGP) sera créée afin de limiter la production nationale.

Les producteurs espèrent que cette mesure sur la prime à l’arrachage fonctionne. Notons qu’ils peuvent bénéficier d’une prime de 2.000 euros par hectare arraché. Selon le sénateur Roux, le gel de surface sur une période de 5 ans est aussi nécessaire afin d’optimiser l’efficacité de la mesure. Un arrachage de 20 % des plantations situées en dehors du secteur d’origine de la lavandiculture provençale permettrait de réguler la production

Autre souci, la future révision de la réglementation REACH, qui encadre en Europe la fabrication des substances chimiques inquiète les producteurs de lavande de Provence et d’huiles essentielles.  L’huile essentielle de lavande, principal dérivé de la plante, pourrait être classée en tant que produit toxique

Mais de plus en plus d’agriculteurs songent à abandonner cette culture au profit du blé, en forte hausse depuis la guerre en Ukraine.

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10 commentaires
  1. J’ai lu La proposition des 3 sénateurs . À première vue l’arrachage paraît une mesure ” barbare ” , mais Que penser des riches beaucerons qui ont vu dans la plantation de lavandin en Beauce une occasion inespérée d’utiliser le réchauffement climatique , il est certain que l’effondrement des cours leur fera changer leur fusil d’épaule aussi vite ! Comme ils l’ont déjà fait lorsqu’ils ont tenté de s’agrandir en Poitou , puis en Berry , pour repartir pour cause de rendements insuffisants , ( mais après avoir arraché toutes les haies et les arbres ) ! L’Ukraine va leur donner une bonne raison de reprendre la culture du blé après avoir empoché La prime à l’arrachage , il n’y a pas de petits profits ! Les régions traditionnelles de culture de lavande doivent être protégées : Vaucluse, Drôme provençale , Ardèche .

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  2. Toujours réguler à la française par des règlementations rigides qui limitent la production et la création de valeur à quelques territoires français alors que la concurrence est internationale. Arracher, déconstruire sont des désinvestissement qui engagent l’avenir à moyen terme et déssèchent la France. Alors que la chute des cours du marché est conjoncturelle et invite sans doute la France à baisser les impôts sur la production pour rester compétitive.

  3. Cette situation n’est pas nouvelle, une autre plante va faire en les frais, à savoir le Lin.
    Mais ce n’est pas le fait de produire plus qui est le problème, c’est la mécanisation qui est à l’origine de cet explosion de production : si vous devez ramasser la lavande à la main, vous aurez bien moins de production : c’est en réalité aux acheteurs d’exiger un produit à cueillir à la main, et là, les prix reprendront de la hauteur, mais les acheteurs ont-ils intérêt à cela ???
    Pour prendre des décisions, chaque acteur de la filière doit agir et je dis bien chaque acteur car même l’agriculteur, chaque producteur de lavande doit réfléchir à l’avenir qu’il veut donner à cette plante. Ce n’est pas du tout au législateur totalement abruti qui ne sait pas la différence entre la lavande et le Lin de dire ce qu’il faut faire !!!

  4. Les termes “lavande” et “lavandin” ne sont pas équivalents : quand on parle de lavande, c’est en principe la lavande vraie dont l’huile essentielle est beaucoup plus précieuse que celle du lavandin, qui est un hybride.

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  5. Joli prétexte, un de plus.
    La lavande et ses dérivées sert AUSSI A SOIGNER!
    Cette volonté de détruire implique un refus des soins alternatifs aux médicaments pharmaceutiques
    Ce refus de soigner est bien connu depuis deux ans

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